Le 1er juillet 2026, Apex African Gas Nigeria a mis en service une unité de séparation d'air à Lagos, visant à réduire les importations de gaz industriels. Ce mouvement contraste avec les difficultés du secteur uranifère nigérien, où le projet Dasa de Global Atomic a vu ses premières livraisons repoussées à 2028, tandis que les tensions sociales persistent dans la région de Tillabéri. Ces deux réalités illustrent les fractures de la souveraineté extractive en Afrique de l'Ouest.

Infographie — Uranium · Niger

Un contraste saisissant entre les dynamiques extractives

Le 1er juillet 2026, Apex African Gas Nigeria Ltd a inauguré une unité de séparation d'air d'une capacité de 70 tonnes par jour à Lagos, portant sa production totale à 110 tonnes par jour. Cet investissement de plus de 10 milliards de nairas vise à substituer les gaz industriels importés – oxygène, azote, argon – destinés aux secteurs de la santé, de la construction, de la fabrication et du pétrole et gaz. Le directeur général Charles Allam a insisté sur le bénéfice national, tandis que le président Najimu Adeniji a souligné l'importance de l'azote pour les services pétroliers de Port Harcourt. Cette initiative s'inscrit dans la politique de localisation industrielle du président Bola Tinubu, visant à réduire la vulnérabilité aux fluctuations du naira et aux ruptures d'approvisionnement.

Mais ce succès nigérian n'est pas sans rappeler les défis qui minent le secteur uranifère de son voisin sahélien. Au Niger, le projet Dasa de Global Atomic, situé dans la région d'Agadez, a annoncé en mai 2026 un nouveau report de ses premières livraisons d'uranium à 2028. Ce retard, le deuxième en deux ans, intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de manifestations sociales. Le 14 mai 2026, une marche et un rassemblement à Tillabéri, à l'initiative des Forces vives de la région du fleuve, ont exprimé les inquiétudes des populations locales face aux impacts environnementaux et aux retombées économiques insuffisantes.

Les racines des retards : géopolitique et gouvernance

Le retard du projet Dasa ne peut être isolé des bouleversements politiques survenus au Niger en 2023. Le changement de régime a redéfini les relations avec les opérateurs étrangers, notamment Orano (ex-Areva) et Global Atomic. Les autorités nigériennes ont exigé une renégociation des conditions d'exploitation, dans le cadre d'une politique de souveraineté renforcée sur les ressources minières. Cette posture, bien que légitime, a introduit des incertitudes juridiques et fiscales qui freinent les investissements. Global Atomic, société canadienne, a dû réévaluer ses calendriers de financement et de construction face aux nouvelles exigences.

Parallèlement, la région de Tillabéri, théâtre de violences jihadistes récurrentes, ajoute une couche d'insécurité qui complique la logistique et la rétention des compétences. Les manifestations du 14 mai 2026, bien que pacifiques, traduisent un mécontentement social qui pourrait se traduire par des blocages supplémentaires.

Le Nigeria : un modèle de substitution aux importations ?

À l'inverse, le Nigeria capitalise sur sa stabilité relative et son marché domestique pour développer une industrie de gaz industriels. L'unité d'Apex illustre une stratégie de remplacement des importations appuyée par le secteur privé, mais avec des limites structurelles. Adeniji a souligné le coût élevé de l'électricité, appelant le gouvernement à fournir une énergie abordable issue du réseau national pour réduire les coûts de production. Ce plaidoyer rappelle que l'industrialisation africaine reste entravée par des infrastructures énergétiques défaillantes, même dans un pays pétrolier comme le Nigeria.

L'impasse de l'uranium et la leçon des gaz industriels

Au-delà des divergences sectorielles, les deux cas posent la question de la création de valeur locale. L'usine d'Apex produit des gaz pour le marché intérieur, générant des emplois et économisant des devises. Le projet Dasa, lui, est conçu pour l'exportation d'uranium brut, avec peu de transformation locale. Les retards actuels offrent une occasion de repenser le modèle : et si le Niger pouvait, à l'instar du Nigeria, développer des chaînes de valeur en aval de l'uranium, comme l'enrichissement ou la production de combustible nucléaire ? Cela nécessiterait des investissements massifs et un transfert technologique, mais s'inscrirait dans une logique de souveraineté énergétique régionale.

L'évolution temporelle depuis mai 2026

Depuis les alertes de mai 2026, plusieurs dynamiques se sont précisées. L'accident minier en Centrafrique (6 mai) a rappelé les risques du secteur extractif africain, tandis que l'article sur le Kazakhstan montrait des innovations technologiques dans l'extraction d'uranium. Au Niger, la situation n'a pas évolué favorablement : les retards de Dasa persistent et les tensions sociales s'accroissent. Le contraste avec l'inauguration de l'usine d'Apex au Nigeria, un mois plus tard, souligne l'écart grandissant entre les trajectoires de deux pays pourtant liés par l'histoire et la géographie.

Le décalage entre la réussite nigériane dans les gaz industriels et les déboires nigériens dans l'uranium interroge sur les conditions d'une souveraineté extractive durable en Afrique de l'Ouest. Alors que le Nigeria avance vers une moindre dépendance aux importations, le Niger reste prisonnier d'un modèle d'exportation de matières premières, fragilisé par l'instabilité et les exigences de rente. La question qui se pose est celle d'une intégration régionale des politiques industrielles et énergétiques, où l'uranium nigérien pourrait alimenter un futur parc nucléaire ouest-africain – si les conditions politiques et sécuritaires le permettent.