Le 3 juin 2026, à Accra, la Table ronde sur l’investissement rizicole en Afrique de l’Ouest a scellé un nouveau pacte régional pour l’autosuffisance en riz d’ici 2035. Douze ans après le lancement de l’Offensive régionale du riz en 2014, les États membres de la CEDEAO revoient leurs ambitions à la hausse, forts des leçons d’une première décennie marquée par des progrès inégaux et une dépendance persistante aux importations. Ce nouvel engagement, soutenu par la Banque mondiale, se veut plus concret, avec des objectifs chiffrés et une architecture financière inédite de 28 milliards de dollars.
Offensive régionale du riz : le pari des 28 milliards
Douze ans après le lancement de l’Offensive en 2014, la CEDEAO relance son plan avec une architecture financière inédite. Objectif : autosuffisance d’ici 2035.
Nouveau pacte régional soutenu par la Banque mondiale. Objectif : doubler la production de paddy et réduire la dépendance aux importations sous la barre des 15 % d’ici 2035.
Soit près de 8 millions de tonnes par an.
Rendements : de 2,1 à 4,1 t/ha
Pertes post-récolte < 10 %
4 leviers pour l’autosuffisance
Passer de 2,1 à 4,1 tonnes/hectare de paddy.
De 30 % à moins de 10 %.
Fin des investissements isolés, approche intégrée CEDEAO.
Déclaration d’Accra adoptée par les États membres.
Architecture financière & flux
Un environnement macroéconomique qui rend le financement du plan rizicole crucial pour la souveraineté.
Chronologie du pari rizicole
Lancement de l’Offensive régionale du riz. Dépendance encore très forte.
Table ronde d’Accra. Nouveau pacte : 28 milliards $, objectifs chiffrés.
Cible : autosuffisance, dépendance < 15 %, rendements doublés.
Un pari relancé sur fond de leçons du passé
L'Offensive régionale du riz, lancée en 2014, visait à réduire la facture d'importation qui pèse lourdement sur les économies ouest-africaines. Mais en 2026, la région importe encore environ 40 % de sa consommation, soit près de 8 millions de tonnes par an. La dépendance au riz asiatique, notamment thaïlandais et vietnamien, reste un talon d'Achille dans un contexte de volatilité des prix mondiaux et de tensions logistiques. La nouvelle Déclaration d'Accra, adoptée par 14 pays, fixe un cap : doubler la production annuelle de paddy et porter les rendements de 2,1 à 4,1 tonnes par hectare, tout en réduisant les pertes post-récolte de 30 à moins de 10 %. L'objectif de ramener la dépendance aux importations sous la barre des 15 % d'ici 2035 est ambitieux, mais il s'appuie sur des leçons tirées des échecs passés.
L'un des principaux enseignements des douze dernières années est que les investissements isolés, sans coordination régionale et sans transformation locale, n'ont pas suffi. Les programmes nationaux ont souvent pâti d'un manque de financements durables et d'une faible intégration des petits producteurs. Cette fois, la stratégie mise sur une approche intégrée : plans nationaux d'investissement rizicole (PNIR) alignés sur un cadre régional, avec un montant total de 25,6 milliards de dollars pour les pays, complété par une enveloppe régionale de 28 milliards. Cette somme, colossale pour la région, devra être mobilisée via trois strates : financements publics (40 à 50 %), prêts concessionnels et investissements privés.
Le défi du financement et de la transformation structurelle
Si les ambitions sont claires, le financement reste la pierre d'achoppement. L'expérience du barrage de Souapiti en Guinée, où un programme de formation d'ingénieurs a récemment été lancé, illustre la difficulté de conjuguer grands projets d'infrastructure et développement des compétences locales. Dans le secteur du riz, le besoin de financements privés est d'autant plus pressant que les budgets publics ouest-africains sont sous tension, comme le rappelle le rapport de l'Infrastructure Consortium for Africa cité dans les sources : un déficit de 118 milliards de dollars dans les infrastructures régionales. La CEDEAO devra donc attirer des investisseurs privés, notamment dans les maillons de la transformation et de la commercialisation, où la valeur ajoutée est la plus forte.
Par ailleurs, la création de 15 millions d'emplois directs et indirects, avec une garantie que les femmes et les jeunes représentent au moins la moitié des bénéficiaires, est un volet social crucial. Dans une région où le chômage des jeunes alimente l'instabilité, le secteur rizicole offre un potentiel de développement inclusif. Mais cela nécessite un accompagnement en formation, en accès au crédit et en amélioration des chaînes de valeur locales.
La réussite de cette offensive repose aussi sur la résilience climatique. Les rendements actuels, déjà faibles, sont menacés par des sécheresses récurrentes et des inondations. Les investissements devront donc intégrer des pratiques agroécologiques et des infrastructures d'irrigation, comme celles développées autour du barrage de Souapiti. Le Sénégal, avec la dégradation de la mangrove de Khor, rappelle que les écosystèmes fragiles sont en première ligne.
Enfin, cette nouvelle dynamique s'inscrit dans un contexte régional plus large de souveraineté alimentaire. Alors que le Maroc et le Nigeria avancent sur le gazoduc africain atlantique (AAGP), la question énergétique est indissociable de la transformation agricole. Le riz, comme le cacao, l'arachide ou le coton, nécessite des intrants et une logistique lourde. La coordination entre les politiques agricoles et énergétiques devient un enjeu clé.
La relance de l’Offensive régionale du riz est plus qu’un simple plan agricole : elle cristallise les défis de l’intégration régionale, de la mobilisation financière et de la transformation structurelle en Afrique de l’Ouest. Si les objectifs de 2035 sont maintenus, la région pourrait réduire significativement sa dépendance alimentaire, mais à condition de dépasser les écueils du passé et de conjuguer volonté politique, investissements durables et inclusion sociale. L’avenir dira si cette nouvelle impulsion saura transformer les ambitions en réalité.