Le 1er juillet 2026, le gouvernement égyptien a officialisé l’implantation d’une usine de composants de pneus par Zenith Steel Group, filiale du chinois Zhongtian, dans la Zone économique du canal de Suez. Cette annonce s’inscrit dans une vague d’investissements asiatiques dans le secteur du pneumatique en Afrique du Nord, après l’arrivée de Sentury Tire au Maroc en 2023. Si ces projets consolident la position de l’Égypte et du Maroc comme hubs automobiles, ils interrogent sur la capacité de l’Afrique de l’Ouest à attirer des maillons stratégiques de la chaîne de valeur.
Afrique du Nord vs Afrique de l’Ouest : qui capte les investissements chinois ?
L’Égypte et le Maroc attirent les géants asiatiques du pneu. Pendant ce temps, l’Afrique de l’Ouest reste en marge de cette chaîne de valeur stratégique.
Renault, Stellantis (Maroc) + Zone canal de Suez (Égypte)
Aucune usine de pneus asiatique annoncée à ce jour
L’Afrique du Nord cumule 100 millions de capacité annuelle de pneus grâce aux investissements chinois (2023-2026). L’Afrique de l’Ouest, malgré ses ambitions industrielles, n’a pour l’instant capté aucun projet asiatique de fabrication de pneumatiques. Le contraste interroge sur la stratégie d’intégration régionale.
L’essor du pneumatique en Afrique du Nord
L’annonce de Zenith Steel Group à Suez confirme une tendance: l’Afrique du Nord devient la porte d’entrée privilégiée des fabricants asiatiques de pneus. Sentury Tire Co a lancé en octobre 2023 la première phase de son unité marocaine, suivie de près par d’autres projets chinois. Ces investissements répondent à la croissance de l’industrie automobile locale, tirée par Renault et Stellantis au Maroc, et par la Zone économique du canal de Suez en Égypte. Le Maroc, qui avait perdu ses capacités de production de pneus avec le déclin de Goodyear et General Tires, voit désormais dans ces usines un moyen de sécuriser son approvisionnement et d’intégrer davantage sa filière.
Un retournement de situation stratégique
Historiquement, le Royaume chérifien subissait une forte concurrence asiatique sur les importations à bas coût. Aujourd’hui, les mêmes groupes qui ont causé la faillite des filiales américaines investissent sur place. Ce revirement s’explique par la maturité du tissu industriel marocain: une main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures portuaires modernes, et une intégration aux chaînes de valeur mondiales. L’Égypte offre de son côté un marché de plus de 100 millions d’habitants et un accès au canal de Suez. Les deux pays bénéficient d’accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis, renforçant leur attractivité.
Quelles retombées pour l’Afrique de l’Ouest ?
Pour l’Afrique de l’Ouest, ces investissements posent la question de son insertion dans l’écosystème automobile régional. Si le Nigeria, le Ghana ou la Côte d’Ivoire disposent d’un marché croissant, ils manquent encore d’infrastructures et de stabilité énergétique pour attirer des unités de pneumatiques. La CEDEAO, dont le « Pacte d’avenir » en six piliers a été dévoilé en mai 2026, pourrait favoriser une harmonisation des politiques industrielles. Mais le retard est significatif: aucun projet majeur de fabrication de pneus n’est annoncé dans la région, alors que les importations restent la norme.
Un effet d’entraînement possible ?
À plus long terme, la concentration des investissements en Afrique du Nord pourrait pousser les constructeurs automobiles présents en Afrique de l’Ouest à réclamer une production locale de composants. L’exemple de la Guinée, qui forme des ingénieurs autour du barrage de Souapiti, montre une volonté de monter en compétence. Mais la route est longue: l’hydroélectricité et les infrastructures logistiques doivent encore être renforcées. Les investissements chinois dans le pneumatique illustrent surtout la compétition entre les pays africains pour capter les chaînes de valeur, avec une Afrique du Nord qui creuse l’écart.
Ces annonces confirment que l’Afrique du Nord est devenue le point d’ancrage des délocalisations chinoises dans l’industrie du pneu. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est de ne pas rester en marge de cette dynamique, alors que la demande de véhicules augmente et que l’intégration régionale progresse. La question n’est plus seulement de produire des pneus, mais de construire un environnement qui rende ces investissements possibles.