Alors que la dépendance aux importations de riz reste un défi majeur pour l'Afrique de l'Ouest, la FAO déploie une stratégie axée sur la gestion durable de l'environnement. En parallèle, des infrastructures comme le barrage de Souapiti et le port de Lomé transforment les conditions de production et d'échange. Ces évolutions interrogent la capacité de la région à construire une véritable souveraineté alimentaire.
Souveraineté rizicole : le défi des investissements durables
La FAO déploie une stratégie de gestion durable. Barrage de Souapiti, port de Lomé : les infrastructures transforment la production et les échanges. La région peut-elle construire une vraie souveraineté alimentaire ?
- Barrage de Souapiti (Guinée) : régulation de l’eau pour l’irrigation rizicole.
- Port de Lomé (Togo) : hub logistique pour les importations et exportations régionales.
- FAO BSAO : stratégie-cadre pour une agriculture ouest-africaine résiliente.
Une dépendance persistante aux importations
L'Afrique de l'Ouest importe encore une part significative de sa consommation de riz, malgré des décennies de politiques de promotion de la production locale. Cette situation expose la région aux fluctuations des cours mondiaux et aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement. La sécurité alimentaire, pourtant priorité affichée des États membres de la CEDEAO, reste conditionnée par des facteurs externes. Dans ce contexte, la FAO, à travers son Bureau sous-régional pour l'Afrique de l'Ouest (BSAO), joue un rôle central en accompagnant les pays vers des modèles agricoles plus résilients.
La FAO en première ligne pour la durabilité
La stratégie-cadre de la FAO (SFW) place la gestion durable de l'environnement et des ressources naturelles au cœur de son action ouest-africaine. L'objectif est d'aider les États à concilier productivité agricole et préservation des écosystèmes, un enjeu crucial pour la riziculture, grande consommatrice d'eau. Le BSAO mobilise une équipe multidisciplinaire d'experts pour renforcer les capacités locales en matière de gestion des terres et de l'eau. Cette approche vise à long terme à réduire la vulnérabilité climatique des exploitations rizicoles, tout en améliorant les rendements.
Des infrastructures au service de la riziculture
Les investissements dans les grandes infrastructures hydrauliques et logistiques redessinent la carte de la riziculture régionale. En Guinée, le colossal barrage de Souapiti, dont la mise en service s'accompagne d'un programme de formation d'ingénieurs lancé en mai 2026, illustre cette dynamique. L'électricité et l'irrigation fournies par ce type d'ouvrage pourraient bénéficier aux plaines rizicoles du Fouta-Djalon et au-delà. Parallèlement, le port de Lomé confirme son statut de hub logistique régional : avec plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises traitées en 2024, il facilite l'importation d'intrants agricoles et l'exportation de produits transformés, positionnant le Togo comme une plateforme clé pour les échanges agricoles.
Le cadre régional : un engagement renouvelé
En mai 2026, la CEDEAO a dévoilé un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration. Bien que les détails n'aient pas été entièrement rendus publics, la sécurité alimentaire et le développement agricole figurent parmi les priorités récurrentes de l'institution. Ce pacte intervient dans un contexte où les États renforcent leurs politiques de souveraineté alimentaire, notamment à travers des programmes nationux de soutien à la riziculture. La coordination régionale devient essentielle pour harmoniser les normes, mutualiser les investissements et créer des marchés plus fluides.
Défis climatiques et perspectives
Le changement climatique exacerbe la pression sur les ressources en eau et les sols, menaçant directement la production rizicole. Les stratégies d'adaptation, comme celles promues par la FAO, doivent être déployées à grande échelle. La formation d'ingénieurs hydrauliciens, comme celle initiée à Souapiti, s'inscrit dans cette logique de renforcement des compétences locales. Mais au-delà des infrastructures, c'est tout le système de production qu'il faut repenser : semences améliorées, techniques de culture intensive mais durable, accès au crédit et aux marchés. L'investissement privé, attiré par la demande croissante, pourrait accélérer cette transformation, à condition que les cadres réglementaires soient stables et incitatifs.
La construction de la souveraineté rizicole en Afrique de l'Ouest ne se limite pas à l'augmentation de la production. Elle exige une transformation systémique où la durabilité environnementale, les infrastructures et la coopération régionale sont indissociables. La région semble avoir engagé ce virage, mais le chemin reste long pour que le riz local supplante véritablement les importations et garantisse la sécurité alimentaire des populations.