Le 15 mai 2026, l'UEMOA a présenté son Livre blanc, un document stratégique qui identifie trois filières prioritaires pour la période 2026-2040 : les phosphates-engrais, le riz et le coton-textile. Cette feuille de route, validée par la Côte d'Ivoire, vise à renforcer la souveraineté alimentaire et à accélérer la transformation locale des matières premières. Alors que la région ouest-africaine cherche à consolider sa résilience économique après les chocs récents, ce document pourrait redessiner les chaînes de valeur régionales.
Trois filières pour la souveraineté
Le Livre blanc de l'UEMOA cible trois chaînes de valeur stratégiques pour réduire la dépendance alimentaire et accélérer la transformation locale.
Riz
Première dépense en devises de la région. L'UEMOA fait de la production locale le levier central de la sécurité alimentaire.
Phosphates-engrais
Le sous-sol ouest-africain regorge de phosphates (Sénégal, Togo). Produire localement les fertilisants pour boucler la boucle agricole.
Coton-textile
Accélérer la transformation locale des matières premières pour créer de la valeur ajoutée et des emplois dans la région.
📌 En bref
Le Livre blanc de l'UEMOA, validé par la Côte d'Ivoire, répond aux fragilités structurelles de l'Afrique de l'Ouest : dépendance aux importations alimentaires et faible transformation locale. L'objectif est de consolider la résilience économique après les chocs récents.
⏳ Horizon stratégique
Lancement
Présentation du Livre blanc
Vision
Souveraineté alimentaire
🌍 Acteurs & pays clés
Une réponse aux fragilités structurelles
Le Livre blanc de l'UEMOA arrive dans un contexte où la dépendance aux importations alimentaires demeure le talon d'Achille de l'Afrique de l'Ouest. Le riz, par exemple, représente l'une des principales dépenses en devises de la région, avec des importations annuelles dépassant plusieurs milliards de dollars. En faisant du riz une filière prioritaire, l'organisation sous-régionale reconnaît que la sécurité alimentaire passe d'abord par la production locale. Mais pour que cette ambition se concrétise, il faut résoudre l'équation des intrants : d'où l'inclusion des phosphates-engrais dans le trio gagnant.
Le chaînon manquant : les engrais
Le sous-sol ouest-africain regorge de phosphates, notamment au Sénégal et au Togo. Pourtant, la région importe encore l'essentiel de ses engrais. En faisant des phosphates-engrais une filière stratégique, l'UEMOA cherche à boucler la boucle : produire localement les fertilisants nécessaires à l'agriculture régionale. Ce lien entre ressources minières et productivité agricole est au cœur de la vision du Livre blanc. Il s'agit de créer un cercle vertueux où la valorisation des matières premières locales (phosphates) sert directement la souveraineté alimentaire (riz) et la compétitivité industrielle (coton-textile).
Le coton-textile : la transformation comme levier
Le coton est un pilier historique des économies sahéliennes (Burkina Faso, Mali, Côte d'Ivoire). Mais la région exporte encore majoritairement du coton-graine, perdant ainsi la valeur ajoutée de la transformation. En intégrant la filière coton-textile dans son Livre blanc, l'UEMOA mise sur le développement de chaînes de valeur intégrées, de la production à la confection. Cette orientation rejoint les stratégies nationales de plusieurs États membres, comme la Côte d'Ivoire qui ambitionne de devenir un hub textile régional. Le Livre blanc offre ainsi un cadre de coordination pour mutualiser les efforts.
Une cohérence avec les dynamiques nationales
Le ministre ivoirien Bruno Koné a salué l'initiative, y voyant un alignement avec les priorités de son gouvernement. Cette adhésion est essentielle : le succès du Livre blanc dépendra de sa mise en œuvre au niveau national. La Côte d'Ivoire, premier producteur de cacao au monde, pourrait également voir dans cette feuille de route un modèle pour d'autres filières comme le cacao ou l'anacarde, même si elles ne sont pas explicitement citées. L'approche par filières prioritaires permet de concentrer les ressources là où l'impact est le plus fort, sans exclure les autres secteurs.
Une perspective temporelle : de la sortie de crise à l'ambition régionale
Les semaines précédant la publication de ce Livre blanc ont été marquées par des signaux contrastés : le Ghana sortait officiellement de son programme FMI, la Côte d'Ivoire multipliait les appels aux investisseurs, et le Sénégal misait sur le tourisme pour diversifier son économie. Dans ce paysage, le Livre blanc de l'UEMOA agit comme un fil conducteur régional. Il ne s'agit plus seulement de gérer les urgences, mais de bâtir une vision commune à quinze ans. Le choix de 2040 comme horizon montre la volonté de dépasser les cycles électoraux et de s'inscrire dans le long terme.
Les défis de la mise en œuvre
Reste à savoir comment ce document sera traduit en actions concrètes. La coordination entre les huit États membres est historiquement difficile, et les priorités nationales peuvent diverger. Par ailleurs, le financement de cette feuille de route n'est pas encore détaillé. L'UEMOA devra mobiliser des ressources publiques et privées, peut-être via des partenariats avec des institutions comme la Banque africaine de développement. La question de l'accès aux engrais pour les petits producteurs reste également centrale : sans mécanismes de subvention ou de crédit, l'ambition de souveraineté pourrait rester lettre morte.
Ce Livre blanc illustre une prise de conscience collective : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit filière par filière, de l'engrais à l'assiette. Il reste à voir si les États membres parviendront à dépasser leurs intérêts immédiats pour construire des chaînes de valeur véritablement régionales. Une chose est sûre : la question de la transformation locale ne quittera plus l'agenda ouest-africain.