Le 15 mai 2026, Global Atomic annonçait le report des premières livraisons d'uranium de son projet Dasa à 2028, un contretemps qui intervient alors que les autorités nigériennes espéraient accélérer la production pour renégocier les contrats avec les opérateurs historiques. Ce nouveau calendrier interroge la capacité du Niger à tirer parti de ses ressources uranifères dans un contexte de demande nucléaire mondiale croissante, et illustre les fragilités persistantes du secteur extractif post-coup.

Infographie — Uranium · Niger

L'annonce de Global Atomic, à la mi-mai 2026, a mis un coup d'arrêt aux espoirs de Niamey de voir rapidement monter en puissance la mine de Dasa, située dans la région d'Agadez. Ce projet, présenté comme le plus grand gisement d'uranium vierge au monde, devait initialement entrer en production en 2026 ou 2027. Son report à 2028 prive le Niger d'une source de revenus cruciale à un moment où le pays cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis d'Orano, l'opérateur historique de la mine d'Arlit, et à obtenir de meilleures conditions contractuelles.

Des négociations sous tension

Depuis le coup d'État de juillet 2023, les autorités nigériennes ont multiplié les signaux de volonté de reprise en main de la filière uranium. Les discussions avec Orano sur le renouvellement des concessions et la révision des taxes minières se heurtent cependant à la réalité d'une production déclinante à Arlit et à l'absence d'alternative à court terme. Le report de Dasa affaiblit la position de Niamey : sans nouvelle mine en vue, le levier de négociation se réduit, tandis que la demande mondiale d'uranium, portée par le regain d'intérêt pour le nucléaire, profite à d'autres producteurs.

Dans le même temps, la région de Tillabéri a connu une importante mobilisation le 14 mai 2026. Organisée par les Forces vives de la région du fleuve, cette marche visait à dénoncer l'insécurité et les retombées insuffisantes de l'exploitation minière pour les populations locales. Ce contexte social tendu complique encore la donne pour les investisseurs, déjà confrontés à des défis sécuritaires dans le nord du pays.

Un environnement minier régional instable

L'accident meurtrier survenu le 6 mai 2026 dans la mine d'or de Bé-Mbari en Centrafrique, à proximité de la frontière avec le Cameroun, rappelle les risques inhérents à l'exploitation minière en Afrique de l'Ouest et centrale. Bien que sans lien direct avec le Niger, cet incident souligne les lacunes en matière de sécurité et de régulation qui peuvent affecter la perception des investisseurs internationaux.

Parallèlement, la concurrence s'intensifie. Au Kazakhstan, les opérateurs continuent d'étendre leur production, tandis qu'au Canada, une entreprise torontoise a dévoilé une technologie minière innovante promettant de réduire de moitié les délais d'exploitation. Ces avancées pourraient détourner les capitaux et l'attention des projets africains, y compris celui de Dasa.

Le timing est d'autant plus défavorable que les prix de l'uranium, bien que soutenus par la relance du nucléaire en Asie et en Europe, restent volatils. Le report de Dasa pourrait entraîner une hausse des coûts de financement et une révision des prévisions de rentabilité, compromettant l'équilibre économique du projet.

Le report de Dasa s'inscrit dans une tendance plus large de ralentissement des grands projets miniers en Afrique de l'Ouest, confrontés à des défis sécuritaires, réglementaires et sociaux. Pour le Niger, l'enjeu dépasse le seul cas de Global Atomic : il s'agit de savoir si le pays parviendra à valoriser ses ressources dans un contexte de compétition accrue et de tensions internes. L'issue des négociations avec Orano dans les prochains mois donnera un premier aperçu de la capacité de Niamey à imposer sa souveraineté minière.