Après une chute brutale des cours du cacao, qui ont perdu plus de 70 % de leur valeur en quelques mois, la filière ivoirienne retrouve des couleurs : la tonne se négocie à 3 100 livres sterling en juin 2026, contre 2 100 en mars. Parallèlement, la Cédéao lance une table ronde pour mobiliser des investissements vers le riz, dont les importations régionales atteignent 3,5 milliards de dollars par an. Ces deux dynamiques, distinctes en apparence, traduisent une même volonté de transformation structurelle des filières agricoles ouest-africaines.

Infographie — Cacao

La résilience du cacao ivoirien après la tempête

L'année 2026 restera dans les annales du cacao ivoirien comme une période de turbulence suivie d'une reprise mesurée. L'effondrement des cours mondiaux, qui a fait chuter la tonne de cacao de plus de 70 % en quelques mois, a provoqué un ralentissement des achats et des invendus. Le gouvernement ivoirien a dû racheter une partie de la production pour soulager coopératives et planteurs. Mais dès le mois de juin, le prix remonte à 3 100 livres sterling par tonne, soutenu par des fondamentaux stables : production, stocks, broyage et consommation.

Cette reprise n'est pas un simple retour à la normale. Elle s'accompagne d'une innovation institutionnelle majeure : l'introduction de la « carte du producteur » à partir de la campagne 2026-2027, qui doit entrer en vigueur le 1er septembre prochain. Ce dispositif, piloté par le Conseil du Café-Cacao, vise à mieux encadrer la commercialisation intérieure et à garantir un prix bord champ minimum aux planteurs. C'est un tournant dans la gouvernance de la filière, qui pourrait réduire la vulnérabilité des producteurs aux fluctuations des cours.

Cette évolution s'inscrit dans le sillage du Plan national de développement (PND) 2026-2030 dévoilé en mai, qui place la transformation économique au cœur des priorités ivoiriennes. Le cacao, premier produit d'exportation du pays, bénéficie d'une attention renforcée, avec l'objectif d'augmenter la part transformée localement et de sécuriser les revenus des agriculteurs.

L'offensive rizicole régionale : un enjeu de souveraineté

Parallèlement, la question du riz illustre un autre défi : la dépendance alimentaire. La Cédéao a organisé en mai une table ronde dédiée à l'investissement dans la filière rizicole, avec un objectif ambitieux : atteindre l'autosuffisance d'ici 2035. Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu : les importations de riz coûtent 3,5 milliards de dollars par an à la région, alors que la demande croît de 4 % par an contre une production qui n'augmente que de 3 %. Le déficit se creuse.

Le Togo, qui participait à la table ronde, arrive avec des résultats encourageants. En 2025, la distribution de 342 tonnes de semences certifiées et 2 500 tonnes d'engrais à plus de 34 000 producteurs a amélioré les rendements de 5 à 8 % et augmenté les revenus des exploitants d'environ 16 %. Ces performances, encore modestes à l'échelle régionale, montrent que des progrès sont possibles avec des investissements ciblés.

Omar Alieu Touray, président de la Commission de la Cédéao, a souligné qu'il faut « considérer le riz comme un actif économique stratégique », créateur d'emplois pour la jeunesse et de revenus pour les agriculteurs. À l'issue des travaux, les pays participants entendent mobiliser des financements sous forme de promesses d'investissement, de lignes de crédit et de partenariats public-privé, dans le cadre d'un futur Pacte régional d'investissement.

Une même logique de transformation

Ces deux filières, cacao et riz, semblent obéir à des logiques différentes : l'une est un produit d'exportation historique, l'autre une denrée de base importée. Pourtant, elles révèlent une même approche : sortir d'une dépendance aux marchés mondiaux pour construire des systèmes agricoles plus résilients et mieux intégrés. La carte du producteur dans le cacao ivoirien et le Pacte rizicole régional sont deux instruments de cette stratégie.

Cette tendance s'observe aussi dans d'autres pays. Le Niger a lancé fin mai un projet agricole de 2,1 milliards de dollars visant quatre filières et la création de près de 9 400 emplois. Le Forum régional du café tenu à Marrakech en mai a rappelé que l'Afrique ne peut plus se contenter de produire des matières premières sans valeur ajoutée.

L'indice des prix des matières premières de l'UEMOA, après un net recul en février, a retrouvé des couleurs en mars. Ce rebond conjoncturel ne doit pas masquer l'urgence de réformes structurelles. Les initiatives en cours, du cacao ivoirien au riz ouest-africain, esquissent une nouvelle phase de développement agricole : celle où la production ne suffit plus, il faut aussi sécuriser les marchés et les revenus.

Cacao et riz incarnent deux défis complémentaires de l'agriculture ouest-africaine : la volatilité des cours mondiaux et l'insécurité alimentaire. Les réponses apportées – carte du producteur, Pacte régional d'investissement – montrent une prise de conscience des limites du modèle extractif. Reste à savoir si ces dispositifs parviendront à transformer durablement des filières marquées par des décennies de fragilité, et si la mobilisation des financements annoncés se concrétisera dans les champs.

Données de référence : Solde budgétaire : -3.0% (FMI)