Le Cameroun a réduit son déficit commercial de 50 milliards de FCFA en mai 2026, une amélioration attribuée à la chute des importations. Ce résultat intervient alors que les prix du cacao bord champ reculent de 250 FCFA/kg dans les bassins de production, après deux mois de hausse. Cette conjoncture révèle les tensions structurelles qui traversent la filière cacao en Afrique de l'Ouest, entre volatilité des cours et quête d'une souveraineté économique fondée sur la transformation locale.

Infographie — Cacao

Un paradoxe apparent

La baisse du déficit commercial camerounais de 50 milliards de FCFA, révélée par les données de la balance des paiements, coïncide avec un recul des prix bord champ du cacao. Ce phénomène interroge : comment un pays dont le cacao représente une part significative des exportations peut-il voir son solde commercial s'améliorer alors que sa principale recette d'exportation se déprécie ? La réponse tient dans la structure des importations. La réduction du déficit provient essentiellement d'une contraction des achats extérieurs, notamment de biens de consommation et de produits semi-finis. Or, une partie croissante de ces importations pourrait être substituée par une production locale, y compris dans l'agro-industrie du cacao.

Une filière en quête de valeur ajoutée

En mai 2026, le Togo inaugurait un centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence à Kessibo Abréwankor, dans la préfecture de Wawa. Cette infrastructure s'inscrit dans une politique de remontée des filières, visant à transformer sur place une part plus importante de la récolte. Au Cameroun, la baisse des prix bord champ pourrait accélérer cette tendance en rendant moins attractif le simple commerce de fèves et en incitant les acteurs à investir dans la première transformation : broyage, production de beurre, poudre ou liqueur de cacao. La diminution des importations constatée par le Cameroun pourrait ainsi refléter, en partie, une substitution d'intrants importés par des produits locaux.

Le poids des géants ivoirien et ghanéen

Les initiatives camerounaises et togolaises s'observent dans un contexte régional dominé par la Côte d'Ivoire et le Ghana, qui assurent plus de 60 % de l'offre mondiale de cacao. Ces deux pays sont confrontés à des défis similaires : la volatilité des cours, les exigences de durabilité des acheteurs internationaux et la pression sur les revenus des planteurs. En 2025, la Côte d'Ivoire a accru ses capacités de broyage de 15 %, tandis que le Ghana a lancé un programme de certification pour améliorer la traçabilité. Ces mesures visent à capter une plus grande part de la valeur ajoutée, mais leur impact sur le solde commercial reste limité à court terme, car la transformation locale ne remplace pas encore les importations de produits finis.

Les limites de la substitution

L'amélioration du déficit camerounais doit être relativisée. Si la baisse des importations est encourageante, elle ne résulte pas uniquement de la substitution par la production locale. Elle peut aussi traduire un ralentissement de l'activité économique intérieure, comme le suggère la baisse des prix du cacao. De plus, les produits transformés à base de cacao (chocolat, confiserie) sont encore largement importés, même au Cameroun. Le chemin vers une souveraineté économique dans la filière cacao reste long. Les investissements dans la transformation nécessitent des capitaux, une maîtrise technologique et des marchés stables.

Une perspective régionale

La dynamique observée au Cameroun et au Togo s'inscrit dans une tendance plus large : les pays producteurs de cacao en Afrique de l'Ouest et centrale cherchent à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières brutes. Les décisions de la Côte d'Ivoire et du Ghana d'harmoniser leur prix de vente minimal depuis 2019 avaient déjà montré une volonté de peser sur le marché. Aujourd'hui, l'accent se déplace vers le maillon local de la chaîne de valeur. La question est de savoir si cette évolution est suffisamment rapide pour compenser les effets de la volatilité des cours internationaux.

La réduction du déficit commercial camerounais, combinée aux initiatives de transformation au Togo et aux stratégies des grands producteurs, dessine les contours d'une nouvelle donne pour la filière cacao. Mais la substitution des importations par la production locale reste un processus progressif, dont les résultats ne seront visibles qu'à moyen terme. L'enjeu pour les États est de concilier soutien aux revenus des planteurs et développement d'une industrie compétitive, dans un environnement mondial marqué par des exigences croissantes de durabilité et de traçabilité.