Le Nigeria a réduit de 97 % ses importations d’essence en un an, portant la production locale à 48 millions de litres par jour. Au même moment, le Niger enregistre le report à 2028 des premières livraisons d’uranium du projet Dasa, tandis qu’une marche à Tillabéri témoigne des tensions sociales autour des ressources minières. Ces deux trajectoires dessinent un contraste saisissant au sein de l’espace ouest-africain, où la souveraineté énergétique demeure un objectif inégalement partagé.
Souveraineté énergétique : le grand écart ouest-africain
Nigeria et Niger, deux trajectoires opposées dans la quête d’indépendance énergétique
Nigeria : le pari réussi du raffinage local
En juin 2026, les chiffres dévoilés par la conseillère spéciale du président nigérian sur le pétrole et le gaz, Olu Verheijen, confirment une transformation structurelle. La production locale d’essence, quasi nulle en 2023, atteint désormais 48 millions de litres par jour. Conséquence directe : les importations de carburant, qui représentaient 2 300 milliards de nairas au premier trimestre 2025, sont tombées à moins de 90 milliards un an plus tard. Cette chute de 96 % allège la pression sur le naira, car chaque cargo d’essence importé était une ponction sur les réserves de change. La production de brut et de condensats a, elle, progressé d’environ 400 000 barils par jour par rapport à 2023, atteignant 1,64 million de barils quotidiens en moyenne sur 2025 – son plus haut niveau onshore depuis vingt ans. Parallèlement, quatre milliards de dollars de cessions d’actifs par les majors pétrolières ont été finalisées, renforçant la participation des entreprises locales et recentrant les compagnies internationales sur le deepwater et le gaz intégré.
Niger : l’uranium en attente
À des centaines de kilomètres à l’ouest, le secteur minier nigérien traverse une phase d’incertitude. La société canadienne Global Atomic a annoncé mi-mai 2026 le report à 2028 des premières livraisons d’uranium issues de son projet Dasa, situé dans la région d’Agadez. Ce délai, qui s’ajoute à des années de retards, réduit les perspectives de revenus pour un État qui misait sur cette mine pour diversifier ses recettes extractives, encore largement dépendantes de l’uranium d’Orano (ex-Areva) et, depuis 2011, du pétrole. Le contexte sécuritaire – l’ouest du Niger reste exposé aux groupes jihadistes – et les difficultés de financement expliquent en partie ce report. Mais il intervient aussi dans un climat social tendu : le 14 mai, une importante marche à Tillabéri, à l’initiative des Forces vives de la région du fleuve, a rassemblé des milliers de personnes pour réclamer une meilleure redistribution des richesses minières et une plus grande transparence.
Un contraste révélateur pour la souveraineté régionale
Ces deux réalités parallèles éclairent les défis de la souveraineté énergétique en Afrique de l’Ouest. Le Nigeria a su tirer parti de réformes énergétiques ciblées – augmentation de la capacité de raffinage, lutte contre le vol de brut, amélioration de la continuité des pipelines – pour réduire sa dépendance aux importations et stabiliser sa monnaie. Le Niger, bien que producteur de pétrole brut et doté d’un potentiel uranifère considérable, reste vulnérable aux aléas des projets miniers internationaux et aux tensions politiques héritées du coup d’État de juillet 2023. La renégociation des contrats avec Orano, entamée par les autorités de transition, n’a pas encore abouti à une reprise en main complète de la filière. Dans ce contexte, le report de Dasa et les mobilisations sociales indiquent que la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit sur la capacité à attirer des investissements stables, à sécuriser les zones de production et à répondre aux aspirations locales.
Au-delà du seul Niger, ce double mouvement interroge les mécanismes d’intégration régionale. Si le Nigeria parvient à renforcer son autonomie énergétique, il pourrait devenir un fournisseur clé de produits raffinés pour ses voisins, y compris le Niger. Mais ce dernier, s’il ne parvient pas à accélérer ses projets d’uranium et à maîtriser sa chaîne de valeur minière, risque de creuser son déficit commercial et de voir sa marge de manœuvre géopolitique se réduire. La question reste ouverte de savoir si la CEDEAO ou l’Union africaine sauront créer des synergies entre ces trajectoires divergentes.