Le 1er juin 2026 à Bamako, l'UEMOA a présenté un portefeuille de 6000 milliards FCFA (10,6 milliards $) pour la transformation structurelle de l'agriculture régionale à l'horizon 2040. Le plan cible trois chaînes de valeur prioritaires – riz, engrais, coton textile – afin de réduire une dépendance chronique aux importations qui pèse sur les balances commerciales et la sécurité alimentaire. Mais ce volontarisme intervient dans un contexte de tensions sociales autour de l'exploitation des ressources minières et de fragilités institutionnelles qui pourraient freiner son exécution.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le livre blanc dévoilé par la Commission de l'UEMOA à Bamako ambitionne de sortir la zone d'une dépendance alimentaire et industrielle coûteuse. L'agriculture contribue à 21 % du PIB de l'Union et emploie 53 % de la population active, selon les données de l'institution. Pourtant, les importations annuelles d'engrais ont atteint en moyenne 543,5 milliards FCFA entre 2020 et 2024, et le riz – céréale de base consommée quotidiennement par des centaines de millions de personnes – n'est produit localement qu'à moins de 60 % des besoins, selon la FAO. Le plan prévoit un investissement de 6000 milliards FCFA sur quinze ans, soit environ 400 milliards par an, pour financer des projets d'irrigation, de semences améliorées, de transformation locale et de développement de la filière phosphate, dont la région dispose de gisements, notamment au Sénégal et au Togo.

Les priorités sectorielles : riz, engrais et coton

Le riz constitue le premier enjeu : les pays de l'UEMOA importent chaque année plusieurs millions de tonnes d'Asie, grevant leurs réserves de change. Le plan entend augmenter la production locale via des périmètres irrigués et des semences certifiées. La filière engrais est considérée comme un maillon clé de la souveraineté : réduire la facture d'importation de 543,5 milliards FCFA par an implique de valoriser le phosphate régional pour produire localement. Enfin, le coton textile reste un pilier des exportations ouest-africaines, mais souffre d'une faible transformation locale. L'UEMOA veut soutenir l'industrialisation de la filière pour capter davantage de valeur ajoutée.

Le Mali, terrain d'expérimentation mais aussi de fragilité

Le choix de Bamako pour le lancement n'est pas anodin. Le ministre malien de l'Agriculture, Ibrahima Samake, a salué une initiative qui pourrait faire du secteur agricole le moteur de la croissance régionale. Le Mali, confronté à une insécurité persistante et à des défis climatiques, voit dans l'agriculture un levier de stabilisation économique. Toutefois, la mise en œuvre se heurte à des réalités locales : l'accès au foncier, le manque d'infrastructures de stockage et de transport, et la dépendance aux intrants importés. Le livre blanc propose des mécanismes de financement innovants, incluant des partenariats public-privé et des fonds dédiés, mais leur efficacité dépendra de la capacité des États à coordonner leurs politiques et à attirer les investisseurs privés.

Les tensions sous-jacentes : l'exploitation du phosphate en question

Le développement de la filière phosphate, pourtant stratégique, intervient dans un climat social tendu. Au Sénégal, des heurts récents à Agnam Thiodaye ont opposé populations locales et forces de l'ordre autour de l'exploitation des gisements, illustrant les conflits d'usage et les attentes de retombées équitables. Ces tensions rappellent que la réussite du plan ne dépend pas seulement des financements, mais aussi de l'acceptabilité sociale et de la redistribution des bénéfices. L'UEMOA devra intégrer ces dimensions dans ses projets pour éviter que les investissements ne soient bloqués par des revendications locales.

Ce plan de 6000 milliards FCFA cristallise les espoirs d'une transformation agricole régionale, mais sa crédibilité repose sur la capacité à surmonter les obstacles structurels et politiques. Entre dépendance aux importations, fragilités sécuritaires et contestations sociales, l'UEMOA devra démontrer que ses ambitions ne restent pas lettre morte. La question qui demeure est celle de la gouvernance : comment garantir que ces investissements profitent aux producteurs et aux consommateurs, dans une région où les inégalités et les tensions foncières restent vives ?