Fin juillet 2026, le ministre malien de l’Agriculture, M. Samaké, a effectué une tournée de quatre jours dans la région cotonnière de Bougouni. L’objectif affiché : dynamiser la filière et asseoir la souveraineté alimentaire nationale, alors que les cours mondiaux du coton restent volatils depuis le début de l’année. Cette visite intervient dans un contexte régional marqué par la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les incertitudes géopolitiques qui pèsent sur les marchés de matières premières.
CMDT : l’objectif de production repart à la hausse
Le ministre Samaké veut dynamiser la filière cotonnière dans un contexte de cours volatils et de souveraineté alimentaire. La visite à Bougouni acte une augmentation de 4,3 % de la production visée.
Montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES) et incertitudes géopolitiques sur les marchés de matières premières.
Remplacement de pièces d’usure et modernisation des équipements à l’usine d’égrenage n°2 de Bougouni. Couverture assurantielle renforcée.
Volonté de l’exécutif de rattraper le retard et de tirer parti de la flambée des cours observée depuis mai 2026.
« L’objectif est clair : faire du coton malien un levier de souveraineté et de résilience face à la volatilité des marchés. »
— Ministre Samaké, lors de sa tournée à Bougouni (fin juillet 2026)
Un objectif de production revu à la hausse
La délégation ministérielle s’est rendue sur l’exploitation de Kassim Koné, producteur emblématique de Bougouni, avant d’inspecter l’usine d’égrenage n°2 de la CMDT. L’objectif pour la campagne 2026-2027 est fixé à 110 700 tonnes de coton-graine, contre 106 165 tonnes récoltées lors de l’exercice précédent. Cette augmentation de 4,3 % traduit la volonté de l’exécutif de rattraper le retard accumulé les années passées, mais aussi de tirer parti de la flambée des cours observée depuis mai 2026.
Une modernisation industrielle sous assurance
Sur le site de Bougouni, le ministre a constaté l’avancement des travaux de maintenance : remplacement de pièces d’usure et modernisation des équipements. Le directeur de la Holding CMDT a rassuré sur la couverture assurantielle des usines et des stocks, un point sensible dans un pays où les risques d’incendie et de vol sont récurrents. Cette attention aux infrastructures signale une stratégie de long terme, loin des simples ajustements saisonniers.
La souveraineté comme fil directeur
Au-delà des aspects techniques, la tournée s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire et industrielle. Le Mali, comme d’autres pays de l’AES, cherche à réduire sa dépendance aux importations de biens manufacturés et à renforcer les chaînes de valeur locales. Le coton, « or blanc », est au cœur de cette ambition : il fournit à la fois des revenus d’exportation et une matière première pour l’artisanat et l’industrie textile naissante.
Contexte régional : entre cours volatils et recompositions politiques
Depuis le printemps 2026, le cours du coton est porté par les tensions au Moyen-Orient et la spéculation sur les matières premières, comme l’indiquaient déjà les alertes de mai. Parallèlement, l’investiture de Romuald Wadagni au Bénin le 24 mai – sans chef d’État invité – a rappelé les fractures diplomatiques en Afrique de l’Ouest. L’AES, dont le Mali est membre, cherche à coordonner les politiques cotonnières, mais les divergences avec les pays côtiers comme le Bénin ou le Burkina Faso persistent.
Des producteurs en première ligne
La visite a aussi été un exercice d’écoute des organisations de producteurs, confrontés à la cherté des intrants et aux aléas climatiques. Le geste symbolique envers Kassim Koné, présenté comme un modèle de résilience, vise à galvaniser la base paysanne. Reste que la hausse des objectifs de production devra s’accompagner d’un accès réel aux engrais et aux semences améliorées, sous peine de rester un vœu pieux.
Un test pour la CMDT
La CMDT, longtemps fleuron de l’économie malienne, a connu des années difficiles marquées par des problèmes de gouvernance et une concurrence accrue. La modernisation des usines et la couverture d’assurance sont des signaux positifs, mais le vrai test sera la campagne d’égrenage à venir. Si les objectifs sont tenus, le Mali pourrait conforter sa place de deuxième producteur ouest-africain de coton, derrière le Burkina Faso.
La visite du ministre malien illustre une tendance plus large dans la région : les États sahéliens cherchent à reprendre la main sur leurs filières stratégiques, en combinant hausse de la production, modernisation industrielle et ancrage dans le discours souverainiste. Reste à savoir si ces bonnes intentions résisteront aux aléas climatiques, à la pression des marchés et aux fragilités politiques internes.