Le dernier rapport d'ONU Commerce et Développement sur l'investissement dans le monde a relancé le débat sur l'attractivité du Sénégal. Si certains observateurs attribuent la baisse des IDE aux discours souverainistes et aux renégociations de contrats, une analyse plus fine révèle que la phase de redressement de l'agenda Sénégal 2050 et la structure des investissements en Afrique de l'Ouest invitent à nuancer ce constat.

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La publication du rapport d'ONU Commerce et Développement sur l'investissement dans le monde a suscité de nombreuses réactions au Sénégal, où la question des IDE est devenue un thermomètre de la santé économique du pays. Les déclarations de l'ancien Premier ministre Ousmane Sonko, connu pour sa rhétorique souverainiste, ont souvent été pointées du doigt comme un facteur de défiance des investisseurs. Pourtant, une lecture attentive des données et du contexte régional invite à dépasser ce récit simpliste.

Une baisse à replacer dans un contexte de transformation structurelle

Le Sénégal traverse actuellement la première phase de son agenda national de transformation « Sénégal 2050 », intitulée « redressement » (2024-2029). Cette phase, par définition, est marquée par des réformes institutionnelles, des renégociations de contrats et une certaine instabilité réglementaire. Il serait étonnant que ces éléments n'affectent pas, à court terme, les flux d'investissements. Mais comme le souligne l'analyse de SenePlus, réduire la baisse des IDE à ces seuls facteurs serait « réducteur ». Les investissements directs étrangers en Afrique de l'Ouest sont historiquement tirés par les grands projets d'infrastructure, les ressources naturelles et l'énergie, des secteurs où le Sénégal est encore en phase de maturation.

Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, a tenu à clarifier la continuité de la vision : il s'agit d'un « changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et l'action gouvernementale », et non d'une rupture idéologique. Cette précision est essentielle pour les investisseurs, car elle indique que les objectifs de transformation restent stables, même si les modalités évoluent. La phase de redressement est précisément conçue pour poser les bases d'une croissance durable, ce qui implique inévitablement des ajustements parfois douloureux.

Des comparaisons régionales éclairantes

Le rapport d'ONU Commerce et Développement cité par SenePlus met en lumière des exemples voisins : la Guinée et le Nigeria ont attiré respectivement 8 milliards et 4 milliards de dollars d'IDE, grâce à leurs secteurs miniers et pétroliers. Ces chiffres rappellent que l'Afrique de l'Ouest attire des capitaux principalement là où les ressources sont déjà en production ou sur le point de l'être. Le Sénégal, avec ses récents champs gaziers et pétroliers (comme le projet Grand Tortue Ahmeyim), pourrait suivre cette trajectoire, mais à condition que les infrastructures et le cadre juridique soient stabilisés.

La CEDEAO, de son côté, pousse à une intégration régionale plus poussée, ce qui pourrait à terme harmoniser les politiques d'investissement et réduire les incertitudes. Mais cette intégration reste lente, et chaque pays avance à son rythme, ce qui explique les disparités dans les flux d'IDE.

Un agenda qui dépasse le Sénégal : le cas gabonais

La question de la transformation économique ne se limite pas au Sénégal. Au Gabon, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a récemment reçu le nouveau président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, pour discuter d'un partenariat renforcé. Les priorités affichées – accès à l'eau et à l'électricité, transformation agricole – montrent que les pays africains cherchent à orienter les financements extérieurs vers des résultats concrets pour les populations. Cette tendance, qui se retrouve dans plusieurs pays de la région, traduit une exigence croissante de souveraineté et d'impact visible.

Le Sénégal, avec son agenda Sénégal 2050, s'inscrit dans cette dynamique. La phase de redressement est un pari : celui de convaincre les investisseurs que les réformes en cours, bien que coûteuses à court terme, créeront un environnement plus stable et plus prospère à long terme. Les partenariats avec des institutions comme la BAD, qui finance des projets structurants, sont essentiels pour maintenir la confiance et accompagner la transition.

Il serait donc erroné de lire la baisse des IDE au Sénégal comme un simple rejet des politiques souverainistes. Il s'agit plutôt d'une phase transitoire, inhérente à toute transformation structurelle. Les observateurs doivent prendre en compte le calendrier de Sénégal 2050 et les spécificités sectorielles pour évaluer la trajectoire réelle du pays. Les prochaines années, à mesure que les projets pétroliers et gaziers monteront en puissance et que les réformes porteront leurs fruits, seront décisives pour confirmer ou infirmer les espoirs placés dans cette stratégie.

La trajectoire des IDE au Sénégal illustre un phénomène plus large en Afrique de l'Ouest : la recherche d'un équilibre entre souveraineté nationale et attractivité internationale. Alors que la CEDEAO s'efforce de renforcer l'intégration régionale, chaque pays doit naviguer entre ses propres impératifs politiques et les attentes des investisseurs. La question n'est pas tant de savoir si les réformes vont décourager les capitaux, mais plutôt comment elles parviendront à les attirer de manière plus durable et plus bénéfique pour les populations.