Deux ans après l’interdiction d’exporter la noix de cajou brute, le Bénin n’a transformé que 30% de sa récolte 2025. La contrebande vers les ports de Lomé et Lagos s’est intensifiée, tandis que les usines locales peinent à être compétitives. Ce décalage entre volonté politique et réalités industrielles interroge les modèles de transformation en Afrique de l’Ouest.
⚖️ L’interdiction d’exporter la noix de cajou brute n’a pas tenu ses promesses
Deux ans après l’interdiction, le Bénin n’a transformé que 30% de sa récolte 2025. La contrebande vers Lomé et Lagos s’est intensifiée, tandis que les usines locales peinent à être compétitives.
- Interdiction d’exporter la noix brute (avril 2024)
- Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ)
- Objectif : capter la valeur ajoutée
- Moins de 30% transformé en 2025
- Usines locales peu compétitives
- Contrebande vers Lomé et Lagos
⏳ Chronologie
🚚 Circuits parallèles
Noix réétiquetées puis réexportées vers l’Inde, principal acheteur mondial.
🔍 En bref
“Moins de 30% de la production 2025 a été transformée sur place. Les capacités installées sont sous-utilisées.”
— Jim Fitzpatrick, expert du marché mondial des fruits à coquesUn volontarisme politique aux résultats mitigés
En avril 2024, le Bénin interdisait l’exportation de noix de cajou brutes, espérant contraindre les producteurs à vendre aux unités locales. L’objectif était clair : capter davantage de valeur ajoutée et créer des emplois dans la transformation, en s’appuyant notamment sur la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Mais deux ans plus tard, le bilan est contrasté. Selon Jim Fitzpatrick, expert du marché mondial des fruits à coques, moins de 30% de la production 2025, estimée entre 170 000 et 180 000 tonnes, a été transformée sur place. Les capacités installées, pourtant importantes, sont sous-utilisées.
La persistance des circuits parallèles
La porosité des frontières ouest-africaines permet à une part significative de la récolte de quitter le territoire sans être transformée. Les noix sont réétiquetées au Togo ou au Nigeria et réexportées vers l’Inde, principal acheteur mondial. Ce phénomène de contrebande existait avant l’interdiction, mais celle-ci n’a pas réussi à l’endiguer. Les trafiquants tirent parti des écarts de prix : les transformateurs indiens et vietnamiens sont prêts à payer plus cher que les usines locales, qui peinent à offrir des conditions compétitives.
Les faiblesses structurelles de la transformation locale
Derrière ce constat, plusieurs blocages émergent. D’abord, le prix d’achat : les exportateurs étrangers proposent des tarifs supérieurs à ceux des transformateurs béninois, qui manquent de fonds de roulement pour s’aligner. Ensuite, l’accès au crédit reste limité, les taux d’intérêt élevés et les délais de paiement longs fragilisent la trésorerie des usines. Enfin, les débouchés commerciaux sont incertains : la noix décortiquée béninoise doit concurrencer sur le marché mondial des produits issus de chaînes mieux intégrées, comme en Côte d’Ivoire ou au Vietnam.
Une mise en perspective régionale
Le cas béninois illustre les difficultés partagées par plusieurs pays ouest-africains tentant d’industrialiser la filière anacarde. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, a opté pour des incitations progressives plutôt que pour une interdiction brutale. Le Ghana et le Nigeria misent sur des zones industrielles dédiées. Au Bénin, la GDIZ a attiré des investisseurs, mais les conditions de financement et la concurrence régionale limitent son impact. L’interdiction, en dépit de son caractère radical, n’a pas modifié les équilibres fondamentaux du marché.
L’expérience béninoise met en lumière la complexité de passer d’une économie extractive à une économie de transformation. Sans mécanismes de financement adaptés, sans contrôle effectif des frontières et sans débouchés garantis, la volonté politique seule ne suffit pas. Alors que d’autres pays de la région expérimentent des approches différentes, la question reste ouverte : quelles conditions réelles doivent être réunies pour que l’industrialisation du cajou devienne une réalité en Afrique de l’Ouest ?