L'Afrique a attiré 70 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en 2025, un repli par rapport au record de 94 milliards de 2024. Mais derrière cette baisse se dessine une mutation structurelle : multiplication des petits projets, diversification des origines des capitaux et recentrage sur les secteurs stratégiques comme l'énergie et les infrastructures. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette évolution ouvre des opportunités mais aussi des défis de concentration.

Infographie — Investissement

Un recul trompeur

Les derniers chiffres de la CNUCED, publiés en juillet 2026, indiquent que les flux d'IDE vers l'Afrique ont atteint environ 70 milliards de dollars en 2025. Ce montant, bien qu'en baisse de 26 % par rapport aux 94 milliards exceptionnels de 2024, reste le troisième plus élevé depuis 1990 et dépasse d'un tiers la moyenne de long terme du continent. Le recul s'explique principalement par l'absence de méga-transactions comme celles qui avaient artificiellement gonflé le total de 2024. En réalité, le nombre de projets d'investissement de création d'activités a augmenté, tandis que leur valeur moyenne diminuait de près d'un tiers. Cette fragmentation est le signe d'un engagement plus large des investisseurs, qui misent désormais sur des projets plus modestes mais plus nombreux.

De nouvelles sources de capitaux

Le rapport souligne l'émergence de nouveaux acteurs : les investisseurs du Golfe et d'autres économies asiatiques deviennent des sources significatives d'IDE de création d'activités, notamment dans l'énergie, la logistique, l'immobilier et les infrastructures. Cette diversification des origines des flux est une tendance lourde pour l'Afrique de l'Ouest, longtemps dépendante des investisseurs occidentaux et chinois. Les fonds souverains du Golfe, en particulier, manifestent un intérêt croissant pour les projets énergétiques et les corridors logistiques de la région, comme en témoigne l'intérêt pour le port de Lomé, hub clé d'Afrique de l'Ouest et du Centre.

Des bénéfices encore concentrés

L'alerte vient de la répartition des flux : les pays les moins avancés (PMA) africains ont reçu environ 33 milliards de dollars, mais ces montants restent concentrés dans quelques économies riches en ressources naturelles ou dotées de grands projets d'infrastructure. En Afrique de l'Ouest, des pays comme le Ghana, le Sénégal ou la Côte d'Ivoire captent l'essentiel des investissements dans les minéraux critiques (or, lithium, bauxite) et les hydrocarbures, tandis que les États sahéliens peinent à attirer des capitaux. Le déséquilibre persiste, accentué par l'insécurité et l'instabilité politique dans certaines zones.

Secteurs porteurs : énergie, infrastructures et minéraux

Les trois secteurs qui tirent les IDE en Afrique sont l'énergie, les infrastructures et les minéraux critiques. Cette tendance est particulièrement nette en Afrique de l'Ouest, où les besoins en électricité et en transport sont immenses. Le barrage de Souapiti en Guinée, par exemple, illustre l'ampleur des investissements hydroélectriques, tandis que les programmes de formation d'ingénieurs qui l'accompagnent montrent une volonté de développer les compétences locales. Dans le secteur minier, l'or reste un aimant : plusieurs pays ouest-africains, comme le Mali et le Burkina Faso, voient affluer des investissements malgré l'insécurité.

Implications pour l'écosystème d'affaires régional

Pour l'Afrique de l'Ouest, la mutation des IDE en 2025 implique plusieurs ajustements stratégiques. D'une part, la multiplication des petits projets ouvre la voie à des acteurs de taille moyenne, y compris des entreprises locales, qui peuvent désormais accéder à des financements étrangers pour des projets ciblés. D'autre part, la concentration sectorielle oblige les gouvernements à renforcer les politiques d'attractivité et à améliorer le climat des affaires pour ne pas rater le train des investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures numériques. Enfin, l'arrivée de nouveaux investisseurs du Golfe et d'Asie peut réduire la dépendance aux bailleurs traditionnels, mais pose aussi la question de la transparence et de la durabilité des projets.

Une fenêtre à saisir

Le rapport de la CNUCED ne livre pas de classement détaillé par sous-région, mais les tendances globales éclairent la situation ouest-africaine. La région doit composer avec des flux d'IDE toujours volatils, mais la montée en puissance des projets de moindre envergure et la diversification des origines des capitaux sont des signaux positifs. Le défi reste d'élargir la base des bénéficiaires au-delà des pays producteurs de ressources, en investissant dans le capital humain et les réformes structurelles. Le Pacte d'avenir en six piliers dévoilé par la CEDEAO en 2025 pourrait offrir un cadre pour harmoniser les politiques d'investissement et canaliser les flux vers des projets régionaux intégrateurs.

Si les 70 milliards de dollars d'IDE en Afrique en 2025 marquent un repli conjoncturel, ils révèlent surtout une recomposition profonde des flux, avec plus de projets, des acteurs variés et des secteurs ciblés. Pour l'Afrique de l'Ouest, la question n'est plus seulement d'attirer des capitaux, mais de les orienter vers un développement inclusif et durable, tout en tirant parti de l'intérêt renouvelé pour les minéraux critiques et l'énergie. La région saura-t-elle transformer cette dynamique en avantage compétitif structurel ?