En juin 2025, Aliko Dangote promettait de faire de l'Afrique un continent auto-suffisant en engrais d'ici 40 mois. Un an plus tard, le milliardaire nigérian concrétise cette ambition avec trois mégaprojets stratégiques au Nigeria, en Éthiopie et au Congo. Pour l'Afrique de l'Ouest, où la dépendance aux importations d'engrais pèse lourdement sur les filières comme le riz, cette annonce porte des promesses de transformation, mais aussi des interrogations sur les conditions d'accès aux intrants.
🐘 Dangote parie sur les engrais pour nourrir l’Afrique de l’Ouest
Mégaprojets Nigeria, Éthiopie, Congo — l’ambition d’un milliardaire face à la dépendance ouest-africaine
« Dans les 40 prochains mois, l’Afrique n’importera plus d’engrais de nulle part. »
— Aliko Dangote, Assemblées générales d’Afreximbank, Abuja, 27 juin 2025
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par an en Afrique de l’Ouest
ouest-africaine de riz
perdue faute d’intrants
de riz consommées
par an dans la région
🏭 Les trois mégaprojets Dangote
⚖️ Promesses & interrogations
Le Nigeria, poids lourd économique de la région, combine inflation élevée et endettement modéré — un terreau contrasté pour l’ambition industrielle de Dangote.
Aliko Dangote, première fortune africaine, ne cache plus ses ambitions dans le secteur des engrais. Après avoir conquis les marchés du ciment, des carburants et de la pétrochimie, il vise désormais le leadership continental de la production d'urée et d'engrais azotés. Sa déclaration du 27 juin 2025 à Abuja, lors des Assemblées générales d'Afreximbank, marquait un tournant : « Dans les 40 prochains mois, l’Afrique n’importera plus d’engrais de nulle part. » Moins d'une année plus tard, les chantiers s'enchaînent : l'extension de l'usine de Lekki, au Nigeria, pour en faire la plus grande unité d'urée au monde, complétée par une nouvelle usine en Éthiopie et une autre au Congo-Brazzaville. Des projets qui pourraient redessiner la carte de la production d'engrais sur le continent.
Une rupture stratégique pour la riziculture ouest-africaine
Pour l'Afrique de l'Ouest, ces investissements interviennent dans un contexte de crise alimentaire aiguë. La région importe chaque année 5 à 6 millions de tonnes de riz, principalement d'Asie, et la flambée des prix des engrais, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a encore accru cette dépendance. Les coûts d'intrants représentent jusqu'à 40% des charges des riziculteurs, rendant difficile toute compétitivité face aux importations. L'arrivée d'une offre locale abondante et à prix plus stable pourrait lever ce verrou, permettant d'augmenter les rendements et de réduire le déficit commercial céréalier.
Concurrence et complémentarité avec l'OCP marocain
Dangote ne part pas de zéro. Il doit toutefois composer avec le groupe OCP, leader africain des engrais avec 16 millions de tonnes de capacité, adossé aux immenses réserves de phosphates du Maroc. Si Dangote mise sur l'urée (azote), OCP domine les engrais phosphatés. Cette complémentarité pourrait déboucher sur des synergies régionales, mais aussi sur des tensions commerciales. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est d'obtenir un accès équitable aux deux types d'engrais, sans remplacer une dépendance par une autre. Les gouvernements ouest-africains, à travers la CEDEAO et l'UEMOA, devront négocier des conditions d'approvisionnement préférentielles pour leurs agriculteurs.
Des infrastructures en soutien
Les projets de Dangote s'inscrivent dans un écosystème en mutation. Le port de Lomé, hub logistique régional qui a traité 30,6 millions de tonnes en 2024, pourrait servir de porte d'entrée pour la distribution des engrais vers les pays enclavés du Sahel. Par ailleurs, le développement de barrages hydroélectriques comme Souapiti en Guinée, avec son programme de formation d'ingénieurs, préfigure une amélioration de l'accès à l'énergie, indispensable au fonctionnement des usines d'engrais. La complémentarité entre ces investissements infrastructurels et la production d'engrais pourrait accélérer la transformation agricole de la région.
Vers une souveraineté alimentaire ?
L'autosuffisance en engrais ne garantit pas à elle seule la souveraineté alimentaire. Encore faut-il que les engrais parviennent aux petits exploitants, à des prix abordables, et qu'ils soient adaptés aux sols locaux. Les filières comme le riz, le cacao ou le coton nécessitent des formules spécifiques. Dangote devra démontrer sa capacité à approvisionner les marchés ouest-africains de manière régulière et compétitive. Par ailleurs, la dépendance aux engrais chimiques soulève des questions environnementales : une transition vers des pratiques agroécologiques pourrait être freinée par l'abondance d'intrants minéraux bon marché.
L'offensive de Dangote dans les engrais ouvre une fenêtre d'opportunité pour l'agriculture ouest-africaine, mais elle appelle une réflexion plus large sur les modèles de développement agricole. Entre souveraineté alimentaire, durabilité et intégration régionale, la région devra arbitrer pour que les engrais deviennent un levier de transformation, et non un nouveau vecteur de dépendance.