Le 3 juin 2026, la Table ronde sur l’investissement dans le riz en Afrique de l’Ouest s’est achevée à Accra, marquant un passage du dialogue à l’action pour la filière rizicole régionale. Alors que la CEDEAO ambitionne l’autosuffisance d’ici 2035, la filière cotonnière ivoirienne, elle, peine à retrouver son souffle, plombée par des aléas climatiques et la hausse des intrants. Deux visages d’un même combat pour la souveraineté alimentaire.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Une mobilisation régionale inédite pour le riz

La Table ronde d’Accra a réuni institutions financières internationales, bailleurs, investisseurs privés et représentants des quinze États membres de la CEDEAO pendant deux jours, du 2 au 3 juin 2026. L’objectif : transformer la filière rizicole dans le cadre de la Feuille de route régionale pour le riz 2025-2035. Les échanges ont porté sur les 15 Plans d’action nationaux pour l’investissement dans le riz (PANIR), couvrant production, irrigation, mécanisation, stockage, transformation et commercialisation. Omar Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a insisté sur la nécessité de passer « du dialogue à l’action ».

Un déficit chronique à combler

Avec une demande qui croît de 4 % par an, l’Afrique de l’Ouest importe encore plus de 12 millions de tonnes de riz chaque année. Le riz représente près de 40 % de la consommation céréalière de la sous-région. Malgré un potentiel immense – terres irrigables, main-d’œuvre jeune, bassins de consommation en expansion – la production locale reste insuffisante. Les PANIR visent à décliner au niveau national les objectifs régionaux, mais leur financement reste le principal défi. La table ronde a permis de présenter des projets bancables aux investisseurs, allant de l’aménagement de périmètres irrigués à la construction d’unités de décorticage modernes.

Le coton ivoirien, un contre-exemple éclairant

À quelques jours de ce sommet régional, la filière cotonnière ivoirienne a annoncé un objectif de 400 000 tonnes pour la campagne 2026/2027, après deux années difficiles. Selon Brou Kouakou, directeur exécutif d’APROCOT-CI, la production 2025/2026 n’a atteint que 310 398 tonnes, bien loin des 550 000 tonnes espérées. Les causes sont multiples : faibles précipitations en juin, hausse du coût des intrants liée aux tensions géopolitiques, et une baisse du nombre de producteurs de près de 20 % (79 979 contre 99 793 un an plus tôt). Seul point positif : le rendement à l’hectare est passé de 871 kg à 1,14 tonne, signe que des gains de productivité sont possibles.

Une leçon pour la riziculture

Le cas du coton ivoirien illustre les vulnérabilités qui menacent aussi la filière riz : dépendance aux intrants importés, aléas climatiques, et fragilité du tissu producteur. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et premier exportateur africain de noix de cajou, n’a jamais réussi à hisser son coton au même rang. Cette contre-performance rappelle que la seule volonté politique ne suffit pas : il faut des mécanismes de financement adaptés, une sécurisation des approvisionnements en engrais, et une protection sociale pour les petits exploitants.

Vers une convergence des filières ?

La Table ronde d’Accra et les difficultés du coton ivoirien sont les deux faces d’une même réalité : l’Afrique de l’Ouest doit accélérer sa transformation agricole pour garantir sa sécurité alimentaire. Le riz, céréale stratégique, bénéficie désormais d’un cadre régional cohérent. Mais le succès dépendra de la capacité des États à créer un environnement favorable, à attirer les investissements privés et à mutualiser les risques. Les expériences passées, comme celle du coton, montrent que les obstacles sont nombreux. L’enjeu dépasse la simple production : il s’agit de bâtir des chaînes de valeur résilientes, capables de résister aux chocs climatiques et géopolitiques.

Au-delà du riz et du coton, c’est tout le modèle agricole ouest-africain qui est en question. La région importe massivement des céréales alors qu’elle dispose de terres et d’une main-d’œuvre abondantes. Les initiatives régionales comme la Feuille de route 2025-2035 offrent un cadre, mais leur mise en œuvre exigera des réformes structurelles, une meilleure coordination entre acteurs publics et privés, et un investissement massif dans l’irrigation et la mécanisation. Le chemin vers la souveraineté alimentaire est semé d’embûches, mais les récents développements témoignent d’une prise de conscience collective.