Le 27 juin 2026, le juriste et écrivain ivoirien Allou Boigny Nobel a été distingué lors des Africa Impact Awards à Dakar pour son ouvrage sur la sécurisation des transactions foncières. Cette récompense intervient moins d’un mois après le lancement du mégaprojet Ville Verte sur les rives du Lac Rose, site emblématique où pressions foncières et préoccupations écologiques se heurtent. Elle met en lumière les défis persistants de la gouvernance foncière dans une région où l’opacité des transactions et les litiges freinent l’investissement.

Infographie — Investissement

Un prix qui dépasse la reconnaissance littéraire

L’Africa Impact Awards 2026 n’est pas un prix littéraire ordinaire. Devant un parterre de décideurs publics, entrepreneurs et universitaires venus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Mali, de la Guinée, du Bénin et des Comores, Allou Boigny Nobel a reçu le trophée d’« Auteur Africain de l’Année ». Ce prix récompense plusieurs années de conférences, formations et un guide pratique, « Achetez un terrain en toute sécurité en Côte d’Ivoire », devenu référence pour naviguer dans les régimes fonciers ouest-africains. L’auteur y combine rigueur juridique et solutions concrètes pour sécuriser les transactions dans un contexte où l’absence de cadastre fiable et les conflits d’usage sont monnaie courante.

Le contexte du Lac Rose

Le choix de Dakar pour cette cérémonie n’est pas anodin. Moins d’un mois plus tôt, le 20 mai 2026, l’État du Sénégal et le promoteur Casa Orascom lançaient officiellement le projet « Ville Verte » sur les rives du Lac Rose, à une trentaine de kilomètres de la capitale. Cet investissement massif – dont les montants exacts n’ont pas été divulgués – promet de transformer ce site touristique mythique en une nouvelle zone urbaine. Mais il ravive des tensions foncières et écologiques anciennes, le Lac Rose étant déjà confronté à des conflits d’usage entre extraction de sel, tourisme et pression immobilière. Parallèlement, des accusations d’abus sexuels visant un promoteur à la Biscuiterie, autre zone en pleine mutation, illustrent les dérives possibles d’un secteur peu régulé.

Les fragilités structurelles du foncier ouest-africain

Le cas du Lac Rose n’est qu’un exemple parmi d’autres des fragilités qui traversent le foncier en Afrique de l’Ouest. Dans la région, le chevauchement entre droits coutumiers et législations modernes, l’absence de registres centralisés et la corruption exposent investisseurs et populations à des risques élevés. La Côte d’Ivoire elle-même, pourtant mieux dotée que certains voisins, connaît des litiges récurrents. L’ouvrage d’Allou Boigny Nobel répond à ce besoin concret de sécurisation pour la diaspora, les particuliers et les professionnels.

Un enjeu régional pour la CEDEAO et l’UEMOA

La question foncière dépasse les frontières nationales. Dans l’espace CEDEAO, les disparités des législations nationales compliquent les investissements transfrontaliers et l’harmonisation des pratiques. L’ouvrage d’Allou Boigny Nobel, bien que centré sur la Côte d’Ivoire, sert de modèle pour d’autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) cherchant à moderniser leur cadre juridique. Des initiatives régionales émergent, comme les projets de cadastre partagé soutenus par des bailleurs de fonds, mais elles peinent à s’imposer face à la diversité des droits fonciers locaux.

La consécration d’Allou Boigny Nobel à Dakar intervient à un moment où les projets d’aménagement et les tensions foncières se multiplient en Afrique de l’Ouest. Entre l’urgence d’attirer les investissements et la nécessité de protéger les droits des communautés et les écosystèmes, les États sont confrontés à un arbitrage complexe. La reconnaissance de son travail suggère que la sécurisation juridique est devenue un levier incontournable du développement régional – mais elle pose aussi la question de l’adaptation des modèles nationaux à des réalités locales hétérogènes. Les prochains mois montreront si le projet Ville Verte saura concilier ambition urbaine et respect des équilibres fonciers et écologiques.