Depuis la prise de pouvoir de la junte en juillet 2023, le Niger a entrepris une reconfiguration radicale de sa filière uranium. La rupture avec le groupe français Orano, effective depuis juin 2025, a ouvert la voie à de nouveaux partenariats avec des acteurs canadiens, russes et chinois. Un an plus tard, en juillet 2026, les conséquences sur les revenus de l’État et la souveraineté énergétique régionale commencent à se dessiner.
Niger : la souveraineté minière à l’épreuve
Depuis la rupture avec Orano (2025), Niamey cherche de nouveaux partenaires. Production en chute, projets bloqués, espoirs canadiens.
Prise de pouvoir de la junte
Discours de souveraineté minière, remise en cause des contrats historiques.
Rupture avec Orano
Suspension des permis d’exportation. La production chute de 40 % en un an.
Nouveaux partenaires en vue
Visite de Global Atomic (Canada) à Niamey. Projet Imouraren toujours en suspens.
~300 M€
Revenus annuels de l’État
Production normale
Mine d’Arlit exploitée par Orano
-40 %
Baisse de la production
Pertes estimées
300 M€ de manque à gagner
Nouveaux acteurs en lice
Orano
Ex-Areva
Détenait 66 % d’Imouraren
Global Atomic
Visite à Niamey
Mai 2026
Russie & Chine
Partenariats explorés
DiscussionsContexte macro-économique
Solde courant
-6,1 %
du PIB (Banque mondiale)
Dette publique
45,4 %
du PIB (FMI)
Exportations
3,4 Mds
USD (Banque mondiale)
Une production sous pression
Le Niger, septième producteur mondial d'uranium, traverse une phase critique. La mine d’Arlit, exploitée historiquement par Orano (ex-Areva), fonctionne au ralenti depuis la suspension des permis d’exportation en 2025. Selon des sources locales, la production aurait chuté de près de 40 % en un an, privant l’État d’une manne estimée à 300 millions d’euros par an. La junte, qui plaçait la souveraineté minière au cœur de son discours, doit désormais faire face à l’urgence de trouver des repreneurs.
Parallèlement, le projet Imouraren, l’un des plus grands gisements d’uranium au monde, reste en suspens. Orano détenait 66 % des parts, mais les négociations pour un transfert à des consortiums alternatifs n’ont pas abouti. Les investisseurs potentiels, notamment canadiens via Global Atomic Corporation, évaluent les risques politiques et sécuritaires. Une visite de dirigeants de Global Atomic à Niamey en mai 2026 a relancé les espoirs, mais aucun accord ferme n’a été signé.
Les enjeux de la souveraineté énergétique régionale
Au-delà des recettes budgétaires, l’uranium nigérien est un levier géostratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Plusieurs pays de la région, dont le Nigeria et le Ghana, ont affiché des ambitions nucléaires civiles pour diversifier leur mix énergétique. Le Nigeria prévoit d’installer 4 000 MW de capacité nucléaire d’ici 2035, tandis que le Ghana a signé un accord avec la Russie pour construire une centrale. Dans ce contexte, le Niger pourrait devenir un fournisseur clé pour ses voisins, réduisant la dépendance aux importations d’hydrocarbures.
Cependant, la stabilité politique et la sécurité des sites miniers restent des préoccupations majeures. La présence de groupes djihadistes dans le nord du Niger, où se situent les mines, complique les opérations. Par ailleurs, la tension avec la France a conduit à un retrait partiel des forces françaises, affaiblissant la protection des installations stratégiques. La junte mise sur le rapprochement avec la Russie, via le groupe Wagner (devenu Africa Corps), pour sécuriser les mines.
Une recomposition géopolitique accélérée
La crise irano-américaine de mai 2026, qui a ravivé les craintes de prolifération nucléaire, a paradoxalement renforcé l’intérêt pour l’uranium nigérien. L’Iran, qui cherche à contourner les sanctions, serait en négociations avancées avec Niamey pour un approvisionnement à long terme. Bien que démenti officiellement, ce rapprochement inquiète les capitales occidentales et pourrait justifier un durcissement des pressions diplomatiques.
Dans le même temps, la Chine consolide sa présence. La China National Nuclear Corporation (CNNC) a proposé un financement pour relancer Imouraren en échange d’un accès exclusif à la production. Ce modèle, déjà utilisé en Namibie, séduit la junte par son absence de conditionnalités politiques, mais soulève des questions sur l’endettement et la dépendance future. Le Niger semble jouer la carte du multilatéralisme tactique, en multipliant les interlocuteurs sans conclure d’exclusivité.
L’évolution depuis mai 2026
Depuis les alertes de mai 2026, la situation a connu des avancées et des blocages. La visite de Global Atomic a été suivie d’un mémorandum d’entente pour une étude de faisabilité sur le gisement de Dasa, mais les discussions butent sur le partage des revenus. Parallèlement, les tensions avec Orano se sont aggravées : la société française a déposé une plainte devant le tribunal arbitral de la Chambre de commerce internationale, réclamant des indemnités pour l’expropriation de ses actifs. Le litige pourrait durer plusieurs années, gelant toute nouvelle exploitation.
Le Niger avance sur une corde raide entre affirmation de souveraineté et nécessité de partenaires techniques et financiers. La recomposition en cours redessine non seulement la carte de l’uranium ouest-africain, mais aussi les équilibres géopolitiques de la région. Dans un contexte de tensions mondiales et de demande croissante pour le nucléaire civil, le pays dispose d’une fenêtre d’opportunité unique – à condition de résoudre les défis sécuritaires et juridiques qui entravent son essor.