À une semaine de la fin de la campagne cacaoyère 2025-2026, le Cameroun enregistre un spectaculaire rebond des prix aux producteurs. Le kilogramme de fèves s’échangeait entre 2 750 et 2 850 FCFA le 9 juillet, soit une hausse de 250 FCFA en deux jours, se rapprochant de la barre symbolique des 3 000 FCFA. Cette flambée tardive ne suffit pourtant pas à masquer une saison décevante au regard des prévisions officielles, qui tablaient sur des prix entre 3 200 et 5 400 FCFA au lancement de la campagne en août 2025. Alors que le marché mondial reste volatile, ce mouvement interroge sur la capacité des filières ouest-africaines à stabiliser les revenus des planteurs face à des cours erratiques.
Fin de campagne sous tension
Rebond tardif des prix, loin des records des années précédentes
Se rapproche de la barre des 3 000 FCFA, mais reste loin des 5 400 FCFA de 2024-2025
Prix max atteint par campagne
Écart de 2 550 FCFA avec le record de 2023-2024
Campagne 2025-2026 : un réveil tardif
Lancement campagne
Prévisions officielles : 3 200 – 5 400 FCFA/kg
Premier franchissement des 2 000 FCFA
11 mois après le lancement
2 750 – 2 850 FCFA/kg
+250 FCFA en 2 jours • fin de campagne dans 1 semaine
🔍 En bref
Le marché mondial reste volatile. La hausse tardive interroge sur la capacité des filières ouest-africaines à stabiliser les revenus des planteurs face à des cours erratiques. Aucun record n’a été battu cette saison.
Un réveil tardif après des mois d’atonie
Depuis le début de la campagne 2025-2026, les prix du cacao au Cameroun peinaient à décoller. Il a fallu attendre le 22 juin 2026 pour que le kilogramme franchisse pour la première fois la barre des 2 000 FCFA, soit près de onze mois après le lancement officiel. La hausse observée depuis deux mois s’est nettement accélérée en cette première décade de juillet, avec un gain de 250 FCFA en seulement deux jours. Ce mouvement traduit vraisemblablement un regain d’achats des exportateurs en vue de la fin de campagne, mais aussi peut-être une anticipation de tensions sur l’offre pour la prochaine saison.
Des records passés qui contrastent avec le présent
La campagne 2025-2026 restera pourtant loin des sommets atteints lors des deux exercices précédents. En 2024-2025, le kilogramme de cacao avait culminé à 5 400 FCFA, et en 2023-2024, il avait même frôlé les 6 000 FCFA dans certaines zones de production. Ces niveaux record avaient suscité des espoirs élevés chez les producteurs, qui s’attendaient à une nouvelle année faste. Les autorités camerounaises elles-mêmes avaient communiqué des prévisions ambitieuses, entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilo, fondées sur un marché international alors encore porteur. Mais la conjoncture a tourné.
Le marché mondial du cacao a connu un net ralentissement après deux années exceptionnelles marquées par une demande soutenue et des craintes sur l’offre en Afrique de l’Ouest. La campagne 2025-2026 a vu les cours internationaux reculer, sous l’effet d’une amélioration des récoltes dans les principaux pays producteurs et d’une demande moins dynamique en Europe et en Amérique du Nord. Le décalage entre les prévisions officielles et la réalité des prix au Cameroun illustre la difficulté pour les filières nationales à anticiper des marchés de plus en plus volatils.
Enjeux de souveraineté et de transformation locale
Au-delà de la fluctuation des cours, cette fin de campagne relance le débat sur la dépendance des économies ouest-africaines aux exportations de matières premières non transformées. La Côte d’Ivoire et le Ghana, premiers producteurs mondiaux, poursuivent leurs efforts de transformation locale – broyage, fabrication de beurre et de poudre de cacao – mais le Cameroun reste en retrait. L’instabilité des prix renforce l’argument des partisans d’une industrialisation accélérée des filières, afin de capter davantage de valeur ajoutée et de lisser les revenus des planteurs.
Les investissements dans les infrastructures de transformation, soutenus par des partenaires comme la Banque africaine de développement, peinent à se concrétiser à grande échelle. Le Conseil Café-Cacao ivoirien a pour objectif de porter le taux de transformation locale à 50 % d’ici 2030, mais des obstacles logistiques et financiers persistent. Au Cameroun, le taux de broyage local n’atteint pas 20 %, laissant la majorité des fèves partir à l’état brut vers les Pays-Bas ou la Malaisie.
Un signal pour la prochaine campagne ?
Le rebond de prix observé en fin de campagne pourrait toutefois annoncer une tendance plus favorable pour la saison 2026-2027. Les achats de fin de campagne sont souvent le signe d’une offre plus tendue que prévu, et les stocks mondiaux restent à des niveaux historiquement bas après les mauvaises récoltes de 2023-2024. Si cette dynamique se confirme, les planteurs camerounais pourraient retrouver des marges plus confortables, sans toutefois renouer avec les records du passé. Mais la prudence reste de mise : le marché du cacao est notoirement instable, et les cours peuvent chuter aussi vite qu’ils montent.
Contexte régional : une solidarité ouest-africaine à renforcer
Côte d’Ivoire et Ghana, qui représentent plus de 60 % de la production mondiale, sont confrontés aux mêmes défis. Le prix garanti aux planteurs ivoiriens pour la campagne 2025-2026 a été fixé à 1 800 FCFA le kilo, bien en deçà des prix camerounais actuels. Cette différence reflète des mécanismes de régulation distincts : le Cameroun laisse le marché libre, tandis que la Côte d’Ivoire et le Ghana interviennent via des prix administrés et des taxes. Chaque modèle a ses avantages et ses inconvénients, mais aucun ne met totalement à l’abri des chocs externes. L’harmonisation des politiques cacaoyères en Afrique de l’Ouest, évoquée lors des sommets de l’Alliance des pays producteurs de cacao (COPAL), progresse lentement, freinée par les intérêts nationaux divergents.
La flambée de prix de juillet 2026 au Cameroun illustre la persistance d’une volatilité structurelle sur le marché du cacao, qui pénalise les producteurs ouest-africains. Entre les espoirs déçus d’une campagne prévue record et le rebond tardif, c’est toute la fragilité d’un modèle économique dépendant des cours mondiaux qui se révèle. À l’heure où la Côte d’Ivoire et le Ghana cherchent à imposer un différentiel de revenu décent (DRD) aux acheteurs internationaux, le Cameroun montre que la voie est encore longue pour sécuriser les revenus des planteurs. La prochaine campagne dira si ce mouvement annonce une stabilisation ou une nouvelle phase d’incertitude.