Le 1er juillet 2026, une délégation de haut niveau conduite par le ministre de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, et le PDG de la CMDT, Dr Kouloumégué Dembélé, a entamé une tournée de quatre jours dans les régions de Bougouni et Sikasso. Objectif : inspecter les parcelles, préparer les usines d’égrenage et écouter les producteurs, alors que le Mali vise une production de 110 700 tonnes de coton-graine pour la campagne 2026-2027, contre 106 165 tonnes l’année précédente. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire, dans un contexte marqué par les tensions régionales liées au retrait de l’AES de la CEDEAO et par la volatilité des cours mondiaux du coton, elle-même influencée par la flambée du pétrole.

Infographie — Coton

Une mobilisation inédite des autorités cotonnières

La mission conjointe du ministère de l’Agriculture et de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) illustre la priorité accordée à la filière cotonnière dans le budget national. En se rendant directement sur le terrain, les hauts responsables ont voulu envoyer un signal fort aux producteurs, souvent isolés dans les zones rurales de Bougouni et Sikasso. Le choix de ces régions n’est pas anodin : elles concentrent l’essentiel de la production malienne, et leur performance conditionne la réussite de l’objectif affiché de 110 700 tonnes.

De l’inspection des champs à la maintenance industrielle

La tournée a débuté par la visite de l’exploitation de Kassim Koné, un producteur local salué comme un symbole de résilience. Le geste est politique : il s’agit de reconnaître le rôle clé des agriculteurs dans la chaîne de valeur. Parallèlement, la délégation s’est rendue à l’usine d’égrenage n°2 de la CMDT à Bougouni, où un vaste programme de maintenance est en cours, incluant le remplacement de pièces et le renforcement du dispositif de sécurité incendie. Cette double attention – aux champs et aux infrastructures – révèle une approche systémique, visant à réduire les pertes post-récolte et à améliorer la qualité du coton.

Les défis d’une campagne sous tension régionale

La campagne 2026-2027 intervient dans un climat géopolitique complexe. Depuis janvier 2026, le retrait de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la CEDEAO a entraîné des fermetures de frontières et une recrudescence des tensions diplomatiques. Ces perturbations affectent directement les flux de coton malien, traditionnellement exporté via les ports de l’UEMOA. Par ailleurs, la flambée des cours du pétrole, observée dès mai 2026, a mécaniquement renchéri le coût des intrants (engrais, carburant) et des transports, comprimant les marges des producteurs. Dans ce contexte, la mission de la CMDT apparaît comme une tentative de consolider la filière face aux chocs exogènes.

Le dialogue de proximité comme levier de résilience

Au-delà des aspects techniques, la tournée a mis l’accent sur l’écoute des organisations de producteurs. Le ministre Samaké a insisté sur la nécessité d’un « dialogue de proximité » pour ajuster les politiques agricoles aux réalités du terrain. Cette approche participative pourrait favoriser l’adoption de bonnes pratiques et renforcer l’adhésion des paysans aux objectifs de production. Elle contraste avec les méthodes plus verticales des campagnes précédentes, et témoigne d’une évolution dans la gouvernance de la filière.

Vers une souveraineté alimentaire et industrielle ?

La filière cotonnière malienne ne se limite pas à l’exportation de la fibre. Les autorités misent également sur la transformation locale, notamment à travers le bogolan, tissu traditionnel dont l’enregistrement auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) en avril 2026 a constitué une avancée notable. Cette diversification des débouchés pourrait offrir une valeur ajoutée accrue et réduire la dépendance aux marchés internationaux volatils. Toutefois, les infrastructures de transformation restent insuffisantes, et le chemin vers une souveraineté complète est encore long.

La mission de juillet 2026 confirme que le Mali entend faire du coton un pilier de sa souveraineté alimentaire et économique, en dépit des turbulences régionales et mondiales. Reste à savoir si l’objectif de 110 700 tonnes sera atteint, et si les investissements dans la maintenance et le dialogue avec les producteurs suffiront à pérenniser une filière exposée aux aléas climatiques, politiques et commerciaux. L’évolution des prix internationaux et l’issue des tensions avec la CEDEAO seront déterminantes pour l’avenir du coton malien.