Le Document de stratégie pays 2026-2031 de la Banque africaine de développement (BAD) pour le Tchad fait des Zones Économiques Spéciales (ZES) un instrument central du soutien au secteur privé. L'ambition affichée est de mobiliser 150 millions de dollars d'investissements directs étrangers supplémentaires d'ici 2031, tout en améliorant significativement l'environnement des affaires. Ce pari intervient dans un contexte régional marqué par des avancées contrastées, où la BRVM a progressé de près de 2% en mai 2026 et le Nigeria a vu sa notation relevée par S&P.

Infographie — Entreprises

Le Document de stratégie pays (DSP) 2026-2031 de la BAD pour le Tchad place les Zones Économiques Spéciales au cœur du deuxième domaine prioritaire : le soutien au secteur privé. Concrètement, ces ZES doivent rassembler sur des périmètres délimités des entreprises fonctionnant en réseau autour de la production, de la transformation et de la commercialisation. L'objectif global est de mobiliser un volume supplémentaire de 150 millions de dollars d'IDE d'ici 2031, tout en structurant des pôles agro-industriels autour de filières prioritaires. Ce dispositif sera porté par une Agence d'Administration dédiée (AAZES), dotée d'un guichet unique pour les investisseurs, d'une promotion ciblée des filières et de projets d'infrastructures en PPP.

Les réformes structurelles comme préalable

Au-delà de la création des ZES, le DSP prévoit un effort de modernisation de l'écosystème d'affaires. Il s'agit de digitaliser le guichet unique des investissements de l'Agence Nationale des Investissements et des Exportations (ANIE), d'interconnecter les procédures fiscales, douanières et sociales, et de simplifier les agréments au Code des investissements. Les indicateurs de performance retenus donnent la mesure du chemin à parcourir. Le score du pilier III de l'indice B-Ready, qui mesure l'efficacité opérationnelle de l'environnement des affaires, devra passer de 40,22 à 46 d'ici 2031. Le délai moyen de création d'entreprise, aujourd'hui non déterminé, devra être ramené à 3 jours. Le score de lutte contre la corruption de l'Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) est également ciblé, avec une progression attendue de 22,7 à 24 points.

Un contexte régional contrasté

Ce pari sur les ZES s'inscrit dans un environnement ouest-africain et central où les dynamiques sont variées. En mai 2026, la BRVM a clôturé en hausse de 1,99%, portée par des annonces positives. Le Nigeria a vu S&P relever sa notation souveraine de B- à B avec perspectives stables, traduisant une amélioration progressive du profil macroéconomique. Au Sénégal, la production d'oignons devrait dépasser 450 000 tonnes en 2026, illustrant une montée en puissance des filières agricoles. Ces exemples montrent que des progrès sont possibles, mais ils soulignent aussi les défis spécifiques du Tchad, où le secteur privé formel reste dominé par un nombre réduit de grandes entreprises, essentiellement dans l'agroalimentaire, la construction et les services.

Des précédents encourageants mais des défis de mise en œuvre

D'autres pays de la région ont expérimenté les ZES avec des résultats mitigés. Au Sénégal, la ZES de Diamniadio a attiré des investissements mais peine à générer les effets d'entraînement escomptés sur le tissu local. Le Bénin, avec la ZES de Glo-Djigbé, mise sur l'agro-industrie. Pour le Tchad, le succès dépendra de la capacité à surmonter des obstacles structurels : insécurité persistante dans certaines zones, faible capital humain, et déficit d'infrastructures de base. La BAD elle-même note que le score actuel de l'environnement des affaires est bas, et le délai de création d'entreprise n'est même pas déterminé, ce qui en dit long sur la transparence administrative.

Une stratégie alignée sur les tendances régionales

L'accent mis sur les ZES et les réformes de l'environnement des affaires s'aligne sur des tendances plus larges en Afrique de l'Ouest et centrale. La digitalisation des guichets uniques, la simplification des procédures et le renforcement des agences de promotion des investissements sont des axes communs à plusieurs pays, comme le montrent les efforts récents de la Côte d'Ivoire ou du Ghana. L'objectif de ramener le délai de création d'entreprise à 3 jours est ambitieux, mais il reflète une convergence vers les meilleures pratiques mondiales. De même, la lutte contre la corruption, mesurée par l'IIAG, est un enjeu transversal dans la région, où les scores restent globalement faibles.

Des indicateurs de performance qui fixent le cap

Les cibles chiffrées du DSP sont précises : passer de 40,22 à 46 pour l'indice B-Ready, et de 22,7 à 24 pour l'IIAG. Ces objectifs, bien que modestes en apparence, représentent des efforts considérables dans le contexte tchadien. Ils indiquent que la BAD ne se contente pas d'injecter des fonds, mais conditionne son appui à des réformes mesurables. Le choix de l'agro-industrie comme moteur prioritaire est cohérent avec les avantages comparatifs du pays (terres arables, élevage) et avec les tendances régionales de souveraineté alimentaire, comme l'illustre la hausse de la production sénégalaise d'oignons.

Le pari des ZES au Tchad s'inscrit dans une dynamique plus large de transformation structurelle des économies africaines, où l'industrialisation par pôles et les réformes de l'environnement des affaires sont présentées comme les clés du décollage. Mais au-delà des documents stratégiques, la réussite dépendra de la volonté politique et de la capacité à attirer des investisseurs dans un pays classé parmi les plus fragiles du continent.