Africa Global Logistics (AGL) Cameroun a lancé le 25 juin 2026 la construction de la phase 3 de son Kribi Logistics Hub, un investissement de 2,6 milliards de FCFA dédié à l'entreposage du cacao. Cette extension porte l'engagement total du groupe MSC à 10,7 milliards de FCFA et s'inscrit dans une logique de spécialisation progressive des infrastructures portuaires par filières d'exportation, après une phase 2 consacrée au coton. Un signal fort pour la filière cacao camerounaise, en quête de meilleures conditions logistiques pour conquérir les marchés internationaux.

Infographie — Cacao

Une logistique sur mesure pour le cacao camerounais

La décision d'AGL de consacrer la phase 3 de son hub à Kribi exclusivement au cacao n'a rien d'anodin. Alors que la phase 2, livrée récemment pour un coût proche de 3 milliards de FCFA, était dédiée au coton, cette nouvelle étape traduit une volonté de caler les infrastructures sur les besoins spécifiques de chaque filière. Le cacao, deuxième produit d'exportation du Cameroun après le pétrole, nécessite des installations adaptées : contrôle de l'humidité, séparation des lots, ponts-bascules pour la pesée, et fluidité du trafic de camions – autant d'éléments inclus dans le projet. L'entrepôt de 9 000 m² et le yard pavé de 5 000 m² permettront de réduire les pertes post-récolte et d'améliorer la traçabilité, un argument commercial décisif face à la concurrence ivoirienne et ghanéenne.

Cette spécialisation intervient dans un contexte où le port en eau profonde de Kribi monte en puissance comme alternative au port de Douala. Les investissements cumulés d'AGL – 8,1 milliards pour les deux premières phases, 10,7 milliards avec la troisième – témoignent d'une confiance dans le potentiel du trafic camerounais. À terme, le hub doit s'étendre sur près de 7 hectares, soit un quasi-triplement de sa surface initiale. Le choix du cacao comme prochaine filière cible n'est pas fortuit : il répond à la fois à une demande croissante des exportateurs pour des services logistiques à valeur ajoutée et à la stratégie nationale de modernisation des chaînes d'approvisionnement agricoles.

Les enjeux de souveraineté et de valeur ajoutée

Au-delà de l'infrastructure elle-même, ce projet pose la question de la transformation locale du cacao. Le Cameroun, comme ses voisins, exporte l'essentiel de sa production sous forme de fèves brutes, perdant ainsi une part importante de la valeur ajoutée. L'amélioration des conditions de stockage et d'acheminement peut faciliter l'émergence d'unités de transformation à proximité du port, en offrant une logistique fiable pour l'approvisionnement en matières premières. De fait, plusieurs investisseurs – locaux et étrangers – étudient la création de chocolateries dans la zone industrielle de Kribi, attirés par la disponibilité d'un hub logistique intégré.

Par ailleurs, la spécialisation par filière n'est pas exclusive au Cameroun. Au Togo, le port de Lomé a développé des zones dédiées au coton et au cacao ; en Côte d'Ivoire, le corridor Abidjan-San Pedro voit fleurir des entrepôts spécialisés. Cette tendance régionale reflète une prise de conscience : la logistique est un levier de compétitivité aussi important que le prix de revient du produit. Pour le cacao camerounais, le Kribi Logistics Hub pourrait devenir un avantage différenciant, à condition que les réformes structurelles (qualité des fèves, certification, fiscalité) suivent.

Une course contre la montre

Le calendrier du projet – dix mois de travaux, de juillet 2026 à avril 2027 – suggère une urgence à capter une part plus importante du commerce mondial du cacao. Alors que les cours mondiaux restent volatils et que la demande des pays émergents (Chine, Inde) progresse, les pays producteurs d'Afrique de l'Ouest et centrale doivent améliorer leur offre logistique sous peine de voir les acheteurs se tourner vers l'Asie du Sud-Est ou l'Amérique latine. Le Cameroun, qui produit environ 250 000 tonnes de cacao par an, loin derrière la Côte d'Ivoire (2 millions de tonnes) et le Ghana (800 000 tonnes), mise sur la différenciation par la qualité et la traçabilité. Le hub de Kribi, avec ses infrastructures modernes, est un maillon essentiel de cette stratégie.

Enfin, l'investissement d'AGL illustre le rôle croissant des opérateurs privés dans le financement des infrastructures portuaires en Afrique. Le groupe MSC, premier armateur mondial, voit dans le hub de Kribi une plateforme régionale pour ses activités, non seulement pour le cacao mais aussi pour d'autres marchandises. La spécialisation par filière permet de rationaliser les coûts et d'offrir des services sur mesure, ce qui pourrait attirer d'autres investisseurs dans la zone, notamment dans la transformation agro-industrielle.

Cette spécialisation logistique par filière, si elle se généralise, pourrait redessiner les chaînes d'approvisionnement du cacao ouest-africain. En offrant des infrastructures adaptées à chaque produit, les ports comme Kribi créent les conditions d'une montée en gamme qui dépasse la simple exportation de matières premières. Reste à savoir si les pouvoirs publics accompagneront ce mouvement par des politiques incitatives en faveur de la transformation locale, seuls à même de garantir une souveraineté économique durable.