Le ministre bissau-guinéen du Commerce et de l'Industrie, Jaimentino Có, était à Abidjan le 15 juillet 2026 pour s'inspirer du modèle ivoirien de production et transformation de la noix de cajou. Cette visite, qui a abouti à la création d'une commission technique bilatérale, traduit une volonté d'accélérer l'industrialisation locale dans un secteur où la Côte d'Ivoire domine le marché mondial. Elle intervient dans un contexte ouest-africain marqué par la montée en puissance des stratégies de valorisation des matières premières.

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La rencontre entre Ibrahim Kalil Konaté et Jaimentino Có dépasse le simple échange de bonnes pratiques. En sollicitant l'appui technique de la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau cherche à reproduire une filière intégrée qui a permis à son voisin de capter une part croissante de la valeur ajoutée du cajou. Alors que la transformation locale du cajou ivoirien est passée de moins de 10 % il y a une décennie à près de 25 % aujourd'hui, le gouvernement bissau-guinéen espère, à terme, réduire sa dépendance à l'exportation de noix brute.

Une dynamique régionale de souveraineté économique

Cette ambition s'inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États tentent de briser le cycle de l'exportation de matières premières non transformées. Au Burkina Faso, adopté en mai 2026 un fonds souverain minier pour capter les retombées de l'or. Au Mali, des négociations avec la Russie sur les engrais agricoles montrent une volonté de sécuriser les intrants stratégiques. La demande de la Guinée-Bissau auprès de la Côte d'Ivoire pour le cajou s'inscrit dans cette même logique de maîtrise des chaînes de valeur.

Le leadership ivoirien comme référence régionale

La Côte d'Ivoire a construit son avance sur une vision politique constante : modernisation des plantations, normalisation des prix, et création de zones industrielles dédiées. En partageant son modèle, Abidjan renforce son rôle de pôle économique régional, tout en ouvrant des débouchés pour ses consultants et équipements. La mise en place d'une commission mixte pourrait déboucher sur des accords d'investissement croisés, notamment dans le développement de parcs agro-industriels.

Un test pour la coopération Sud-Sud en UEMOA

Ce partenariat illustre également la possibilité d'une coopération intra-africaine sur des bases techniques plutôt que dépendantes de l'aide. Il s'agit d'un transfert de savoir-faire entre deux pays membres de la CEDEAO, mais aux niveaux de développement différents. La réussite de ce modèle pourrait inspirer d'autres filières, comme le coton ou le cacao, où la transformation locale reste faible.

Toutefois, des défis demeurent. La Guinée-Bissau devra investir dans les infrastructures électriques et logistiques pour attirer des unités de transformation. La concurrence avec les acheteurs asiatiques de noix brute, souvent plus rémunérateurs à court terme, pourrait freiner l'ambition industrielle. Mais le signal politique est clair : la valorisation locale devient une priorité stratégique.

Alors que les cours mondiaux du cajou restent soutenus, la demande de la Guinée-Bissau à la Côte d'Ivoire révèle une prise de conscience collective : l'avenir de la filière passera par la transformation locale. Reste à savoir si les mécanismes de financement et les incitations fiscales suivront pour concrétiser cette ambition régionale.