Annoncé le 15 mai 2026, le nouveau report des premières livraisons d'uranium du projet Dasa à 2028 par Global Atomic constitue un coup d'arrêt pour les ambitions minières du Niger. Dans le même temps, le Nigeria a augmenté sa production de brut de 42 000 barils par jour en mai, selon l'OPEP, mais reste structurellement dépendant des importations de produits raffinés. Ces deux faits, apparemment distincts, mettent en lumière les fragilités communes des économies extractives ouest-africaines et leurs stratégies contrastées pour affirmer leur souveraineté.
Uranium vs Pétrole : deux fragilités, une même région
Le Niger repousse ses premières livraisons d’uranium à 2028, tandis que le Nigeria augmente sa production de brut. Derrière ces trajectoires opposées, des vulnérabilités structurelles identiques.
⚖️ Le dilemme de la souveraineté extractive
📅 Chronologie : deux trajectoires, un même mois
Marche à Tillabéri (Niger) : les Forces vives dénoncent le manque de retombées minières et l’insécurité.
Global Atomic repousse les premières livraisons d’uranium de Dasa à 2028. Deuxième report en deux ans.
Le Nigeria augmente sa production de brut de 42 000 barils/jour (OPEP), mais reste dépendant des importations de produits raffinés.
Niger : l’uranium en suspens, les tensions sociales s’amplifient
Le 15 mai 2026, Global Atomic Corporation annonçait repousser à 2028 les premières livraisons d’uranium de son gisement de Dasa, situé dans la région d’Agadez. Ce report, le deuxième en deux ans, retarde l’entrée en production d’une des plus importantes réserves d’uranium inexploitées au monde. Pour le Niger, qui mise sur ce projet pour diversifier ses recettes après la suspension de l’aide occidentale et la fluctuation des cours, ce délai complexifie le financement d’infrastructures et le paiement de la dette publique. Parallèlement, le 14 mai 2026, une marche d’ampleur s’est tenue à Tillabéri, dans l’ouest du pays, à l’appel des Forces vives de la région du fleuve. Les manifestants dénonçaient le manque de retombées économiques des activités minières et l’insécurité persistante, illustrant le fossé entre les promesses de développement et la réalité vécue par les populations riveraines.
Nigeria : une hausse de production qui masque des fragilités structurelles
Le Nigeria a porté sa production de brut à 1,53 million de barils par jour en mai 2026, contre 1,489 million en avril, dans le sillage de la reprise plus large de l’OPEP. Ce rebond – 42 000 barils par jour supplémentaires – offre une bouffée d’oxygène budgétaire après des mois de sous-production liée au vol de brut et au sous-investissement. Mais il ne règle pas la vulnérabilité structurelle : le pays importe toujours l’essentiel de ses produits raffinés, faute de raffineries opérationnelles. La mise en service partielle de la raffinerie de Dangote pourrait réduire cette dépendance, mais le chemin reste long. En parallèle, des organisations de la société civile, comme la South South Youths Initiative, ont saisi la justice le 7 juillet 2026 pour dénoncer l’utilisation de 1,5 milliard de dollars alloués à la réhabilitation de la raffinerie de Port Harcourt, illustrant les problèmes de gouvernance qui gangrènent le secteur.
Niger : le virage pétrolier comme levier de souveraineté
Face aux difficultés du secteur uranifère, les autorités nigériennes accélèrent leur diversification vers les hydrocarbures. Le 7 juillet 2026, le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, s’est rendu à Abuja pour la 25ᵉ édition de la NOG Energy Week, avec l’objectif d’attirer de nouveaux partenaires. Le Niger dispose de réserves pétrolières estimées à plus d’un milliard de barils, principalement dans le bloc d’Agadem, exploité par la China National Petroleum Corporation. L’oléoduc Niger-Bénin, achevé en 2024, offre désormais un accès direct à la mer, réduisant la dépendance aux corridors logistiques étrangers. Ce repositionnement stratégique intervient dans un contexte de tensions avec les opérateurs historiques de l’uranium – Orano et Global Atomic – et de recherche de nouveaux leviers de souveraineté énergétique.
Des trajectoires convergentes : la question de la gouvernance extractive
Les deux pays font face à des défis similaires : comment transformer les ressources en développement local ? Au Niger, les manifestations de Tillabéri en mai 2026 et les retards du projet Dasa interrogent la redistribution des richesses et la réhabilitation des sites. Au Nigeria, les scandales récurrents autour des fonds d’investissement pétrolier et la pollution durable du delta du Niger suscitent des mobilisations citoyennes pour une révision des formules de partage des recettes fédérales. Le gouverneur de l’État de Nasarawa a ainsi plaidé en mai pour une réévaluation du potentiel pétrolier du bassin de la Bénoué, rejoignant les appels à une meilleure décentralisation des bénéfices.
Regards croisés sur l’avenir de l’extractif ouest-africain
Au-delà des différences sectorielles, ces deux cas illustrent une même réalité : les économies ouest-africaines restent tributaires de l’exportation de matières premières dans un contexte géopolitique global en recomposition. La guerre en Ukraine, les tensions au sein de l’OPEP+ et la transition énergétique mondiale redessinent les équilibres. Le Niger mise sur le pétrole pour compenser les aléas de l’uranium, tandis que le Nigeria cherche à moderniser son aval pétrolier. Mais dans les deux cas, la clé de la souveraineté réside moins dans le volume des exportations que dans la capacité à transformer localement et à redistribuer équitablement les richesses.
Alors que les projets extractifs butent sur des obstacles techniques, financiers et sociaux, la question centrale reste celle du modèle : comment sortir de l'économie de rente sans tomber dans les pièges de la malédiction des ressources ? Les réponses apportées par Niamey et Abuja – diversification, contrôle national, quête de nouveaux partenaires – dessinent des trajectoires encore incertaines, qui dépendront autant de la volonté politique que de l'évolution des marchés mondiaux.