Alors que la table ronde sur l’investissement rizicole en Afrique de l’Ouest s’ouvre à Accra, le Ghana affiche ses ambitions : atteindre l’autosuffisance en riz d’ici dix ans. Avec un déficit de 751 000 tonnes et des importations annuelles de 320 millions $, le pays illustre le défi majeur auquel fait face la région : transformer des filières stratégiques pour réduire une dépendance alimentaire chronique. Le ministre de l’Agriculture, Eric Opoku, a présenté une feuille de route fondée sur le doublement des rendements, passant de 3,4 à 6,5 tonnes par hectare.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le Ghana consomme aujourd’hui 1,7 million de tonnes de riz par an, mais n’en produit que 908 000 tonnes, soit un taux d’autosuffisance de 56 %. Ce déficit structurel, qui représente une facture d’importation de 320 millions de dollars, est symptomatique d’un problème plus large en Afrique de l’Ouest, où la demande de riz croît plus vite que la production locale. La déclaration du ministre Eric Opoku, en marge de la Table ronde sur l’investissement rizicole en Afrique de l’Ouest, intervient dans un contexte où la sécurité alimentaire est devenue une priorité stratégique pour les États membres de la CEDEAO.

L’enjeu dépasse la simple question des volumes. Les 320 millions de dollars consacrés chaque année aux importations de riz représentent des devises qui pourraient être réinvesties dans le développement agricole local. Ce constat, partagé par plusieurs pays de la région, explique la mobilisation régionale autour de cette filière. Le Ghana, deuxième économie de l’espace CEDEAO après le Nigeria, cherche à montrer l’exemple, mais le chemin est semé d’embûches.

Le principal levier identifié par les autorités ghanéennes est l’augmentation des rendements. Avec une moyenne de 3,4 tonnes par hectare, le pays est loin des standards asiatiques (6 à 7 tonnes). Les essais menés avec des systèmes de production améliorés montrent qu’il est possible d’atteindre 6,5 tonnes, soit près du double. Cet écart de productivité est au cœur des stratégies d’investissement : meilleures semences, gestion de l’eau, mécanisation et pratiques agronomiques adaptées sont les piliers de la transformation annoncée.

La table ronde régionale, réunissant les 15 pays membres de la CEDEAO, vise justement à coordonner les financements et les politiques publiques pour soutenir la filière rizicole. L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête de la souveraineté alimentaire, après des décennies de dépendance aux importations. Le riz, deuxième céréale la plus importée au Ghana après le blé, est devenu un symbole de cette ambition.

Cependant, les défis restent considérables. L’accès à des semences certifiées, le développement des infrastructures d’irrigation et la formation des agriculteurs sont des préalables indispensables. Le Ghana dispose d’un potentiel important, notamment dans les zones irriguées, mais les investissements publics et privés devront être massifs et durables. Le ministre a insisté sur la nécessité de passer de l’expérimentation à la généralisation.

La dynamique régionale est porteuse. La création d’un marché commun du riz, avec des normes de qualité et des incitations à la production locale, pourrait accélérer la transformation. Mais les rivalités commerciales et les intérêts des importateurs constituent des freins. Le pari ghanéen est donc autant technique que politique : il s’agit de prouver qu’une filière rizicole ouest-africaine peut être compétitive face au riz asiatique subventionné.

L’objectif d’autosuffisance rizicole du Ghana à l’horizon 2036 est un test grandeur nature pour la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest. Si les rendements annoncés se concrétisent, le pays pourrait réduire sa facture d’importation et inspirer ses voisins. Mais la réussite dépendra de la capacité à mobiliser des financements pérennes et à surmonter les obstacles structurels qui ont jusqu’ici freiné le décollage de la filière. Au-delà du riz, c’est tout le modèle agricole régional qui est interrogé.

Données de référence : Solde budgétaire : -1.3% (FMI)