En mai 2026, Global Atomic annonçait le report à 2028 des premières livraisons d’uranium de son projet Dasa, dans la région d’Agadez. Ce contretemps intervient alors que le Niger, sous régime militaire, cherche à rééquilibrer ses alliances dans le secteur extractif après la rupture avec la France. Il révèle les limites de la souveraineté minière sans maîtrise technique et financière.
⚡ Niger : le report du projet Dasa fragilise la souveraineté énergétique
En mai 2026, Global Atomic annonçait le report à 2028 des premières livraisons d’uranium du projet Dasa. Ce contretemps intervient alors que le Niger cherche à rééquilibrer ses alliances après la rupture avec la France.
📅 Chronologie du projet Dasa
🔍 Les limites de la souveraineté minière
Le projet Dasa est porté par le canadien Global Atomic — le Niger ne maîtrise ni la technologie ni le calendrier.
Difficultés de financement malgré un gisement de 129 millions de livres — les investisseurs internationaux restent prudents.
La région d’Agadez est en proie à des attaques djihadistes répétées, rendant les opérations risquées.
Depuis le coup d’État de 2023, le Niger cherche de nouveaux alliés (Russie, Turquie) sans garantie de remplacement.
📊 Contexte économique du Niger
Ces chiffres illustrent la marge de manœuvre limitée du Niger pour financer seul des projets miniers d’envergure.
Un calendrier minier sous tension
Le projet Dasa, porté par le canadien Global Atomic, devait être la clé de voûte de la nouvelle politique minière du Niger. Découvert en 2010, il recèle l’un des plus riches gisements d’uranium au monde, avec des réserves estimées à 129 millions de livres. Après l’expulsion d’Orano de la mine d’Imouraren en 2024, Niamey misait sur Dasa pour maintenir son rang de deuxième producteur africain derrière la Namibie. L’annonce du report des premières livraisons, initialement prévues pour 2026, à 2028 a donc été un coup dur. En cause : des difficultés de financement et l’insécurité persistante dans la région d’Agadez, où les groupes djihadistes multiplient les attaques contre les sites miniers.
Ce retard s’inscrit dans un contexte politique tendu. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités nigériennes ont multiplié les ruptures avec les anciens partenaires occidentaux, tout en cherchant de nouveaux alliés, notamment russes et turcs. Le dossier de l’uranium est devenu un symbole de cette souveraineté retrouvée. En mai 2025, le gouvernement avait même suspendu les permis d’exportation d’Orano, exigeant une renégociation des contrats. Mais la réalité technique rattrape les ambitions politiques : sans maîtrise des capitaux et des technologies, la diversification des partenaires reste un vœu pieux.
Les leçons d’un retard
Les sources de mai 2026 indiquent que le report de Dasa n’est pas un cas isolé. Au même moment, Global Atomic annonçait également une révision de ses prévisions de production pour 2027, tandis que la société canadienne faisait face à des critiques sur ses pratiques environnementales. Dans le même temps, des manifestations à Tillabéri, en mai, montraient une société civile inquiète des retombées économiques du secteur minier. Ces signaux révèlent une fragilité structurelle : le Niger n’a pas les moyens financiers de soutenir seul un projet de cette envergure, et les investisseurs étrangers exigent des garanties sécuritaires que l’État n’est plus en mesure d’offrir.
Sur le plan des revenus, l’impact est immédiat. Le Niger espérait que Dasa générerait près de 200 millions de dollars par an de recettes fiscales et de redevances à partir de 2026, soit environ 10 % du budget de l’État. Ce manque à gagner oblige le gouvernement à se tourner vers d’autres sources, notamment les taxes sur les importations et les aides internationales, ce qui réduit sa marge de manœuvre. Par ailleurs, le maintien des activités d’Orano sur les sites d’Arlit et d’Imouraren reste indispensable pour assurer un flux minimal de revenus.
Un marché mondial tendu
À l’échelle planétaire, le contexte est paradoxal. La relance du nucléaire civil, portée par la transition énergétique et les tensions géopolitiques, a fait grimper le prix de l’uranium à plus de 80 dollars la livre en 2026. Cette hausse profite aux grands producteurs comme le Kazakhstan, qui modernise ses mines (comme le montrent les articles de mai sur les investissements dans le Karatau), et le Canada, où de nouvelles technologies permettent d’extraire l’uranium à moindre coût. Le Niger, lui, rate le coche. Le retard de Dasa le cantonne à un rôle de producteur secondaire, dépendant de l’aval d’Orano pour exporter son uranium.
Cette situation renforce la dépendance du Niger vis-à-vis de la France, alors même que le régime militaire en avait fait son cheval de bataille. Orano reste l’opérateur unique de la mine d’Arlit et contrôle la logistique d’exportation via le port de Cotonou. Pour les autorités de Niamey, le dilemme est clair : conserver les liens avec l’ancien colonisateur pour maintenir des rentrées financières, ou risquer l’isolement économique en misant sur des partenaires émergents encore peu fiables.
L’évolution depuis mai 2026 confirme que la volte-face politique n’a pas suffi à transformer la structure du secteur. Les annonces de coopération avec la Russie pour la construction d’une centrale nucléaire à Arlit n’ont pas encore abouti, et les entreprises chinoises, un temps pressenties, se sont détournées du fait de l’insécurité. L’horizon 2028 pour Dasa est donc une nouvelle échéance qui pourrait soit consacrer la renaissance du secteur, soit accentuer sa stagnation.
Le report du projet Dasa n’est pas qu’un contretemps technique : il illustre la difficulté pour un État africain de reconquérir sa souveraineté sur ses ressources sans un contrôle effectif de la chaîne de valeur. Au-delà de l’uranium, cette situation interroge la capacité des régimes post-coup d’État à attirer des investissements durables dans un contexte d’insécurité et d’instabilité juridique.
Données de référence : Solde budgétaire : -3.3% (FMI)