Le vice-ministre ghanéen des Finances, Thomas Nyarko Ampem, a lancé un appel clair lors de la Table ronde sur l'investissement dans le riz en Afrique de l'Ouest 2026 : la région n'a plus besoin de déclarations, mais de capitaux transformateurs. Alors que l'Afrique de l'Ouest dépense chaque année entre 3 et 4 milliards de dollars pour importer du riz, le Ghana veut inverser la tendance en attirant massivement le secteur privé. Un tournant stratégique qui révèle les limites des approches traditionnelles et l'urgence d'une industrialisation agricole.
Ghana : le pari du capital privé pour briser la dépendance rizicole
Le vice-ministre Thomas Nyarko Ampem appelle à un « capital transformateur » face à l’hémorragie de devises.
L’Afrique de l’Ouest dispose de terres arables, d’eau et de main-d’œuvre en abondance, mais continue d’importer près de la moitié de sa consommation de riz. Le Ghana veut sortir de cette contradiction par l’investissement privé à long terme.
Ce ne sont ni la terre, ni l’eau, ni la main-d’œuvre qui manquent, mais un financement capable de changer d’échelle.
La réunion d'Accra a mis en lumière un paradoxe bien connu des observateurs de la filière rizicole ouest-africaine. La région dispose de terres arables, d'eau et d'une main-d'œuvre abondante, mais continue d'importer près de la moitié de sa consommation de riz. Cette hémorragie de devises fragilise les balances commerciales et hypothèque les efforts de souveraineté alimentaire. Le constat n'est pas nouveau, mais le discours a changé de ton. Là où les gouvernements se contentaient de planification et d'annonces, le Ghana insiste désormais sur la nécessité de projets bancables et d'engagements capitalistiques de long terme.
Le paradoxe des ressources inexploitées
Le vice-ministre Nyarko Ampem a souligné que ce ne sont ni la terre, ni l'eau, ni la main-d'œuvre qui manquent, mais un financement capable de changer d'échelle. Il a appelé à un « capital transformateur », distinct du soutien saisonnier traditionnel, qui investirait dans les systèmes d'irrigation, les infrastructures de stockage, la logistique et la transformation agroalimentaire. Cette vision industrielle suppose de sortir d'une logique d'aide au développement pour entrer dans une dynamique d'investissement privé à long terme. Le gouvernement de John Dramani Mahama s'emploie à créer un environnement macroéconomique stable et des cadres d'investissement prévisibles pour attirer ces capitaux.
Des ambitions régionales convergentes
Le Ghana n'est pas seul dans cette quête. D'autres pays de la CEDEAO, comme la Côte d'Ivoire et le Nigeria, ont également lancé des programmes de relance de la production rizicole. La table ronde d'Accra a réuni des représentants régionaux, des institutions de financement du développement et des acteurs privés, témoignant d'une prise de conscience collective. L'objectif affiché est double : réduire les importations tout en valorisant la production locale. Mais pour y parvenir, il faudra dépasser les obstacles structurels : accès au crédit pour les petits producteurs, sécurité foncière, et concurrence des riz asiatiques subventionnés.
Les infrastructures, maillon clé de la transformation
L'enjeu dépasse la simple production. Pour concurrencer les importations, le riz local doit être compétitif en qualité et en prix. Cela suppose des investissements lourds dans les infrastructures post-récolte : décorticage, conditionnement, stockage. Les ports ouest-africains, comme celui de Lomé qui a traité plus de 30 millions de tonnes de marchandises en 2024, pourraient jouer un rôle dans l'exportation d'un riz transformé localement. Mais pour l'instant, le déficit logistique freine la montée en gamme.
La formation d'ingénieurs et de techniciens, comme celle lancée au pied du barrage de Souapiti en Guinée, illustre les besoins en compétences pour accompagner la modernisation agricole. L'énergie est également un facteur déterminant : le recours accru aux centrales thermiques au Togo montre que l'électrification rurale reste un défi pour les unités de transformation.
Une question de volonté politique et de coordination
Le succès de la stratégie ghanéenne reposera sur sa capacité à coordonner les interventions publiques et privées. Le gouvernement promet un cadre d'investissement plus prévisible, mais la stabilisation macroéconomique est un processus lent. Par ailleurs, la CEDEAO, qui a dévoilé un « Pacte d'avenir » en six piliers pour renforcer l'intégration, doit veiller à ce que les politiques rizicoles nationales ne se contredisent pas. La route vers la souveraineté alimentaire est semée d'obstacles, mais le changement de paradigme est en marche.
La table ronde d'Accra marque un tournant dans la manière dont l'Afrique de l'Ouest aborde sa dépendance au riz importé. En mettant l'accent sur le financement privé et les projets bancables, le Ghana ouvre une voie que d'autres pays pourraient emprunter. Reste à savoir si les investisseurs répondront présents et si les réformes nécessaires seront menées à terme. La question dépasse le simple secteur du riz : elle interroge la capacité de la région à transformer ses atouts naturels en avantages compétitifs durables.