Le 4 juillet 2026, le Sénégal a officiellement lancé le Programme d'appui à la stratégie de souveraineté alimentaire (PASS), doté d’une enveloppe d’environ 261 milliards de FCFA. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest cherchent à réduire leur dépendance aux importations de denrées de base, notamment le riz, face à la volatilité des marchés mondiaux et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Alors que le Ghana sortait en mai 2026 de son programme avec le FMI, le Sénégal accélère sa propre stratégie de résilience agro-alimentaire.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le PASS constitue la pièce maîtresse de la politique sénégalaise de souveraineté alimentaire, un objectif réaffirmé par le président Bassirou Diomaye Faye depuis son arrivée au pouvoir. Ce programme pluriannuel vise à structurer et à moderniser les filières agricoles prioritaires, avec un accent particulier sur le riz, le maïs, le mil et les produits maraîchers. L’ambition est claire : réduire de moitié les importations de riz d’ici 2030, alors que le pays en importe encore près de 60 % de sa consommation annuelle.

L’originalité du PASS réside dans son approche intégrée. Il combine des investissements dans les infrastructures hydrauliques et de stockage, un soutien direct aux producteurs via des subventions intrants et des semences améliorées, ainsi qu’un volet de transformation locale. L’objectif est de créer des chaînes de valeur complètes, de la production à la commercialisation, en passant par le décorticage et l’emballage. Ce modèle se veut une alternative aux programmes précédents, souvent critiqués pour leur manque de coordination et leur focalisation sur la seule augmentation des rendements.

Un contexte régional favorable mais concurrentiel

Le Sénégal n’est pas isolé dans cette quête de souveraineté alimentaire. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a multiplié les annonces d’investissements dans la filière rizicole, tandis que le Nigeria a renforcé ses barrières tarifaires pour protéger sa production locale. Cependant, la compétition pour attirer les financements et les technologies agricoles s’intensifie. Le PASS sénégalais mise sur une approche inclusive, impliquant les coopératives agricoles et les collectivités territoriales, afin de garantir une adhésion sociale et une meilleure répartition des bénéfices.

Le rôle clé de la transformation locale

L’un des défis majeurs pour le Sénégal est de dépasser le simple stade de la production primaire. Jusqu’à présent, une part importante du riz local est vendue brut ou faiblement transformé, ce qui limite la création de valeur ajoutée et ne permet pas de concurrencer le riz importé, souvent mieux présenté. Le PASS prévoit donc la construction de mini-rizeries dans les principales zones de production, ainsi que des formations aux bonnes pratiques de post-récolte. Cette orientation rejoint les préoccupations exprimées lors du salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan en mai dernier, où la digitalisation des services agricoles a été présentée comme un levier essentiel.

Les résultats attendus sont ambitieux : à terme, le Sénégal espère non seulement réduire ses importations, mais aussi dégager des excédents exportables vers les pays de la sous-région. Toutefois, les observateurs restent prudents. La réussite du PASS dépendra de la capacité à maintenir un financement pérenne, à améliorer l’accès au foncier pour les jeunes et les femmes, et à coordonner l’action de multiples acteurs institutionnels. L’expérience de pays comme le Ghana, qui a récemment bouclé son programme FMI, montre que les réformes structurelles dans le secteur agricole exigent du temps et une stabilité macroéconomique.

Le PASS sénégalais s’inscrit dans une tendance plus large de recentrage des politiques agricoles ouest-africaines sur la souveraineté alimentaire. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de dérèglement climatique, la capacité des États à sécuriser leur approvisionnement en denrées de base devient un enjeu de stabilité économique et sociale. Reste à savoir si ce programme parviendra à transformer durablement le modèle agricole sénégalais, ou s’il restera une énième stratégie sans mise en œuvre effective.