Moins de deux mois avant la clôture de la campagne 2025-2026, les prix bord champ du cacao camerounais chutent de 250 FCFA/kg, effaçant près de la moitié des gains accumulés depuis février. Cette correction, qui ramène le kilogramme à 1 500-1 550 FCFA le 22 mai, intervient dans un contexte international marqué par l'anticipation d'un excédent mondial. Elle pose la question de la vulnérabilité des producteurs ouest-africains face aux retournements de cycle.

Infographie — Cacao

Selon les données du Système d'information des filières (SIF), piloté par l'Office national du cacao et du café (ONCC), le prix du kilogramme de cacao bord champ est passé de 1 750-1 800 FCFA le 11 mai à 1 500-1 550 FCFA le 22 mai 2026, soit un repli de 250 FCFA en moins de deux semaines. Cette baisse met un terme à la dynamique haussière observée depuis la mi-février, qui avait vu le prix grimper de 1 050-1 100 FCFA à son pic de mi-mai. Si l'ONCC n'a pas officiellement commenté ce retournement, plusieurs facteurs l'expliquent.

Le calendrier coïncide avec la fin de la campagne, attendue le 15 juillet 2026. Après des mois d'achats soutenus de la part des exportateurs et des transformateurs locaux, la demande dans les bassins de production semble se tasser. Cette accalmie saisonnière est habituelle en fin de campagne, mais l'ampleur de la correction – 14 % en deux semaines – suggère un phénomène plus profond.

**Un contexte international moins porteur**

Au-delà des facteurs locaux, la baisse des prix camerounais s'inscrit dans un mouvement plus large. Plusieurs analystes anticipent un retour à l'excédent sur le marché mondial du cacao pour la campagne 2025-2026, après plusieurs campagnes déficitaires. Les bonnes récoltes en Côte d'Ivoire et au Ghana, combinées à une croissance modérée de la demande, alimentent cette perspective. Si ces prévisions se confirment, les prix internationaux pourraient reculer, affectant les recettes d'exportation de l'ensemble de la zone.

Pour le Cameroun, premier producteur africain de cacao après la Côte d'Ivoire et le Ghana, cette correction intervient à un moment sensible. La campagne 2025-2026 avait jusqu'ici été favorable aux producteurs, avec des prix bord champ historiquement élevés. La chute soudaine réduit les revenus des planteurs juste avant la soudure, période où les ménages agricoles puisent dans leurs réserves. Elle pourrait également peser sur les recettes d'exportation, le cacao représentant environ 15 % des exportations totales du Cameroun.

**Un signal pour toute la filière régionale**

Ce coup d'arrêt n'est pas isolé. En Côte d'Ivoire et au Ghana, les prix bord champ suivent également la tendance des marchés à terme. Bien que les systèmes de stabilisation – tels que le prix garanti ivoirien – amortissent les chocs pour les producteurs, les anticipations de baisse des cours mondiaux pourraient conduire à une diminution des prix administrés lors de la prochaine campagne. Les réformes récentes visant à mieux protéger les planteurs, comme le mécanisme de revenu décent en Côte d'Ivoire, seront mises à l'épreuve si l'excédent annoncé se matérialise.

Pour les exportateurs camerounais, la baisse des prix bord champ réduit leur coût d'approvisionnement, mais dans un contexte de baisse des cours mondiaux, leur marge dépendra de leur capacité à négocier des contrats à terme. Les transformateurs locaux, eux, pourraient bénéficier de matières premières moins chères, mais la volatilité complique la planification.

**Vers une normalisation du marché ?**

La correction actuelle doit être lue comme un retour à une certaine normalité après des trimestres d'extrême tension. Les prix record de 2024-2025, provoqués par les déficits d'offre, ne semblaient pas tenables à long terme. L'anticipation d'un excédent suggère que l'offre mondiale s'ajuste, à la faveur de récoltes plus abondantes et de la replantation dans les principaux bassins. Cependant, la rapidité et l'ampleur du repli au Cameroun rappellent la fragilité des équilibres dans une filière où les producteurs supportent l'essentiel du risque de prix.

Ce retournement pose une question plus large pour l'Afrique de l'Ouest : comment pérenniser les gains de la campagne précédente face à un cycle baissier probable ? Les initiatives de transformation locale et de différenciation par la qualité – comme le cacao certifié ou bio – offrent des pistes, mais leur déploiement reste limité. La campagne 2026-2027 pourrait être un test de la résilience des filières nationales face à un excédent mondial.