Le 23 juin 2026, LEONI Cable Solutions a posé la première pierre de sa première usine africaine à Kénitra, au Maroc, avec un investissement de 630 millions de dirhams (60 millions d'euros). Ce choix stratégique confirme l'attractivité du Royaume chérifien pour les industries de haute technologie, mais interroge sur la capacité de l'Afrique de l'Ouest à capter des investissements similaires. Alors que la CEDEAO peine à fluidifier le commerce intra-régional et à améliorer son climat des affaires, le fossé se creuse avec les économies nord-africaines.

Infographie — Investissement

Un investissement structurant dans le hub automobile marocain

L'implantation de LEONI à l'Atlantic Free Zone de Kénitra s'inscrit dans la stratégie du groupe de renforcer sa présence dans les câbles automobiles de nouvelle génération – un maillon critique pour les véhicules connectés et électriques. Avec 18 000 m² d'installations et une réserve foncière pour extension, le site vise à approvisionner les équipementiers internationaux présents sur le marché mondial. L'accompagnement des autorités marocaines, salué par le ministre Ryad Mezzour, témoigne d'un environnement propice aux investissements à forte valeur ajoutée.

L'Afrique de l'Ouest face à un défi de compétitivité

Ce succès marocain contraste avec les difficultés de l'Afrique de l'Ouest à attirer des projets industriels sophistiqués. Pourtant, des pays comme le Nigeria, le Ghana ou la Côte d'Ivoire affichent des ambitions dans le secteur automobile, via des incitations fiscales et des zones économiques spéciales. Mais les investisseurs butent encore sur des infrastructures insuffisantes, une bureaucratie pesante et une instabilité réglementaire.

Des leçons à tirer des blocages régionaux

Les articles récents sur la CEDEAO, à l'occasion de son 51e anniversaire, rappellent que l'intégration économique reste un chantier inachevé. Selon des données citées, près de 10 milliards de dollars s'évaporent chaque année dans le commerce informel, faute de cadres formels harmonisés. Les obstacles au commerce intra-régional – barrières tarifaires, non tarifaires, lourdeurs administratives – freinent l'émergence de chaînes de valeur régionales.

Un écosystème d'affaires à consolider

L'implantation de LEONI au Maroc souligne l'importance d'un écosystème cohérent : disponibilité du foncier, fiabilité énergétique, main-d'œuvre qualifiée et soutien public continu. En Afrique de l'Ouest, malgré des progrès au Ghana (zone franche de Tema) ou au Sénégal (Parc industriel de Diamniadio), les défaillances persistent. Le coût du crédit, la corruption et les lenteurs douanières dissuadent les investissements lourds.

Vers une prise de conscience nécessaire

Ce contraste n'est pas une fatalité. La CEDEAO pourrait s'inspirer du modèle marocain en matière de guichet unique pour les investisseurs et de planification industrielle à long terme. Les discussions en cours sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offrent une fenêtre pour accélérer les réformes. Mais sans une volonté politique ferme et des actions concrètes, le risque est grand de voir les investissements high-tech contourner la région au profit de pôles plus attractifs.

Une concurrence qui s'intensifie

Au-delà du Maroc, d'autres pays nord-africains (Tunisie, Égypte) avancent sur le même créneau. Pour l'Afrique de l'Ouest, le défi est double : combler le retard en infrastructures et créer un environnement juridique stable tout en capitalisant sur ses atouts démographiques et sa position stratégique.

L'arrivée de LEONI au Maroc n'est qu'un symptôme d'une redistribution des cartes de l'investissement industriel en Afrique. Si l'Afrique de l'Ouest ne parvient pas à transformer ses engagements en réformes tangibles, elle risque de voir s'éloigner les maillons à haute valeur ajoutée des chaînes de valeur mondiales.