La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a présenté un plan visant l'autosuffisance en riz à l'horizon 2035. Alors que la région importe encore des millions de tonnes chaque année, cette ambition repose sur l'augmentation de la production locale et la transformation industrielle. L'échec des précédentes offensives rizicoles, comme le programme national de 2014, interroge toutefois sur la crédibilité de ce nouvel engagement. Ce plan intervient dans un contexte de volatilité des prix mondiaux et de tensions sur les chaînes d'approvisionnement.
Autosuffisance en riz d'ici 2035
La CEDEAO relance l'offensive rizicole. Entre ambitions régionales et échecs passés, le pari de 2035.
d'ici 2030 (est.)
totale
Les précédentes offensives rizicoles (2014) ont buté sur des obstacles structurels : intrants insuffisants, irrigation limitée, marchés nationaux fragmentés. Malgré des progrès au Sénégal et au Mali, la production locale n’a pas suivi la croissance démographique.
Le nouveau plan mise sur une approche régionale intégrée, avec des pôles de compétitivité transfrontaliers, pour éviter les erreurs du passé.
La CEDEAO a détaillé les grands axes de sa stratégie rizicole, qui s'articule autour de l'augmentation des surfaces cultivées, l'amélioration des rendements et la construction d'infrastructures de transformation. L'objectif est de réduire de moitié les importations d'ici 2030, puis d'atteindre l'autosuffisance totale en 2035. Actuellement, la région importe environ 6 à 8 millions de tonnes de riz par an, représentant une facture de plusieurs milliards de dollars.
Les précédentes tentatives, comme la « Riziculture offensive » de 2014, se sont heurtées à des obstacles structurels : accès insuffisant aux intrants de qualité, irrigation limitée, et fragmentation des marchés nationaux. Malgré des progrès dans certains pays (Sénégal, Mali), la production locale n'a pas suivi le rythme de la croissance démographique. Le nouveau plan mise sur une approche régionale intégrée, avec des pôles de compétitivité transfrontaliers.
Les piliers de la nouvelle stratégie
Le premier axe concerne les semences. La CEDEAO prévoit de multiplier les variétés adaptées aux écosystèmes locaux, notamment le riz pluvial et de mangrove. Un fonds régional pour la recherche agronomique serait abondé par les États et les partenaires techniques. Par ailleurs, l'irrigation est prioritaire : de nombreux grands barrages (Souapiti en Guinée, Kandadji au Niger) sont en construction ou en projet, avec des volets rizicoles.
Le rôle de la transformation locale
Un autre volet clé est la transformation. Actuellement, la majorité du riz consommé est importé déjà blanchi, ce qui freine le développement des minoteries locales. Le plan encourage l'installation d'usines de décorticage et d'étuvage, avec des incitations fiscales. Cela créerait des emplois et réduirait les pertes post-récolte, estimées à 15-20 %.
Le financement reste un point sensible. La CEDEAO compte mobiliser des fonds via la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et des partenariats public-privé. Mais l'enthousiasme des investisseurs dépendra de la stabilité des politiques agricoles. Le précédent des filières cacao et coton, où les réformes ont été erratiques, incite à la prudence.
Les défis persistants
Le foncier constitue une contrainte majeure. Dans plusieurs pays, l'accès à la terre pour les petits producteurs se heurte à des conflits et à une urbanisation rapide. Par ailleurs, le changement climatique accentue la variabilité pluviométrique, menaçant les rendements en riz pluvial.
Enfin, la concurrence des importations reste féroce. Le riz thaïlandais ou vietnamien, subventionné, est souvent moins cher que le riz local. Le plan prévoit des mesures de protection tarifaire et des normes de qualité, mais leur mise en œuvre nécessite une coordination douanière encore fragile.
Une synergie avec d'autres filières
La relance du riz pourrait bénéficier à d'autres cultures stratégiques. Par exemple, les rotations avec l'arachide ou le coton améliorent la fertilité des sols. De plus, les infrastructures de transformation et de transport (ports, routes) serviront aussi aux filières voisines. La CEDEAO cherche ainsi à créer des effets d'entraînement vers une souveraineté alimentaire plus large.
Ce nouveau plan rizicole s'inscrit dans une quête plus vaste de souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest. Mais sans une volonté politique ferme et des investissements durables, il risque de rejoindre la liste des promesses non tenues. La réussite dépendra de la capacité des États à coordonner leurs politiques et à impliquer les producteurs. Au-delà du riz, c'est tout le modèle agricole régional qui est en jeu.