Les investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal ont connu une chute spectaculaire en 2025, s'établissant à seulement 337 millions de dollars, soit une baisse de près de 90% par rapport à 2024. Ce plongeon marque la fin d'un cycle exceptionnel d'investissements dans les hydrocarbures, mais révèle aussi une fragilité plus profonde : la crise de confiance née de la révélation de la dette cachée et de la suspension du programme avec le FMI. Dans un contexte régional où la souveraineté énergétique est devenue un enjeu central, ce retournement interroge la capacité du Sénégal à gérer la transition du statut de pays en construction à celui de producteur.

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La fin d'un cycle d'investissement historique

Selon le World Investment Report 2026 de la CNUCED, les entrées d'IDE au Sénégal se sont élevées à seulement 337 millions de dollars en 2025, contre une moyenne annuelle de 3,094 milliards entre 2020 et 2024. En cinq ans, le pays avait attiré 15,472 milliards de dollars, une performance inédite portée par les mégaprojets pétroliers et gaziers Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim (GTA). Ces investissements massifs ont couvert la construction, les équipements et les infrastructures nécessaires au démarrage de la production. Avec l'entrée en phase opérationnelle de ces projets, les besoins en capitaux étrangers diminuent naturellement. Cette contraction était donc en partie prévisible, mais son ampleur – près de 90% – dépasse la seule logique de cycle de vie des projets.

Une crise de confiance qui amplifie le choc

La chute des IDE intervient dans un climat de défiance marqué par la révélation d'importants engagements de dette publique non déclarés entre 2019 et 2024. Cette découverte a entraîné la suspension du programme avec le FMI et une dégradation de la perception du risque souverain du Sénégal. Bien que la CNUCED n'établisse pas de causalité directe, il est plausible que ce contexte ait retardé ou découragé de nouveaux investissements. Le limogeage de responsables et les tensions politiques évoquées dans les analyses récentes – avec un discours souverainiste mais des inquiétudes sur la stabilité – ont pu renforcer la prudence des investisseurs. La chute des IDE ne saurait donc être attribuée au seul effet de base.

Les chiffres de 2025 tranchent avec le dynamisme antérieur et posent la question de la soutenabilité du modèle de croissance sénégalais. Jusqu'ici, l'économie avait bénéficié d'un afflux exceptionnel de capitaux étrangers lié aux hydrocarbures. Ce flux s'étant tari, le pays doit désormais compter sur ses propres forces et sur des investissements plus productifs, moins spéculatifs. Or, la confiance des investisseurs, ébranlée par les révélations sur la dette, reste fragile. La place du Sénégal dans la chaîne de valeur pétrolière régionale est aussi en jeu : alors que le pays ambitionne de devenir un hub énergétique, la baisse des IDE pourrait compromettre les plans d'expansion et de raffinage.

Dans un contexte régional marqué par des tensions sur les prix du pétrole – le Brent a été revisé à la hausse par plusieurs analystes en raison des perturbations du détroit d'Ormuz – le Sénégal voit ses premières recettes pétrolières arriver dans un environnement économique mondial incertain. La gestion de cette manne, dans un climat de défiance, constituera le prochain test de crédibilité pour les autorités. Les réserves de change, la transparence budgétaire et la capacité à attirer des investissements non extractifs seront scrutées par les partenaires internationaux. Le rebond des IDE passera par un signal fort sur la gouvernance.

La chute des IDE au Sénégal illustre la fragilité des économies dépendantes des mégaprojets extractifs. Au-delà du cas sénégalais, c'est tout le modèle de développement par les ressources non renouvelables qui est interrogé dans la région : comment assurer une transition fluide entre la phase d'investissement et celle de production, sans perdre la confiance des investisseurs ? La réponse à cette question déterminera en partie la capacité des pays ouest-africains à tirer profit de leurs richesses énergétiques sans hypothéquer leur souveraineté.