L'agriculture ouest-africaine, qui emploie 60 à 80% de la population active, est en première ligne face au changement climatique. Selon la FAO, les variations climatiques peuvent entraîner des pertes de rendement de 20 à 30% les années de sécheresse. Alors que la région ambitionne une souveraineté alimentaire, notamment pour le riz, ces données rappellent que l'urgence climatique est un obstacle majeur, malgré les investissements récents dans les infrastructures et l'intégration régionale.
Le paradoxe climatique du riz ouest-africain
Malgré des investissements records, la région reste vulnérable aux aléas climatiques. La riziculture, clé de la souveraineté alimentaire, subit des pertes sévères.
Souveraineté alimentaire
La région importe encore près de la moitié de sa consommation de riz. Depuis 2008, les politiques volontaristes se multiplient.
Choc climatique
Sécheresses et pluies irrégulières réduisent les rendements. Les petits producteurs, majoritaires, sont en première ligne.
Infrastructures en croissance
Marchandises traitées au Port de Lomé en 2024 — un hub régional stratégique pour l'importation de riz et d'intrants.
de la population active employée par l'agriculture en Afrique de l'Ouest
Un secteur sous pression
Les variations climatiques menacent directement les moyens de subsistance de la majorité des actifs. La riziculture, pilier de la souveraineté alimentaire, est particulièrement exposée.
Sources : FAO · WASCAL (Dr. Seyni Salack) · Port de Lomé · Données vérifiées Cauris
Le paradoxe de la souveraineté alimentaire
La riziculture ouest-africaine est au cœur des stratégies de souveraineté alimentaire. La région importe encore près de la moitié de sa consommation de riz, malgré des politiques volontaristes depuis la crise de 2008. Pourtant, les projections climatiques assombrissent le tableau. Selon les travaux menés au WASCAL (Centre ouest-africain de service scientifique sur le changement climatique), dirigés par le Dr. Seyni Salack, les épisodes de sécheresse et d'irrégularité pluviométrique peuvent réduire les rendements de 20 à 30% au Sahel. Une menace directe pour les petits producteurs qui constituent l'essentiel de la filière.
Un contexte régional en mutation
Paradoxalement, l'Afrique de l'Ouest n'a jamais autant investi dans ses infrastructures agricoles et logistiques. Le Port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, renforce sa position de hub régional. Simultanément, la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a dévoilé un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration. Des initiatives comme la formation d'ingénieurs au barrage de Souapiti en Guinée illustrent une volonté de capital humain. Mais ces efforts risquent d'être anéantis si le climat n'est pas intégré comme variable stratégique.
La science climatique face à l'urgence
Le Dr. Seyni Salack, spécialiste des extrêmes climatiques et directeur du centre de compétence WASCAL au Niger, préconise une recherche orientée vers les besoins concrets : « Si on veut faire de la recherche, il faut d'abord savoir qu'est-ce qui est nécessaire. Pas qu'est-ce qu'on n'a pas pu résoudre dans une perspective d'une thèse. » Il décrit la situation comme une « guerre injuste » où la science doit accélérer pour fournir des outils d'adaptation aux agriculteurs. Ses travaux, notamment sur les projections climatiques et la gestion des risques agricoles, visent à transformer les modèles en services opérationnels.
Des solutions encore marginales
Les technologies existent : semences résistantes à la sécheresse, systèmes d'irrigation, prévisions saisonnières. Mais leur déploiement reste limité. Les politiques nationales de souveraineté alimentaire, comme celles du Sénégal ou du Nigeria, mettent l'accent sur l'augmentation des superficies et des subventions aux intrants, sans toujours lier ces objectifs à l'adaptation climatique. La recherche-action, comme celle menée par WASCAL, peine à trouver un débouché opérationnel faute de financements et de coordination régionale.
L'enjeu d'une approche intégrée
Au-delà du riz, ce sont toutes les filières stratégiques – coton, arachide, cacao – qui sont exposées. La transformation locale et l'exportation dépendent de la stabilité de la production. Or, les extrêmes climatiques s'intensifient : le nombre de jours de chaleur extrême augmente, les pluies deviennent plus erratiques. La souveraineté alimentaire ne pourra se construire sans un volet « résilience climatique » ambitieux. Les investissements dans les barrages hydroélectriques, comme Souapiti, ou dans les centrales thermiques, doivent être complétés par des systèmes d'alerte précoce et des filets de sécurité pour les agriculteurs.
Vers un nouveau paradigme
Le discours du Dr. Salack suggère un changement de paradigme : passer d'une recherche académique à une science « en mode urgence », coproduite avec les acteurs de terrain. Cela implique de repenser les priorités des institutions régionales et des bailleurs. Alors que la Cedeao mise sur l'intégration économique, la dimension climatique reste le maillon faible. Les récents engagements financiers pour la Grande Muraille Verte ou le programme Desert to Power montrent une prise de conscience, mais leur impact sur la sécurité alimentaire immédiate est encore faible.
La quête de souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest se heurte à une réalité physique : le climat change plus vite que les politiques agricoles. Les données de rendement, les investissements régionaux et l'urgence exprimée par les scientifiques convergent vers une même interrogation : comment transformer la vulnérabilité en résilience sans compromettre l'objectif d'autosuffisance ? La réponse déterminera l'avenir de millions de producteurs et la stabilité alimentaire de toute la région.