Le kilogramme de cacao s'échangeait entre 2 700 et 2 750 FCFA au Cameroun le 14 juillet 2026, en repli par rapport au pic de 2 850 FCFA atteint quatre jours plus tôt. Cette campagne 2025-2026, marquée par une remontée des prix après un creux à 1 950-2 000 FCFA en juin, s'achève sans retrouver les records des saisons antérieures. Plus qu'une simple fluctuation saisonnière, cette trajectoire interroge sur la capacité de la filière à s'affranchir de la volatilité et à ancrer une transformation locale durable, alors que des signaux régionaux – forums, financements – poussent dans ce sens.

Infographie — Cacao

Volatilité de fin de campagne : entre hausse récente et repli conjoncturel

Le marché camerounais du cacao a connu une fin de campagne heurtée. Après avoir culminé à 2 850 FCFA le 10 juillet, le prix au producteur est redescendu entre 2 700 et 2 750 FCFA le 14 juillet, selon l'Office national du cacao et du café (ONCC). Ce recul de 50 à 100 FCFA en quatre jours reste modeste, mais illustre la sensibilité du marché aux volumes résiduels et aux négociations de dernière minute. La campagne officielle, lancée le 7 août 2025, s'achève théoriquement le 15 juillet, période où les disponibilités diminuent et les transactions se raréfient.

Malgré ce repli, le niveau des prix reste élevé par rapport au début du mois. Le 19 juin, le kilogramme ne valait encore que 1 950 à 2 000 FCFA. La remontée de près de 900 FCFA en trois semaines a été spectaculaire, portée par une demande soutenue des exportateurs et transformateurs, mais aussi par des facteurs internationaux – notamment la tension sur l'offre ouest-africaine après une campagne 2024-2025 déficitaire. Toutefois, les prix actuels demeurent inférieurs aux records absolus des campagnes précédentes (au-delà de 3 000 FCFA), ce qui tempère l'optimisme.

Des dynamiques régionales contrastées

Au-delà du Cameroun, la filière cacao en Afrique de l'Ouest traverse une phase de recomposition. En mai 2026, un forum régional à Marrakech a réaffirmé la nécessité de valoriser localement les matières premières agricoles. Parallèlement, le groupe Touton a obtenu 150 millions d'euros de Société Générale pour ses exportations de cacao en Côte d'Ivoire, au Ghana et au Cameroun, signe que les intermédiaires internationaux continuent de structurer la chaîne d'approvisionnement. Cette double tendance – plaidoyer pour la transformation locale et maintien des circuits traditionnels – crée une tension sous-jacente.

La question de la souveraineté économique se pose avec acuité. Le Cameroun, troisième producteur africain derrière la Côte d'Ivoire et le Ghana, peine à augmenter la part de cacao transformé localement. Les investissements dans les usines de broyage avancent lentement, freinés par le coût de l'énergie, les difficultés logistiques et un accès au crédit limité pour les acteurs locaux. Le financement obtenu par Touton, acteur étranger, rappelle que le contrôle de la chaîne reste largement extra-africain.

L'incertitude comme horizon

Les causes exactes du repli des prix du 14 juillet demeurent, selon l'ONCC, difficiles à isoler. Elles pourraient tenir à une baisse de la qualité des fèves en fin de campagne, à des ajustements de stocks chez les acheteurs ou à des variations des cours mondiaux. Ce flou illustre la faible transparence du marché camerounais, où les données sur les flux d'achat et les stocks sont partielles. Les producteurs, eux, subissent cette volatilité sans filet de sécurité, malgré les mécanismes de stabilisation théoriques.

La campagne 2025-2026 laisse ainsi un goût d'inachevé. Les prix ont rebondi, mais n'ont pas retrouvé leurs sommets. La transformation locale progresse, mais trop lentement pour réduire la dépendance aux cours internationaux. Les initiatives régionales se multiplient, mais les financements étrangers continuent de dicter les règles du jeu. Pour les producteurs camerounais, l'enjeu des prochaines campagnes sera de transformer cette volatilité en opportunité : soit en sécurisant des débouchés locaux, soit en négociant un meilleur partage de la valeur avec les acheteurs internationaux.

Alors que la campagne 2025-2026 s'achève, le cacao camerounais illustre les contradictions d'une filière prise entre des cours mondiaux porteurs et des capacités de transformation encore embryonnaires. La prochaine saison dira si les annonces de financement et les forums régionaux se traduiront par des investissements concrets dans le broyage local, ou si le statu quo exportateur l'emporte. Une chose est sûre : la volatilité des prix restera un défi central pour les producteurs, à moins que des réformes structurelles ne viennent lisser les cycles.