Le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Sénégal représentent à eux seuls l'essentiel des importations de riz en Afrique de l'Ouest, selon les données récentes. Cette concentration met en lumière les défis persistants d'une région qui ambitionne de réduire sa dépendance alimentaire. Alors que les cours mondiaux restent volatils, cette situation interroge les stratégies de souveraineté mises en œuvre depuis une décennie.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Une dépendance qui persiste malgré les discours

Le constat est sans appel : le trio Nigeria, Côte d'Ivoire et Sénégal concentre la majeure partie des achats de riz sur le marché ouest-africain. Cette donnée, issue d'analyses récentes, confirme que les efforts d'autosuffisance peinent à inverser une tendance historique. La facture d'importation de riz reste l'une des plus lourdes pour la balance commerciale de la région, absorbant des devises qui pourraient être allouées à d'autres secteurs.

Les racines d'une dépendance structurelle

La dépendance au riz importé s'est installée dans les années 1970-1980, lorsque les politiques de libéralisation ont favorisé les importations bon marché en provenance d'Asie. Les consommateurs ouest-africains ont progressivement adopté des variétés asiatiques, au détriment du riz local souvent jugé moins compétitif en qualité et en prix. Depuis, les États ont multiplié les programmes de relance, comme le PNIA en Côte d'Ivoire ou le Plan Sénégal émergent, mais les résultats restent en deçà des objectifs.

Les freins à la production locale

Plusieurs obstacles expliquent cette inertie. La productivité des riziculteurs reste faible, faute d'accès aux intrants, au crédit et aux équipements modernes. Les infrastructures de transformation, de stockage et de commercialisation sont insuffisantes, entraînant des pertes post-récolte élevées. Par ailleurs, le coût de production du riz local est souvent supérieur au prix du riz importé, en raison notamment du prix de l'énergie et du manque d'économie d'échelle.

Des disparités régionales marquées

Si le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Sénégal dominent les importations, leurs situations diffèrent. Le Nigeria a tenté une politique de substitution aux importations via des barrières tarifaires, ce qui a stimulé la production locale mais n'a pas suffi à combler l'écart. La Côte d'Ivoire, premier producteur de riz en Afrique de l'Ouest, importe paradoxalement massivement pour satisfaire la demande urbaine. Le Sénégal, très dépendant, a misé sur des partenariats avec des investisseurs étrangers pour développer des périmètres irrigués.

Les enjeux de la souveraineté alimentaire

Cette situation s'inscrit dans le débat plus large sur la souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest. La filière rizicole est souvent comparée à d'autres cultures stratégiques comme le coton, l'arachide ou le cacao, où la transformation locale est en retard. L'importance des importations de riz rappelle que la sécurité alimentaire ne se décrète pas : elle nécessite des investissements durables dans les chaînes de valeur, de la production à la distribution.

Vers une approche régionale ?

Face à l'ampleur du défi, les organisations régionales comme la CEDEAO et l'UEMOA tentent de coordonner les politiques. La mise en place d'un tarif extérieur commun et la promotion des échanges intra-régionaux pourraient favoriser le riz local. Cependant, les intérêts nationaux et les barrières non tarifaires freinent l'intégration. Le West African Power Pool (WAPP), mentionné dans d'autres contextes, illustre la nécessité d'infrastructures communes, mais pour le riz, la route est encore longue.

L'avenir de la filière sous contraintes

La demande de riz continue de croître sous l'effet de la démographie et de l'urbanisation. Le changement climatique ajoute une pression supplémentaire sur les ressources en eau, vitales pour la riziculture. Les innovations technologiques, comme les variétés résistantes à la sécheresse, et les mécanismes de financement innovants pourraient offrir des perspectives. Mais sans une volonté politique forte et des moyens à la hauteur, la dépendance risque de perdurer.

La prépondérance du trio Nigeria, Côte d'Ivoire et Sénégal dans les importations de riz ne fait que refléter les limites des politiques actuelles. Au-delà des discours sur la souveraineté, c'est la question de la structuration des filières locales et de l'intégration régionale qui est posée. Dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux, la capacité à produire durablement son riz restera un indicateur clé de la résilience économique ouest-africaine.