Le 15 mai 2026, Global Atomic annonçait le report des premières livraisons d'uranium de son gisement de Dasa à 2028, soit deux ans plus tard que prévu. Ce contretemps survient alors que le Niger, deuxième producteur africain d'uranium, cherche à renforcer son contrôle sur ses ressources extractives. Il illustre la difficulté de concilier ambitions souveraines et contraintes industrielles dans un secteur minier sous haute tension géopolitique.

Infographie — Uranium · Niger

Le projet Dasa, situé dans la région d'Agadez, devait initialement entrer en production en 2026. Avec ce nouveau calendrier, ce sont des millions de dollars de recettes fiscales et de redevances qui s'éloignent pour un État nigérien en quête de sources de financement alternatives depuis la suspension de l'aide occidentale. La banque mondiale estime que le secteur minier ne représente que 5 % du PIB, mais l'uranium en constitue l'essentiel, avec une production historique autour de 3 000 tonnes par an.

Au-delà du seul Dasa, ce report interroge la capacité du Niger à diversifier ses partenaires miniers. Depuis le coup d'État de juillet 2023, Niamey a multiplié les contacts avec des groupes russes, iraniens et chinois, tout en maintenant des relations tendues avec l'exploitant historique Orano (ex-Areva). La décision de Global Atomic, une junior canadienne, montre que les investisseurs occidentaux restent prudents face à l'instabilité politique, malgré la hausse des cours de l'uranium.

Paradoxalement, le contexte mondial est favorable au nucléaire. L'article du site Simply Wall St., consulté le 22 juin 2026, souligne que les actions des sociétés nucléaires sont au cœur des débats sur la sécurité énergétique et la décarbonation. Des groupes comme AtkinsRéalis engrangent des contrats pour les petits réacteurs modulaires (SMR) en Amérique du Nord et en Europe. Cette demande croissante devrait soutenir les prix de l'uranium, mais le Niger risque de ne pas en profiter à court terme.

Le report de Dasa s'ajoute à des tensions sociales récurrentes. Le 14 mai 2026, une marche importante avait eu lieu à Tillabéri, dans l'ouest du Niger, à l'initiative des Forces vives de la région. Si cette mobilisation visait d'abord des revendications locales, elle rappelle que l'acceptabilité sociale des projets miniers reste fragile. La région d'Agadez, fief des Touaregs, a connu plusieurs rébellions et les promesses d'emplois et de développement peinent à se concrétiser.

En parallèle, la Compagnie minière d'Akouta (Cominak) a cessé sa production en 2021, et Orano n'a pas encore finalisé l'extension de la mine d'Arlit. Le Niger risque de voir sa production d'uranium chuter significativement d'ici 2030 si aucun nouveau projet n'aboutit. Le gouvernement a pourtant inscrit la souveraineté minière dans sa stratégie, exigeant une participation majoritaire de l'État dans les nouveaux permis. Cette politique effraie certains investisseurs, comme le montre le retard de Dasa.

La question centrale est désormais celle du financement. Global Atomic a indiqué chercher des partenaires pour boucler le budget du projet, estimé à plus de 200 millions de dollars. Des fonds souverains du Golfe ou des entreprises russes pourraient entrer dans le capital, modifiant l'équilibre géopolitique de la région. Si le Niger parvient à attirer des capitaux non occidentaux, il pourrait accélérer le projet, mais au prix d'une dépendance accrue envers des puissances aux agendas souvent opaques.

Enfin, ce report a des répercussions sur le marché régional de l'électricité. Le Niger, qui ambitionne d'exporter de l'uranium transformé et de développer le nucléaire civil, voit ses plans s'éloigner. À terme, la maîtrise de la chaîne de valeur – de la mine au réacteur – est un enjeu de souveraineté énergétique pour l'ensemble de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), où le déficit électrique freine le développement.

Le report du projet Dasa n'est pas un simple incident industriel : il révèle les contradictions entre un État qui veut contrôler ses ressources et des investisseurs qui exigent stabilité et rentabilité. Pour le Niger, l'enjeu est de trouver un équilibre entre souveraineté et ouverture, dans un contexte où l'uranium redevient une matière stratégique. La question dépasse les frontières du pays : elle interroge la capacité de l'Afrique de l'Ouest à valoriser ses richesses minières face aux appétits internationaux.