Le rapport 2026 de la CNUCED sur l'investissement mondial révèle une reprise des flux mondiaux (+6 %, à 1 600 milliards de dollars), mais une concentration accrue sur une poignée de pays. L'Afrique n'a attiré que 70 milliards en 2025, soit une chute de 26 % par rapport à 2024. Pourtant, en excluant des transactions exceptionnelles comme le projet égyptien Ras El‑Hekma, la performance 2025 serait la meilleure depuis des décennies. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette lecture nuancée masque une dynamique paradoxale : alors que des infrastructures emblématiques avancent – barrage de Souapiti, gazoduc Nigeria‑Maroc –, les flux d'IDE peinent à décoller structurellement.

Infographie — Investissement

Un rebond mondial très sélectif

Les chiffres mondiaux des IDE donnent le change : 1 600 milliards de dollars, en hausse de 6 % par rapport à 2024. Mais la CNUCED elle‑même appelle à la prudence : cette progression est tirée par un petit nombre de grandes économies, et les 20 premiers pays d'accueil captent plus de 80 % des flux. Les investissements de création de capacités productives – usines, infrastructures, transferts de technologies – restent en réalité atones. Le rapport souligne que l'investissement devient « plus concentré dans un nombre restreint de pays, de secteurs et de projets », ce qui fragilise les économies périphériques.

L'Afrique : une baisse en trompe‑l'œil

Avec 70 milliards de dollars en 2025, l'Afrique accuse une chute de 26 % par rapport aux 94 milliards de 2024. Mais ce recul est largement mécanique : l'année précédente avait été gonflée par le mégaprojet immobilier Ras El‑Hekma en Égypte. Si l'on retire ces pics exceptionnels, 2025 constitue en réalité la meilleure performance africaine des vingt dernières années. Ce constat nuance le pessimisme ambiant, mais ne doit pas occulter la faiblesse structurelle des flux vers le continent, qui ne représentent que 4,4 % des IDE mondiaux.

Afrique de l'Ouest : des projets structurants, mais une captation limitée

Dans ce contexte, l'Afrique de l'Ouest fait figure de laboratoire. Les annonces récentes abondent : le barrage de Souapiti en Guinée a donné lieu à un vaste programme de formation d'ingénieurs, signe d'une volonté de capitaliser sur l'investissement lourd. Le gazoduc atlantique Nigeria‑Maroc avance dans les études, tandis que le Togo maintient une politique énergétique mixte combinant centrales thermiques et renouvelables. Pourtant, ces mégaprojets ne se traduisent pas mécaniquement par une hausse des IDE agrégés. La région souffre d'un déficit d'infrastructures chronique – évalué à 118 milliards de dollars par l'Infrastructure Consortium for Africa – et d'une fragmentation des marchés qui freine les investissements de grande échelle.

La formation : un indicateur de maturité

Le lancement d'un programme d'ingénieurs au pied du barrage de Souapiti est emblématique d'une nouvelle approche. Plutôt que de simplement attirer des capitaux, certains États cherchent à ancrer localement les compétences nécessaires à l'exploitation et à la maintenance des infrastructures. Ce pari sur le capital humain pourrait à terme améliorer la qualité des IDE, même s'il n'en augmente pas immédiatement le volume. À l'inverse, la dégradation d'écosystèmes comme la mangrove de Khor au Sénégal rappelle que les projets extractifs ou énergétiques doivent être accompagnés de mesures de durabilité, faute de quoi ils risquent de compromettre l'attractivité à long terme.

Des secteurs porteurs mais une dépendance persistante

Les minerais de transition, les hydrocarbures et les énergies renouvelables constituent les principaux vecteurs d'IDE potentiels pour l'Afrique de l'Ouest. Mais la région reste très dépendante des matières premières et des financements extérieurs. Le rapport de la CNUCED met en garde contre une concentration sectorielle qui expose les économies aux chocs de prix et aux aléas géopolitiques. Le volontarisme étatique – souvent cité dans les rapports sur les infrastructures – peine à mobiliser le secteur privé local, comme en témoigne le déficit de 118 milliards de dollars dans les infrastructures régionales.

La lecture du rapport 2026 de la CNUCED invite à dépasser l'opposition simpliste entre « bons » et « mauvais » chiffres. Pour l'Afrique de l'Ouest, le vrai défi est de transformer les mégaprojets en écosystèmes productifs durables. La région parviendra‑t‑elle à attirer des IDE qui ne se limitent pas à l'extraction ou à la construction, mais qui irriguent l'ensemble du tissu économique ? La réponse dépendra de la capacité des États à améliorer le climat des affaires, à renforcer les liaisons transfrontalières et à former une main‑d'œuvre qualifiée.