Le 15 mai 2026, le kilogramme de cacao se négociait à près de 2000 FCFA au Cameroun, contre 1050-1150 FCFA début mars. Ce rebond survient après un épisode inédit où le café robusta avait brièvement surclassé le cacao. Cette volatilité interroge sur la solidité des filières cacaoyères en Afrique de l'Ouest, où la Côte d'Ivoire et le Ghana concentrent plus de 60 % de l'offre mondiale.

Infographie — Cacao

Le rebond des prix du cacao observé mi-mai 2026 au Cameroun n'est pas un fait isolé. Il intervient après une chute marquée en mars, lorsque le café robusta avait momentanément dépassé le cacao en valeur – une première depuis des années. Selon l'Office national du cacao et du café (ONCC), la fève a repris sa place dominante, frôlant les 2000 FCFA le kilo. Cette évolution traduit une reprise de la demande ou des ajustements d'offre, mais aussi une instabilité qui pèse sur les revenus des producteurs.

Un signal pour les grands producteurs régionaux

En Côte d'Ivoire et au Ghana, premiers producteurs mondiaux, la tendance des prix suit généralement celle du Cameroun, même si les mécanismes de fixation diffèrent. À Abidjan, le prix bord champ est administré à 1500 FCFA le kilo pour la campagne 2025-2026, un niveau inférieur au prix spot camerounais actuel. L'écart reflète des coûts de production et des rendements distincts, mais la volatilité récente rappelle que les cours mondiaux restent sous influence de facteurs climatiques et sanitaires. La stagnation observée depuis deux mois au Cameroun avant le rebond suggère une offre encore tendue.

La comparaison avec le café robusta offre un éclairage intéressant. Au Cameroun, la production de café a progressé de 287 tonnes sur la saison 2024-2025, atteignant 10 377 tonnes. Cette croissance modeste, couplée à des prix stables, montre que les filières concurrentes peinent à capter des parts de marché significatives face au cacao. Pourtant, l'épisode de mars où le café a dépassé le cacao indique une sensibilité accrue des marchés aux variations d'approvisionnement.

Les recettes d'exportation sous pression

Pour les pays comme la Côte d'Ivoire et le Ghana, qui tirent une part importante de leurs recettes d'exportation du cacao, la reprise des prix est une bonne nouvelle à court terme. Cependant, l'instabilité des cours complique la planification budgétaire. En 2025, les revenus du cacao ivoirien ont atteint près de 4 milliards USD, mais les variations de prix peuvent entraîner des déficits si les prévisions sont trop optimistes. Le rebond actuel, s'il se confirme, pourrait soutenir les finances publiques, mais il masque des fragilités structurelles : vieillissement des plantations, pression foncière, et concurrence croissante d'autres origines comme le Brésil ou l'Équateur.

Une reprise à consolider

L'analyse du SIF au Cameroun montre que la hausse des prix du cacao est récente et pourrait n'être que temporaire. Les facteurs sous-jacents – maladies des cabosses, aléas climatiques – persistent. Par ailleurs, la stabilisation du café robusta à 1200-1300 FCFA suggère que les producteurs de cacao pourraient, en cas de nouvelle baisse, se tourner vers d'autres cultures, accentuant la volatilité. La diversification agricole reste un enjeu majeur pour la région.

La remontée des prix du cacao au Cameroun illustre la résilience de la filière, mais aussi sa vulnérabilité aux chocs. Pour la Côte d'Ivoire et le Ghana, l'enjeu dépasse la simple fixation des prix : il s'agit de stabiliser durablement les revenus des producteurs et de moderniser une filière confrontée à des défis structurels croissants. Le bref dépassement du cacao par le café en mars 2026 pourrait rester un épisode anecdotique, ou au contraire annoncer des recompositions plus profondes dans les équilibres agricoles ouest-africains.

Données de référence : Inflation : 0.1% (FMI)