Le 16 juin 2026, l’Union européenne a signé avec le Cameroun trois conventions de dons totalisant plus de 37 milliards de FCFA. La plus importante, dotée de 17,5 milliards, vise à promouvoir une cacaoculture durable et compétitive, en lien avec la protection des forêts. Cet appui intervient alors que les exportateurs africains de cacao doivent se conformer au règlement européen sur la déforestation, entré en vigueur en 2025, et cherchent à capter davantage de valeur ajoutée locale.
L’UE mise 17,5 milliards FCFA sur un cacao durable
Pour répondre aux normes européennes et protéger les forêts camerounaises
Pour un cacao durable, compétitif et sans déforestation
Trois conventions de dons signées avec l’Union européenne
Moins d’un cinquième de la récolte est transformé sur place (CICC)
Entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation
Signature des conventions UE-Cameroun (37 milliards FCFA)
Cacao durable & compétitif, sans déforestation
17,5 milliards FCFA
pour le programme « Forêts et cacao durables et compétitifs »
Moins de 20% transformé
Le Cameroun exporte surtout des fèves brutes, l’UE veut inverser la tendance
Règlement européen 2025
Les exportateurs africains doivent se conformer aux nouvelles normes anti-déforestation
Un programme intégré pour la filière cacao
Le programme « Forêts et cacao durables et compétitifs au Cameroun », doté de 17,5 milliards de FCFA, constitue le volet le plus important des trois conventions signées. Il vise concrètement à accompagner les producteurs vers des pratiques respectueuses de l’environnement, tout en améliorant leurs revenus. Le Cameroun, quatrième producteur africain derrière la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, exporte majoritairement des fèves brutes. L’enjeu de la transformation locale est crucial : moins de 20% de la récolte est transformée sur place, selon les chiffres du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC). L’appui européen pourrait contribuer à financer des unités de torréfaction et de broyage, permettant au Cameroun de capter une part plus importante de la valeur.
Une réponse aux exigences du marché européen
L’Union européenne, premier importateur mondial de cacao, a durci ses conditions d’entrée avec le règlement sur la déforestation, qui impose depuis janvier 2025 une traçabilité complète des fèves jusqu’à la parcelle. Les producteurs camerounais, souvent organisés en petites exploitations familiales, peinent à se conformer à ces standards. Le programme européen prévoit donc un volet certification et système d’information géographique, indispensable pour garantir l’origine non déforestée. Cette aide s’inscrit dans la continuité des précédents appuis de l’UE à la filière, mais avec une enveloppe sans précédent. Elle intervient alors que les cours mondiaux du cacao ont connu une forte volatilité en 2025-2026, passant de 2 500 à plus de 4 000 dollars la tonne avant de se stabiliser autour de 3 200 dollars. La durabilité devient un argument commercial décisif.
Un financement hybride pour renforcer l’écosystème
Les deux autres conventions, totalisant 19,6 milliards de FCFA, visent l’économie numérique. Le programme « Business Boost for Africa », doté de 9,8 milliards, concerne quatre pays d’Afrique centrale ; l’« Accélération numérique au Cameroun », du même montant, cible les PME locales. Si ces financements ne sont pas directement liés au cacao, ils créent un environnement favorable : la digitalisation des chaînes d’approvisionnement, l’accès aux plateformes de vente en ligne et le développement de services financiers mobiles peuvent faciliter la traçabilité et le paiement des producteurs.
L’enjeu de la coordination régionale
Le Cameroun n’est pas seul à chercher des financements pour une cacaoculture durable. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont également noué des partenariats avec l’UE et d’autres bailleurs, mais l’approche camerounaise se distingue par son intégration avec la filière bois. En effet, le programme « Forêts et cacao durables » combine les deux secteurs, reconnaissant que la déforestation liée au cacao est souvent précédée par l’exploitation forestière. Cette vision holistique pourrait inspirer d’autres pays de la Cemac, où la pression sur les forêts est forte.
Au-delà de l’enveloppe financière, ce partenariat illustre l’évolution des relations entre l’UE et les producteurs africains de matières premières : l’aide au développement se conditionne de plus en plus à des objectifs environnementaux. Reste à savoir si ces incitations suffiront à transformer structurellement la filière cacao camerounaise, alors que la demande mondiale de chocolat durable croît, mais que les producteurs peinent à accéder aux marchés premiums. La souveraineté économique du Cameroun passe désormais par sa capacité à conjuguer conformité réglementaire et montée en gamme de ses exportations.