Le prix du cacao au Cameroun a légèrement rebondi début juin 2026, passant de 1500-1550 FCFA/kg à 1650-1700 FCFA/kg, selon l’Office national du cacao et du café. Mais cette embellie ne masque pas une réalité plus inquiétante : à un mois de la fin de la campagne, les cours restent très en deçà des prévisions officielles, qui tablaient sur 3200 à 5400 FCFA/kg. Ce décalage illustre le retour à une offre excédentaire sur le marché mondial, portée par la montée en puissance de l’Équateur, qui pourrait reléguer le Ghana au troisième rang des producteurs. Pour la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui dominent la filière depuis des décennies, le signal est clair : la bataille des volumes ne suffit plus.
L’écart qui inquiète : prix réel vs prévisions
Le prix bord champ stagne sous 2000 FCFA/kg, loin des 5400 FCFA espérés. Retour de l’excédent mondial et percée de l’Équateur.
- Rebond modeste du prix bord champ au Cameroun (150 FCFA/kg) mais pas de franchissement du seuil des 2000 FCFA.
- Prévisions officielles (3200-5400 FCFA) très éloignées de la réalité : l’excédent mondial fragilise les espoirs.
- L’Équateur monte en puissance et pourrait reléguer le Ghana au 3ᵉ rang mondial.
Une reprise timide dans un contexte baissier
Les données publiées par le Système d’information des filières (SIF) camerounais montrent une hausse de 150 FCFA/kg entre le 22 mai et le 8 juin 2026. Ce rebond, qui intervient en pleine saison des pluies, traduit un regain d’activité des acheteurs à l’approche de la clôture de la campagne 2025-2026, prévue le 15 juillet. Pourtant, les prix bord champ n’ont toujours pas franchi le seuil des 2000 FCFA/kg, loin des objectifs initiaux. Les autorités camerounaises avaient espéré capitaliser sur l’embellie des deux campagnes précédentes, marquées par des cours mondiaux historiquement élevés. Mais depuis le début de la saison, les analystes anticipent un retour à l’excédent, après trois années de déficit.
L’Équateur, nouveau géant du cacao
Ce changement de cycle est largement attribué à l’Équateur, dont la production pourrait dès cette saison dépasser celle du Ghana. Selon les prévisionnistes, le pays latino-américain bénéficie de rendements élevés et de coûts de production compétitifs, attirant les investissements des multinationales. Si cette tendance se confirme, le Ghana perdrait sa place de deuxième producteur mondial, derrière la Côte d’Ivoire. Pour l’Afrique de l’Ouest, le défi est double : non seulement la concurrence s’intensifie, mais les prix mondiaux risquent de rester sous pression tant que l’offre excédentaire persiste.
Le dilemme ivoirien et ghanéen
La Côte d’Ivoire et le Ghana ont longtemps contrôlé plus de 60 % de la production mondiale. Leur stratégie de différenciation – via le label de durabilité et le prix plancher – a permis de stabiliser les revenus des planteurs. Mais ces mécanismes montrent leurs limites face à un marché qui privilégie désormais le volume. En mai 2026, le Directeur Général du Conseil du Café-Cacao ivoirien appelait à la sérénité pour la campagne intermédiaire du cacao, signalant des tensions sur l’organisation de la filière. Parallèlement, le forum de Marrakech sur la chaîne de valeur du café africain rappelait l’urgence de transformer localement les matières premières.
Le poids des infrastructures et de la fiscalité
Au Cameroun, les producteurs pointent du doigt l’état des routes et les coûts de transport, qui grèvent leurs marges, même lorsque les cours mondiaux sont favorables. La saison des pluies aggrave ces difficultés, rendant l’enlèvement des fèves plus aléatoire. Au Ghana, les remous autour de la restructuration de la dette publique, évoqués dans les analyses du FMI en mai, compliquent les investissements indispensables à la modernisation des plantations. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont également sous surveillance pour leur endettement, ce qui limite les marges de manœuvre budgétaires pour soutenir les filières agricoles.
Une nécessaire montée en gamme
Les experts réunis à Marrakech ont souligné que l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter des fèves brutes. La transformation locale – torréfaction, production de chocolat – permettrait de capturer une part plus importante de la valeur ajoutée et de réduire la dépendance aux fluctuations des cours mondiaux. Quelques initiatives émergent, comme les usines de broyage en Côte d’Ivoire, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur du défi. Le retour de l’excédent mondial pourrait accélérer cette prise de conscience.
Le rebond des prix au Cameroun rappelle que la volatilité reste la règle sur les marchés de matières premières. Mais au-delà du cycle conjoncturel, la question fondamentale est celle de la transformation structurelle des filières ouest-africaines. Alors que l’Équateur monte en puissance et que les prix mondiaux risquent de rester modérés, la Côte d’Ivoire et le Ghana doivent choisir entre une course aux volumes aux rendements aléatoires et une stratégie de différenciation par la qualité et la transformation. Les prochaines campagnes diront si le pari de la souveraineté économique est tenable.