Le 26 juillet 2026, le Niger célèbre trois ans de gestion sous le CNSP, avec un bilan agricole marqué par le Programme Grande Irrigation (PGI). Le ministre de l’Agriculture annonce une production de 208 666 tonnes de riz paddy en 2025, visant 313 000 tonnes en 2027 pour réduire de 50 % les importations de céréales. Ce pari s’inscrit dans la refondation nationale initiée par le général Tiani, alors que le pays cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire après les tensions avec la France et le recentrage sur les ressources locales.
Refondation agricole : le pari riz du Niger
208 666 t de riz paddy en 2025 → 313 000 t visées en 2027 pour réduire les importations de 50 %
39 700 ha irrigués, 2 100 ha fermes agro-pastorales, 10 000 ha réhabilités
208 666 t → 313 000 t de riz paddy (+50 %)
Selon la Banque mondiale, Niger : solde courant -6,1 % du PIB, IDE 1,8 % du PIB, inflation -4,5 %, exportations 3,4 Md USD, population 27,9 M
Le programme a insufflé une prise de conscience dans la production céréalière irriguée
Cauris — Infographie · Données vérifiées · Juillet 2026
Le Programme Grande Irrigation : un levier de transformation
Le PGI ambitionne la mise en valeur de 39 700 hectares de périmètres irrigués avec deux campagnes par an, l’installation de 2 100 hectares de fermes agro-pastorales modernes, et la réhabilitation de 10 000 hectares existants. L’objectif est clair : réduire de moitié les importations de riz, maïs et blé d’ici 2027. En 2025, les premiers résultats montrent une production de 208 666 tonnes de riz paddy, permettant la vente subventionnée de 55 000 sacs de 25 kg à la population. Le ministre souligne que le programme a « insufflé une prise de conscience » dans la production céréalière irriguée.
Une ambition politique dans le cadre de la Refondation
Ce programme agricole est l’un des piliers de la « Refondation » proclamée par le CNSP après le coup d’État de juillet 2023. La souveraineté alimentaire devient un axe central, parallèlement à la renégociation des contrats miniers (uranium) et au retrait progressif des accords militaires avec la France. Le Niger, pays sahélien fortement dépendant des importations de céréales (notamment le riz asiatique), cherche à inverser une tendance historique. Les annonces du PGI interviennent alors que le contexte régional est marqué par l’insécurité alimentaire et la volatilité des prix mondiaux.
Les défis de la mise en œuvre
Atteindre 313 000 tonnes de riz en 2027 nécessite une maîtrise de l’eau et des investissements massifs. L’aménagement de 21 200 hectares de nouveaux périmètres et la réhabilitation de 10 000 hectares existants sont programmés, mais leur financement reste un enjeu. Le Niger mise sur des partenariats public-privé et des fonds souverains, dans un contexte de sanctions levées et de réengagement de bailleurs comme la Banque mondiale ou la BAD. La modernisation des techniques culturales et l’accès aux intrants (semences, engrais) sont aussi des prérequis pour éviter une dépendance aux importations d’intrants.
Une dynamique régionale de souveraineté alimentaire
Le Niger n’est pas isolé dans cette démarche. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Burkina Faso) ont lancé des plans similaires pour réduire la facture céréalière, estimée à plusieurs milliards de dollars par an pour la région. La CEDEAO et le CILSS encouragent ces stratégies, mais les résultats sont contrastés. Le PGI nigérien se distingue par son ambition chiffrée et son ancrage politique fort. Toutefois, la réussite dépendra de la capacité à maintenir les investissements dans un contexte d’insécurité persistante (djihadisme dans l’ouest du pays) et de pression démographique.
Vers une réduction des importations ?
Si les objectifs sont tenus, le Niger pourrait réduire ses importations de riz de 50 %, passant d’environ 500 000 tonnes à 250 000 tonnes par an. Cela améliorerait la balance commerciale et réduirait la vulnérabilité aux chocs internationaux (prix, transport). Cependant, la substitution complète reste difficile : le riz local doit être compétitif en qualité et en prix face au riz thaïlandais ou vietnamien. Le programme inclut donc des actions de transformation et de commercialisation, avec la vente subventionnée pour stabiliser les prix.
Le pari du riz au Niger s’inscrit dans une tendance régionale forte : les États ouest-africains multiplient les plans de souveraineté alimentaire, souvent portés par des régimes politiquement légitimés par ces ambitions. La question est de savoir si ces programmes, très dépendants de la maîtrise de l’eau et des financements, pourront dépasser le stade des annonces pour transformer durablement les structures agricoles. Au Niger, le PGI est à la fois un test de la gouvernance du CNSP et un indicateur de la capacité des pays sahéliens à rebattre les cartes de leur sécurité alimentaire.