Les 23 et 24 juin, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a réuni les chefs traditionnels de la région des Plateaux à Kpalimé pour les former à la gestion des conflits fonciers. L’initiative vise à renforcer la médiation coutumière, dans un contexte de tensions croissantes liées à l’accès à la terre. Cette démarche intervient alors que le Togo, comme plusieurs pays de l’UEMOA, peine à concilier développement agricole, investissements miniers et droits fonciers des communautés.

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La formation organisée par la CNDH a porté sur le règlement amiable des litiges, l’accès des femmes à la terre, la protection des espaces naturels et la gestion durable du foncier. En ciblant les chefs traditionnels, l’institution entend promouvoir une justice coutumière efficace, conformément au Code foncier et domanial adopté en 2018. Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des autorités locales comme acteurs clés de la prévention des conflits.

Le choix de la région des Plateaux n’est pas anodin. Cette zone, caractérisée par une forte pression démographique et une agriculture intensive, connaît une recrudescence des litiges fonciers. Entre l’expansion des plantations de café-cacao, les projets agro-industriels et les réserves forestières, les terres deviennent un bien rare et disputé. Les tribunaux formels, souvent engorgés et éloignés, peinent à traiter ces affaires, laissant un vide que la médiation coutumière tente de combler.

La formation met en lumière un paradoxe : les chefs traditionnels, bien que légitimes aux yeux des communautés, ne disposent pas toujours des outils juridiques pour trancher les conflits de manière équitable, notamment en ce qui concerne les droits des femmes. En intégrant la dimension genre et la durabilité environnementale, la CNDH cherche à moderniser la justice coutumière sans la dénaturer. Cela répond à une exigence croissante des bailleurs de fonds et des organisations internationales, qui voient dans la gouvernance foncière un levier de stabilité et d’investissement.

Au-delà du Togo, cette expérience résonne avec les défis de la sous-région. Au Sénégal, les tensions autour de l’exploitation du phosphate à Agnam Thiodaye en mai 2026 ont montré comment l’absence de médiation efficace peut dégénérer en affrontements entre populations et forces de l’ordre. Dans les deux cas, la question foncière cristallise des frustrations économiques et sociales que les États peinent à canaliser.

Le Code foncier et domanial togolais, adopté après des années de consultations, a posé les bases d’une gestion plus transparente. Mais son application bute sur la coexistence des régimes coutumiers et modernes. La formation des chefs traditionnels apparaît comme une tentative de tisser un lien entre ces deux mondes, en donnant aux autorités locales une légitimité procédurale. Reste à savoir si ces sessions ponctuelles suffiront à changer des pratiques ancrées.

L’accès des femmes à la terre, point central de la formation, illustre les limites de l’initiative. Dans les sociétés patrilinéaires du Togo, les femmes héritent rarement de terres, malgré leur rôle prépondérant dans l’agriculture. Sensibiliser les chefs à cette question est une première étape, mais sans réforme juridique contraignante, les coutumes risquent de perdurer. La CNDH en est consciente, mais son action se heurte à la souveraineté des pratiques locales.

Enfin, cette formation s’inscrit dans un contexte régional marqué par une pression croissante sur les ressources foncières. L’UEMOA et la CEDEAO multiplient les résolutions sur la sécurisation foncière, mais leur mise en œuvre reste inégale. Le Togo, en misant sur la médiation coutumière, explore une voie pragmatique qui pourrait inspirer d’autres pays, à condition que les formations soient suivies d’effets concrets et que l’État assume son rôle de garant ultime.

L’initiative de la CNDH s’inscrit dans une tendance plus large de reconnaissance des institutions coutumières dans la gestion des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest. Reste à savoir si ces formations pourront réellement désamorcer les pressions foncières, alors que la demande de terre ne cesse de croître et que les investissements étrangers dans l’agriculture et les mines se multiplient.