Les 2 et 3 juin 2026, Accra a réuni acteurs privés, publics et partenaires pour la Table ronde sur l’investissement rizicole en Afrique de l’Ouest, aboutissant à des engagements en faveur de l’autosuffisance en riz d’ici 2035. Cette ambition intervient alors que le riz représente 40 % de la consommation céréalière régionale, mais que les importations restent massives. Le vice-président de la Banque mondiale, Guangzhe Chen, a souligné le potentiel inexploité du continent tout en rappelant la nécessité de transformer les petits exploitants en acteurs des chaînes de valeur. Dans le même temps, les initiatives récentes sur le barrage de Souapiti, la mangrove de Khor ou le partenariat BAD-OCP dessinent un écosystème où l’eau, l’énergie et les intrants conditionnent la réussite de cette transition.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Riz et souveraineté : une urgence stratégique

La table ronde d’Accra n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large où les États ouest-africains cherchent à réduire leur dépendance aux importations de riz, vulnérables aux chocs internationaux. Entre 2015 et 2025, la facture des importations de riz dans la région a bondi, alimentée par une demande urbaine croissante et des habitudes alimentaires évolutives. Avec 40 % de la consommation céréalière, le riz est devenu un pilier de la sécurité alimentaire, mais aussi un levier politique.

Potentiel et paradoxe

Guangzhe Chen rappelle que l’Afrique concentre une part importante des terres arables mondiales, mais ne produit qu’une fraction de ce qu’elle pourrait. Au-delà de la ressource foncière, le problème est celui des rendements : irrigation insuffisante, semences de qualité limitée, accès restreint aux engrais. Le programme pour l’intégration régionale de l’énergie et l’accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest, évoqué en mai 2026, vise à fournir une électricité plus abordable, ce qui est crucial pour le séchage et la transformation du paddy. Sans énergie fiable, les pertes post-récoltes restent élevées.

Un triptyque eau-énergie-environnement

Le lancement d’un programme de formation d’ingénieurs au pied du barrage de Souapiti, en Guinée, n’est pas anodin. Ce barrage, le plus grand d’Afrique de l’Ouest, irriguera potentiellement des milliers d’hectares de rizières en aval. Mais la dégradation environnementale, illustrée par la mangrove de Khor au Sénégal, menace les écosystèmes côtiers où le riz est souvent cultivé. La stabilité de la filière rizicole dépend donc d’une gestion intégrée des ressources hydriques et d’une adaptation au changement climatique. Le partenariat vert BAD-OCP, signé fin mai, apporte une réponse concrète : l’accès à des engrais phosphatés à moindre coût et à plus faible empreinte carbone peut doper les rendements sans sacrifier l’environnement.

La clé : la transformation des petits exploitants

Chen insiste sur un point : l’agriculture ouest-africaine est dominée par des petits exploitants cultivant une ou deux acres. Leur passage d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale est la condition sine qua non de l’autosuffisance. Cela implique non seulement de la production, mais aussi du stockage, de la transformation et de la commercialisation. La table ronde d’Accra a mobilisé des engagements financiers, mais le vrai défi est celui du conseil, du crédit et de l’organisation collective. Sans un accompagnement structuré, les promesses de 2035 risquent de rester lettre morte.

La table ronde d’Accra pose une pierre de plus dans l’édifice de la souveraineté alimentaire ouest-africaine. Mais elle révèle surtout l’interdépendance des secteurs : le riz ne pourra être produit durablement sans eau, énergie, intrants et marchés. L’année 2026 montre une prise de conscience régionale, mais la route vers 2035 est semée d’embûches. Ce chantier dépasse le simple investissement : c’est une transformation systémique qui s’amorce, dont les leçons pourraient nourrir les autres filières stratégiques – cacao, coton, arachide – et redéfinir le modèle agricole ouest-africain.