Alors que l’Afrique de l’Ouest importe encore plus de 12 millions de tonnes de riz chaque année, la table ronde sur l’investissement dans le riz s’est tenue à Accra les 2 et 3 juin 2026. Organisée sous l’égide de la CEDEAO, cette rencontre intervient dans le sillage de la Feuille de route régionale pour le riz 2025-2035, adoptée en décembre 2024. L’enjeu est colossal : passer d’un déficit structurel à une autosuffisance régionale d’ici 2035, en mobilisant entre 15 et 19 milliards de dollars d’investissements.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le riz est devenu la céréale la plus consommée en Afrique de l’Ouest, représentant près de 40 % de la consommation totale de céréales. La demande progresse de 4 % par an, mais la production n’augmente que de 3 %, creusant un déficit qui oblige les pays de la région à importer chaque année plus de 12 millions de tonnes. Cette dépendance aux marchés internationaux expose la sous-région aux chocs de prix et aux tensions géopolitiques, comme l’a rappelé la flambée des cours en 2022-2023.

La table ronde d’Accra, qui s’est déroulée du 2 au 3 juin 2026, marque un tournant dans la mobilisation des acteurs publics et privés. Pour la vice-présidente ghanéenne Jane Naana Opoku-Agyemang, l’objectif est de « renforcer la chaîne de valeurs agricoles et lier la production, la transformation, la logistique, l’exportation et l’industrie agroalimentaire à travers un écosystème coordonné ». Cette approche systémique est au cœur de la Feuille de route régionale pour le riz 2025-2035, adoptée par les chefs d’État de la CEDEAO en décembre 2024 à Abuja.

Le plan ambitionne l’autosuffisance régionale en riz à l’horizon 2035. Pour y parvenir, les besoins d’investissement sont estimés entre 15 et 19 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent des besoins annuels de fonctionnement compris entre 4 et 5 milliards de dollars. Les financements ciblent prioritairement l’irrigation, la mécanisation, les infrastructures de stockage, la transformation, l’accès aux intrants de qualité et au crédit agricole. L’ampleur des sommes en jeu souligne l’écart entre les ambitions déclarées et les capacités actuelles de mobilisation.

Les défis sont nombreux. L’irrigation reste limitée : moins de 10 % des superficies rizicoles sont irriguées en Afrique de l’Ouest, alors que la pluviométrie est de plus en plus erratique. La mécanisation est embryonnaire et le recours aux intrants, comme les semences améliorées et les engrais, encore faible. Les infrastructures post-récolte, notamment les unités de décorticage et de stockage, font défaut, entraînant des pertes estimées à 20-30 % de la récolte. Enfin, l’accès au crédit agricole reste un frein majeur pour les petits producteurs qui fournissent l’essentiel de l’offre.

La table ronde d’Accra s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest. Depuis la crise du covid-19 et la guerre en Ukraine, les États ont pris conscience de leur vulnérabilité face aux chocs externes. Le riz, aliment de base urbain, est devenu un enjeu politique et économique de premier ordre. Plusieurs pays ont lancé des programmes nationaux (Nigeria, Côte d’Ivoire, Sénégal), mais la coordination régionale reste perfectible.

L’évolution temporelle est révélatrice : les tentatives passées, comme la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (CARD) lancée en 2005, n’ont pas permis d’inverser la tendance. Le déficit d’importation a continué de croître, passant de 8 millions de tonnes en 2010 à plus de 12 millions aujourd’hui. La nouvelle feuille de route se distingue par son horizon temporel plus long (2035) et une approche plus intégrée, liant production, transformation et commercialisation. Reste à savoir si les financements suivront et si les États sauront créer un environnement propice à l’investissement privé.

La réussite de la transformation rizicole ouest-africaine dépendra de la capacité à dépasser les approches sectorielles pour embrasser une véritable politique agricole régionale. Au-delà du riz, c’est l’ensemble des filières stratégiques (cacao, arachide, coton) qui sont confrontées à l’enjeu de la transformation locale. La table ronde d’Accra pourrait servir de test pour la nouvelle ambition de la CEDEAO en matière d’intégration économique et de souveraineté alimentaire.

Données de référence : Solde budgétaire : -1.3% (FMI)