La Guinée a attiré 7,8 milliards de dollars d'investissements directs étrangers (IDE) en 2025, selon le Rapport mondial sur l'investissement 2026 de la CNUCED. Ce montant, en hausse de 457 % par rapport à 2024, fait du pays le premier bénéficiaire d'IDE en Afrique subsaharienne, porté par les projets miniers, notamment le fer de Simandou. Cette manne soulève la question de la souveraineté économique et de la diversification face à une dépendance accrue aux matières premières.
Une attractivité sans précédent, portée par le minerai de fer
Les chiffres publiés par la CNUCED consacrent la Guinée comme la nouvelle terre d'accueil des investisseurs en Afrique de l'Ouest. Avec 7,8 milliards de dollars d'IDE en 2025, le pays devance largement le Nigeria (4 milliards), la Côte d'Ivoire (2 milliards) et le Ghana. Cette performance s'explique par l'entrée en phase d'exploitation du gisement de fer de Simandou, dont les infrastructures (mine, chemin de fer, port) ont absorbé une part majeure des flux. Le projet, porté par Rio Tinto et ses partenaires, a connu une accélération spectaculaire depuis l'accord-cadre de 2022, et la finalisation du quai de Moribayah devrait soutenir les investissements dans les années à venir.
Le pari de la transformation locale
Face à cette concentration des capitaux dans l'extractif, le gouvernement guinéen tente d'orienter une partie des investissements vers la transformation locale. Trois raffineries d'alumine sont en construction et deux autres à l'étude, visant à capter davantage de valeur ajoutée sur la chaîne de la bauxite. Des projets de diversification dans l'agriculture et l'hydroélectricité sont également engagés, avec un barrage en chantier et deux autres en phase de conception. Ces initiatives reflètent une volonté de ne pas répéter le schéma historique d'une économie de rente, mais elles restent embryonnaires face à l'ampleur des besoins.
Un contexte régional contrasté
Cette dynamique guinéenne s'inscrit dans un mouvement plus large de course aux ressources en Afrique de l'Ouest. Le Nigeria, porté par son secteur pétrolier et gazier, et le Sénégal, avec la montée en production du pétrole de Sangomar et du gaz naturel GTA, illustrent la vigueur des investissements extractifs dans la région. En parallèle, des pays comme le Burkina Faso et le Mali font face à des défis sécuritaires liés à l'orpaillage illégal, qui fragilise leur attractivité. La Guinée, elle, bénéficie d'une stabilité relative et d'un potentiel géologique exceptionnel, mais la question de la redistribution des revenus miniers demeure centrale.
Les données de la CNUCED confirment une tendance déjà perceptible dans les alertes de juin 2026 : l'intérêt croissant des compagnies juniors pour la région, comme en témoigne l'étude de préfaisabilité d'Aurum Resources sur son projet Boundiali en Côte d'Ivoire. Mais la Guinée, avec Simandou, change d'échelle. Le pays ne se contente plus d'attirer des investissements modestes ; il devient un pôle majeur du minerai de fer mondial, susceptible de concurrencer l'Australie et le Brésil.
Les défis de la souveraineté économique
L'afflux de capitaux pose néanmoins la question de la souveraineté économique. Le gouvernement guinéen, à l'instar d'autres pays de la région, cherche à renégocier les contrats miniers et à imposer des obligations de transformation locale. Les trois raffineries d'alumine en construction sont un signal fort, mais leur financement et leur viabilité économique restent à prouver. Par ailleurs, la dépendance aux cours mondiaux du fer et de la bauxite expose le pays aux fluctuations des marchés, comme l'a montré la chute des prix du minerai de fer en 2024.
La question de la gouvernance des revenus miniers est tout aussi cruciale. Les précédents historiques en Afrique de l'Ouest montrent que les ressources extractives ne garantissent pas automatiquement le développement. La Guinée devra veiller à ce que les 7,8 milliards de dollars d'IDE se traduisent par des emplois, des infrastructures durables et une amélioration des conditions de vie des populations locales. Le rapport de la CNUCED souligne d'ailleurs que les IDE dans le secteur extractif ont souvent un impact limité sur l'économie locale si des politiques d'ancrage ne sont pas mises en place.
Vers une diversification nécessaire
Les projets de diversification dans l'agriculture et l'hydroélectricité montrent une prise de conscience, mais ils peinent à attirer des financements comparables à ceux du secteur minier. La construction de barrages, comme celui en chantier, pourrait à terme réduire la dépendance énergétique et soutenir l'industrialisation, mais ces projets prennent du temps. En attendant, la Guinée reste tributaire de ses ressources extractives, et sa capacité à négocier des contrats avantageux sera déterminante.
Le rapport de la CNUCED intervient dans un contexte où les pays africains cherchent à tirer davantage profit de leurs ressources, à l'image des débats sur la souveraineté minière évoqués lors du sommet Mining on Top Africa à Paris en juillet 2026. La Guinée, avec ses 7,8 milliards de dollars, devient un cas d'école : réussira-t-elle à transformer cette manne en développement durable, ou restera-t-elle prisonnière du piège des ressources ?
La trajectoire guinéenne illustre une dynamique plus large en Afrique de l'Ouest, où les pays riches en ressources tentent de concilier attractivité des investissements et souveraineté économique. Alors que le Sénégal monte en puissance sur le pétrole et le gaz, et que la Côte d'Ivoire diversifie son économie, la Guinée mise sur ses mines pour se développer. Le défi de la transformation locale, encore balbutiant, sera déterminant pour éviter une nouvelle malédiction des ressources. L'attention se tourne désormais vers la capacité du gouvernement à concrétiser ses projets de raffineries et à faire bénéficier les populations des retombées de Simandou.