Pour la première fois depuis la création de l'Indice de l'industrialisation en Afrique, le Maroc s'impose comme le pays le plus industrialisé du continent, devant l'Afrique du Sud, avec un score de 0,8415 point. Cette performance, révélée par le rapport 2025 de la BAD, de l'Union africaine et de l'ONUDI, repose sur une diversification réussie des exportations et une montée en gamme industrielle. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, en particulier ceux engagés dans l'exploitation aurifère, ce précédent interroge : la transformation locale des ressources peut-elle devenir un levier de développement comparable ?

Infographie — Or · Production

Le classement 2025 de l'indice d'industrialisation africain consacre une ascension méthodique. Le Maroc a gagné près de 20 points en quinze ans en modernisant son appareil productif, en attirant des investissements étrangers dans les secteurs de moyenne et haute technologie, et en renforçant ses infrastructures. Le royaume chérifien devance désormais l'Afrique du Sud, pénalisée par le déclin de son industrie minière traditionnelle, et l'Égypte, pourtant soutenue par sa démographie et ses grands projets. Ce succès n'est pas le fruit du hasard : il s'inscrit dans une politique volontariste de substitution aux importations et de promotion des exportations manufacturières, appuyée par des partenariats public-privé comme celui récemment scellé avec OCP Group et la BAD pour un mécanisme de garantie de crédit de 450 millions d'euros.

Cette dynamique tranche avec la situation de l'Afrique de l'Ouest, où l'industrialisation reste timide malgré une abondance de ressources naturelles. La région figure dans le top 10 africain avec le Sénégal (8e) et la Côte d'Ivoire (10e), mais leurs scores respectifs (0,6115 et 0,5871) témoignent d'un retard structurel. L'Indice mesure notamment la part manufacturière dans le PIB, l'emploi industriel et la sophistication des exportations. Or, les économies ouest-africaines restent largement dépendantes des matières premières brutes. Dans le secteur aurifère, l'or est majoritairement exporté sous forme de lingots non transformés, alors que le Maroc a su bâtir une industrie de raffinage et de bijouterie.

Pour l'Afrique de l'Ouest, le modèle marocain offre des pistes mais aussi des mises en garde. La réussite marocaine s'appuie sur une stabilité politique et fiscale de long terme, une infrastructure portuaire et logistique performante (avec des ports secs émergeant comme pivots du commerce intérieur), et un ciblage des investissements directs étrangers vers les secteurs à forte valeur ajoutée. À l'inverse, les pays de l'AOF souffrent de déficits énergétiques récurrents et d'un coût du capital élevé, qui freinent l'installation d'unités de transformation. Le récent partenariat vert entre la BAD et OCP, orienté vers la finance climatique, illustre aussi comment le Maroc utilise les mécanismes internationaux pour soutenir sa transition industrielle – une voie encore peu explorée dans la région.

La question du timing est cruciale. L'Indice couvre la période 2010-2024, une décennie au cours de laquelle l'Afrique de l'Ouest a connu une croissance démographique rapide mais une industrialisation atone. Les nouveaux projets miniers – notamment les mines d'or industrielles au Burkina Faso, au Mali ou en Côte d'Ivoire – produisent davantage, mais la valeur ajoutée locale reste faible. Pourtant, des signaux récents indiquent une prise de conscience : la construction de raffineries d'or en Côte d'Ivoire et au Ghana, ou encore l'essor des zones économiques spéciales dédiées à la transformation, pourrait amorcer un rattrapage. Mais sans une amélioration drastique de l'environnement des affaires et des infrastructures, le fossé avec le Maroc risque de se creuser.

Au-delà de l'or, l'Indice révèle une fragmentation industrielle du continent. L'Afrique du Nord (Maroc, Égypte, Tunisie) et l'Île Maurice dominent le haut du classement, tandis que l'Afrique subsaharienne reste à la traîne. Cette divergence interroge les politiques régionales : la ZLECAf, en vigueur depuis 2021, pourrait-elle favoriser l'émergence de chaînes de valeur régionales, notamment dans les métaux précieux ? Le Maroc, bien que non membre de la CEDEAO, est un partenaire commercial majeur de l'Afrique de l'Ouest, notamment via OCP pour les engrais et les phosphates. Son exemple montre que l'industrialisation ne passe pas nécessairement par les industries lourdes mais par un ciblage stratégique des créneaux porteurs.

Le leadership industriel marocain, consacré par cette édition 2025 de l'Indice, met en lumière les disparités persistantes au sein du continent. Pour l'Afrique de l'Ouest, la voie de l'industrialisation ne saurait se limiter à l'extraction minière accrue ; elle requiert un saut qualitatif dans la transformation locale, la formation technique et l'intégration régionale. Le parcours du royaume chérifien, bien que difficilement reproductible en l'état, offre un étalon pour mesurer le chemin qui reste à parcourir.