Le Bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest vient de publier un appel à candidatures pour un poste de spécialiste des achats internationaux, signalant une intensification de ses activités d’appui aux États membres. Derrière cette annonce technique se profile un enjeu majeur : accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires pour réduire la dépendance aux importations de riz, qui pèse lourdement sur les balances commerciales régionales. Mais les obstacles demeurent nombreux, entre infrastructures défaillantes et coordination régionale encore fragile.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Depuis plusieurs décennies, l’Afrique de l’Ouest peine à atteindre l’autosuffisance en riz, alors que la consommation explose sous l’effet de l’urbanisation et des changements alimentaires. La région importe encore près de 40% de ses besoins, une facture qui grève les réserves de change et expose les économies aux fluctuations des cours mondiaux. Dans ce contexte, le recrutement annoncé par la FAO d’un International Procurement Officer pour son bureau régional n’est pas anodin : il traduit une volonté d’accélérer la livraison des équipements et intrants agricoles nécessaires aux projets de développement rizicole.

Un signal de montée en puissance Ce poste vise à renforcer l’Unité locale des achats, chargée d’acquérir biens, services et travaux pour les projets de la FAO dans les quinze pays de la sous-région. En fluidifiant les processus d’approvisionnement, l’organisation espère réduire les délais de mise en œuvre des programmes, souvent pointés du doigt comme un goulet d’étranglement. Cette démarche s’inscrit dans le cadre des « Quatre Améliorations » promues par la FAO — meilleure production, meilleure nutrition, meilleur environnement et meilleure vie —, dont la déclinaison ouest-africaine met l’accent sur les chaînes de valeur riz, maïs et manioc.

Des initiatives régionales en synergie L’appel de la FAO intervient alors que d’autres acteurs régionaux multiplient les annonces. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dévoilé en mai 2026 un « Pacte d’avenir » en six piliers, qui consacre un volet important à la souveraineté alimentaire. Parallèlement, en Guinée, le lancement d’un programme de formation d’ingénieurs au pied du barrage de Souapiti laisse entrevoir la possibilité d’irriguer de vastes plaines rizicoles, si l’électricité et l’eau parviennent aux producteurs. Ces signaux, bien que disparates, dessinent une prise de conscience collective : la sécurité alimentaire passe par une meilleure articulation des politiques nationales et régionales.

Des obstacles structurels persistants Malgré ces avancées, le chemin vers l’autosuffisance reste semé d’embûches. Les producteurs locaux doivent composer avec des coûts de production élevés, un accès limité au crédit et des infrastructures de stockage et de transformation insuffisantes. Le riz importé, souvent subventionné par les pays exportateurs comme la Thaïlande ou le Viêt Nam, reste moins cher sur les marchés ouest-africains, freinant la compétitivité du riz local. La multiplication des projets n’a pas encore inversé la tendance : les rendements plafonnent à 1,5 tonne par hectare en moyenne, loin du potentiel de 4 à 5 tonnes.

Une coordination régionale à renforcer L’efficacité des interventions de la FAO et de ses partenaires dépendra de leur capacité à s’inscrire dans une stratégie cohérente à l’échelle de la CEDEAO. Les douze ans d’existence de l’Offensive régionale pour la production de riz en Afrique de l’Ouest n’ont pas suffi à créer un marché intégré : les barrières tarifaires et non tarifaires persistent, les normes sanitaires diffèrent d’un pays à l’autre, et la recherche agronomique peine à diffuser les semences améliorées. Le nouveau spécialiste des achats aura donc pour tâche, au-delà de la gestion des contrats, de contribuer à une logistique plus performante, condition sine qua non pour que les intrants arrivent à temps dans les champs.

La souveraineté rizicole de l’Afrique de l’Ouest ne se décrète pas : elle se construit par l’accumulation de gestes techniques, bureaucratiques et politiques. Le recrutement de la FAO n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste, où la formation d’ingénieurs, les investissements hydroélectriques et les pactes régionaux doivent converger. L’urgence est là, mais la mécanique reste lourde à enclencher.