Le Mali ambitionne de produire 598 500 tonnes de coton-graine en 2026-2027, soit une hausse de 38 % par rapport à la saison précédente. Mais à la mi-juillet, les retards de livraison d’engrais, l’irrégularité des pluies et l’attente des paiements aux producteurs placent déjà cet objectif sous tension. Cette quête de souveraineté cotonnière intervient dans un contexte régional marqué par le rapprochement des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’arrivée au Bénin d’un président issu de la finance, Romuald Wadagni.
L’objectif 600 000 t sous pression
Hausse de 38 % visée, mais retards d’engrais, pluies irrégulières et paiements en attente fragilisent déjà la récolte.
Niveau de pression sur l’objectif
Acteurs maliens
Contexte régional
Calendrier sous tension
Retards de livraison d’engrais constatés. Pluies irrégulières. Paiements aux producteurs en attente.
La période normale de semis est désormais dépassée, compromettant les rendements.
Cible de la campagne 2026-2027. Atteignable seulement si les tensions actuelles sont résolues.
L'ambition malienne : un pari chiffré
Le gouvernement malien et la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) ont annoncé un objectif de 598 500 tonnes de coton-graine pour la campagne 2026-2027, contre 433 700 tonnes la saison précédente. Pour y parvenir, il faudrait emblaver 630 000 hectares et atteindre un rendement moyen de 950 kg par hectare, soit une progression de 17 % de la productivité. L’État a mobilisé 164,4 milliards de francs CFA et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a apporté 25 milliards supplémentaires pour soutenir la collecte et l’égrenage. Le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, et le PDG de la CMDT, Kouloumégué Dembélé, ont effectué une tournée dans les zones cotonnières de Bougouni, Koumantou et Sikasso début juillet, où l’état végétatif des parcelles a été jugé satisfaisant malgré un hivernage tardif.
Un calendrier déjà fragilisé
Pourtant, la fenêtre normale des semis est désormais close, et plusieurs défis persistent. Des producteurs de Kita et de Yorosso ont indiqué le 15 juillet qu’ils manquaient encore d’engrais subventionnés, certains n’ayant rien reçu ou des quantités insuffisantes, et attendaient toujours le paiement de leur coton de la campagne précédente. Le prix d’achat, maintenu à 300 francs CFA le kilogramme, perd en attractivité face au maïs, à l’arachide ou au sésame, dont les cours sont plus rémunérateurs ou plus stables. L’économiste Abdrahamane Tamboura avait alerté sur le décalage entre les projections officielles et les réalités du terrain, pointant la faible motivation des producteurs.
Les fragilités structurelles et le contexte régional
Le climat ajoute une incertitude supplémentaire. Le centre AGRHYMET prévoit un démarrage normal à tardif de la saison des pluies, avec des séquences sèches parfois longues et un déficit pluviométrique possible. Dans un Sahel où l’irrégularité des précipitations s’aggrave, la dépendance à la pluie reste le talon d’Achille de la filière. La CMDT, qui encadre les producteurs et gère la collecte, l’égrenage et la commercialisation, porte une lourde responsabilité dans une filière agricole qui constitue la deuxième source de recettes d’exportation du pays après l’or et fait vivre plusieurs millions de Maliens.
Une recomposition politique et économique en toile de fond
L’ambition malienne s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Le Bénin, voisin méridional, a vu son nouveau président, Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances, prendre fonction le 24 mai 2026. Wadagni, artisan des réformes ayant permis au Bénin d’émettre des euro-obligations à des conditions favorables, pourrait influencer les politiques cotonnières de la région — le Bénin étant le premier producteur de coton d’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, les pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) étaient présents à son investiture via de hauts représentants, signe d’une coopération diplomatique qui pourrait s’étendre aux filières agricoles. Le Burkina Faso et le Niger sont également des producteurs majeurs de coton, et tout déséquilibre dans l’un des pays a des répercussions sur les marchés régionaux.
L'épineuse question du financement et de la motivation des producteurs
Le financement annoncé (près de 190 milliards FCFA) semble conséquent, mais sa distribution effective est compromise par les retards d’engrais et de paiement. Le PDG de la CMDT a reconnu une « période particulièrement exigeante », résumant l’urgence par : « notre espoir repose en vous ». Cette formule traduit une pression forte sur les producteurs, qui doivent composer avec des intrants insuffisants, un prix plafonné et des rendements à améliorer. À l’échelle régionale, le Sénégal, qui a annoncé un redressement de sa filière coton pour la campagne 2025-2026 grâce à des rendements en hausse et des appuis structurants, montre que des progrès sont possibles, mais à condition de sécuriser l’ensemble de la chaîne — de l’intrant à la commercialisation.
L’objectif malien de 600 000 tonnes reflète une volonté politique de relance du coton, mais heurte des contraintes structurelles persistantes. Au-delà du Mali, c’est tout le modèle cotonnier ouest-africain qui est interrogé : comment concilier ambitions de production, rémunération des producteurs et adaptation aux aléas climatiques, dans un contexte de recomposition politique régionale ? La réponse déterminera l’avenir d’une filière qui reste un pilier économique pour des millions de personnes.