La Banque africaine de développement table sur une hausse des investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun, avec des flux projetés à 595 milliards FCFA en 2026 et 634,9 milliards en 2027. Cette dynamique, qui s'inscrit dans une reprise post-Covid, interroge sur les similitudes et les divergences avec les tendances ouest-africaines. Alors que les IDE restent concentrés dans les secteurs extractifs et les infrastructures, la question de leur impact sur le développement économique se pose avec acuité dans toute la région.

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Des prévisions en hausse, mais un poids dans le PIB encore modeste

Selon le Rapport pays Cameroun 2026 de la BAD, les flux d'IDE devraient atteindre 595 milliards FCFA en 2026, puis 634,9 milliards en 2027, soit un cumul de plus de 1 229,9 milliards sur deux ans. Cette progression prolonge la tendance haussière observée depuis 2021, avec un pic à 587,4 milliards FCFA en 2025, le niveau le plus élevé de la dernière décennie. Pourtant, en proportion du PIB, les IDE ne représentent que 1,7 % en 2025, loin des 2,3 % de 2019. Si la BAD anticipe un bond à 3,8 % en 2026, cette projection reste conditionnée à une amélioration significative du climat des affaires.

Cette prudence de la BAD reflète une réalité plus large : dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, les IDE peinent à retrouver leur poids d'avant la pandémie. Au Sénégal, par exemple, les investissements étrangers ont chuté de 45 % en 2020 et n'ont que partiellement rebondi, malgré les projets pétrogaziers. La Côte d'Ivoire, souvent citée comme modèle, affiche des ratios similaires à ceux du Cameroun, autour de 2 % du PIB. La tendance régionale semble donc moins dynamique que les discours officiels ne le laissent entendre.

Une concentration sectorielle problématique

La BAD souligne que les IDE au Cameroun restent concentrés dans les secteurs pétrolier, minier et des infrastructures, au détriment d'activités stratégiques comme l'agro-industrie ou les services. Cette répartition sectorielle est un frein à la diversification économique, un défi partagé par la plupart des pays de l'UEMOA. En Afrique de l'Ouest, les IDE suivent souvent les mêmes schémas : extraction de ressources naturelles, télécommunications, et plus récemment, énergies renouvelables. La faiblesse des investissements dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre limite les retombées en termes d'emplois et de développement local.

Pourtant, des signaux d'évolution existent. Les résultats semestriels des banques UEMOA, publiés récemment, montrent une progression des crédits à l'économie, mais les IDE ne suivent pas toujours cette dynamique. Les investisseurs internationaux privilégient les secteurs à rendement rapide, au détriment d'une vision de long terme. La question de la qualité des IDE est donc centrale, tant pour le Cameroun que pour ses voisins ouest-africains.

Quels enseignements pour l'Afrique de l'Ouest ?

Les prévisions de la BAD pour le Cameroun offrent un contraste intéressant avec la situation en Afrique de l'Ouest, où les flux d'IDE sont également en hausse, mais avec des disparités marquées. Le Sénégal, par exemple, attire des investissements dans les hydrocarbures, mais leur impact sur le PIB reste à démontrer. La Côte d'Ivoire mise sur l'agro-industrie, mais les IDE restent volatils. Le Nigeria, poids lourd de la région, voit ses IDE stagner en raison de l'instabilité politique et monétaire.

Par ailleurs, la récente nomination de Babacar Touré à la tête de la Direction générale des Financements et de la Dette au Sénégal souligne une volonté de mieux encadrer les flux financiers, y compris les IDE. Cette tendance à la professionnalisation de la gestion de la dette et des investissements se retrouve dans plusieurs pays de la région, notamment au Bénin et au Ghana. Cependant, la coordination régionale reste faible, et chaque pays cherche à attirer les investisseurs à son propre compte, parfois au détriment d'une stratégie commune.

La question du climat des affaires

La BAD insiste sur la nécessité d'améliorer le climat des affaires pour concrétiser les prévisions. Au Cameroun, les réformes attendues concernent la transparence, la lutte contre la corruption et la simplification administrative. Ces défis sont similaires en Afrique de l'Ouest, où les classements Doing Business ont montré des progrès inégaux. Le Togo et le Bénin ont réalisé des avancées notables, mais le climat des affaires reste un frein majeur dans des pays comme la Guinée ou le Mali.

En parallèle, les résultats financiers des entreprises comme Sonatel ou Orange Sénégal, publiés le 19 août 2026, montrent une bonne santé des opérateurs télécoms, mais ces performances ne se traduisent pas nécessairement en IDE supplémentaires. Les investissements dans les infrastructures numériques sont pourtant cruciaux pour la diversification économique. La question est de savoir si les gouvernements sauront créer un environnement propice à des IDE de qualité, capables de transformer les structures économiques.

Une reprise encore fragile

Les données historiques montrent que les IDE au Cameroun ont connu des fluctuations importantes, avec une chute marquée en 2020 due à la pandémie. La reprise, bien que réelle, reste fragile et dépendante de facteurs externes, comme les cours des matières premières et la conjoncture mondiale. Pour l'Afrique de l'Ouest, la leçon est claire : la résilience des IDE ne peut pas reposer uniquement sur les secteurs extractifs, mais doit s'appuyer sur une diversification et une amélioration des fondamentaux économiques.

La comparaison entre le Cameroun et l'Afrique de l'Ouest révèle des dynamiques similaires, mais aussi des spécificités. La CEDEAO et l'UEMOA offrent des cadres d'intégration qui pourraient faciliter les investissements transfrontaliers, mais leur mise en œuvre reste inégale. Les projets d'harmonisation des politiques d'investissement sont encore embryonnaires. La BAD, de son côté, joue un rôle de catalyseur, mais ses prévisions ne sont que des projections, soumises à de nombreuses incertitudes.

Au-delà du Cameroun, cette analyse de la BAD met en lumière un enjeu crucial pour l'Afrique de l'Ouest : la qualité et la diversification des IDE. Alors que les pays de la région cherchent à attirer des capitaux étrangers, la question n'est pas seulement quantitative, mais aussi structurelle. Les investissements doivent bénéficier à des secteurs porteurs de croissance inclusive, comme l'agro-industrie, le numérique ou les énergies renouvelables. La tendance à la professionnalisation de la gestion des finances publiques, observée au Sénégal ou au Bénin, est encourageante, mais elle devra s'accompagner d'une vision régionale plus cohérente pour maximiser les retombées. Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et une volatilité des flux financiers, l'Afrique de l'Ouest devra faire preuve d'innovation et de coopération pour transformer l'essai.