Le 22 mai 2026 à Douala, l’Office national du cacao et du café du Cameroun a reçu un lot d’équipements de laboratoire offerts par l’ONUDI et financés par le Japon. Cette dotation, inscrite dans le cadre du Projet PICS Cameroun, vise à améliorer le contrôle qualité, la traçabilité et le profilage aromatique des fèves. L’objectif affiché est de bâtir une cartographie sensorielle des terroirs camerounais pour mieux valoriser la production auprès des acheteurs internationaux, alors que l’Union européenne durcit ses exigences réglementaires.

Infographie — Cacao

Cette modernisation intervient dans un contexte où les marchés d’exportation deviennent de plus en plus exigeants. L’Union européenne, principal débouché du cacao camerounais, renforce progressivement ses règles sur la traçabilité agricole, en particulier via la réglementation sur la déforestation importée et des standards sanitaires renforcés. Pour conserver ses parts de marché, le Cameroun doit démontrer sa capacité à fournir des données fiables et certifiées sur l’origine et la qualité de ses produits.

Le PICS Cameroun, lancé en 2024 avec un budget de 1,3 milliard FCFA sur trois ans entièrement financé par le Japon, vise précisément à combler ce fossé technologique. Les nouveaux équipements permettront de réaliser des analyses physicochimiques et aromatiques pointues, jusqu’ici souvent effectuées à l’étranger. L’Office national du cacao et du café pourra ainsi documenter scientifiquement les spécificités de chaque bassin de production, un argument de vente de poids face aux torréfacteurs internationaux.

Un positionnement stratégique dans un marché concurrentiel

Le Cameroun, avec une production annuelle de près de 300 000 tonnes de cacao, se situe loin derrière la Côte d’Ivoire (2,2 millions de tonnes) et le Ghana (800 000 tonnes). Plutôt que de chercher à rivaliser sur les volumes, le pays mise sur la différenciation par la qualité. Cette stratégie rejoint celle d’autres producteurs africains comme l’Éthiopie pour le café, mais elle reste peu exploitée pour le cacao. L’investissement dans la traçabilité et la certification pourrait permettre au Cameroun d’obtenir une prime de qualité sur le marché des fèves fines, où les prix sont moins volatils.

L’enjeu est d’autant plus pressant que la concurrence s’intensifie. L’Équateur, premier producteur mondial de cacao fin, investit massivement dans la traçabilité génétique. De leur côté, les géants ouest-africains, Côte d’Ivoire et Ghana, ont instauré un revenu décent pour les producteurs via le Différentiel de Revenu Décent (DRD), mais peinent encore à contrôler la déforestation. Le Cameroun, avec une pression forestière moindre, pourrait capitaliser sur son image de cacao durable.

Des défis techniques et institutionnels persistants

Si les nouveaux équipements constituent une avancée, leur efficacité dépendra de la formation des techniciens et de la maintenance des machines. L’ONCC devra également coordonner la collecte d’échantillons sur l’ensemble du territoire, une tâche logistique complexe dans un pays où les infrastructures routières sont inégales. Par ailleurs, la certification ne vaudra que si elle est reconnue par les acheteurs européens, ce qui suppose un alignement sur les standards internationaux (ISO, UE).

Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des chaînes de valeur en Afrique de l’Ouest et centrale. Lors du Forum régional sur la chaîne de valeur du café tenu à Marrakech début mai 2026, les acteurs ont souligné l’urgence pour le continent de ne plus se limiter à l’exportation de matières premières. Le Cameroun, en investissant dans la connaissance de ses terroirs, tente de créer une valeur ajoutée invisible mais réelle : l’information.

Cette initiative révèle une tendance de fond : la qualité et la traçabilité deviennent des armes commerciales aussi importantes que le volume pour les producteurs africains de cacao. Si le Cameroun parvient à faire reconnaître ses profils aromatiques, il pourrait inspirer d’autres pays à sortir de la course aux tonnages. Reste à savoir si les marchés seront prêts à payer le prix de cette différenciation.